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Loi antiraciste: Blocher trouble ses collègues

Les propos de Ch.Blocher provoquent de vives réactions [Keystone]
Les propos de Ch.Blocher provoquent de vives réactions [Keystone]
Les propos de Christoph Blocher en Turquie font des vagues. Le Conseil fédéral tranchera sur sa proposition de modifier la norme antiraciste, a indiqué Moritz Leuenberger, tandis que Pascal Couchepin a vivement réagi.

Le Conseil fédéral a déjà pris position plusieurs fois sur le
sujet, notamment à la suite d'interventions de parlementaires UDC
en particulier et a toujours refusé de réviser le texte, a précisé
Moritz Leuenberger. Selon lui, le gouvernement devrait confirmer
cette position lors de sa prochaine séance dans deux semaines.

Leuenberger surpris

Le président de la Confédération Moritz Leuenberger s'est
déclaré surpris des propos tenus par Christoph Blocher à Ankara sur
la norme pénale antiraciste (lire ci-contre). Il
n'a toutefois pas voulu les commenter jeudi devant la presse à
Flims (GR).

A titre personnel, le président de la Confédération s'est déclaré
pour le maintien de la norme antiraciste, en faveur de laquelle il
s'était engagé. Cette loi a été acceptée en votation populaire,
a-t-il rappelé. «Elle s'inscrit dans notre politique et est en
harmonie avec les conventions internationales».

No comment

Devant la foule de journalistes le pressant de questions, Moritz
Leuenberger, qui a précisé ne pas avoir parlé avec le ministre UDC
depuis mercredi, s'est refusé à tout commentaire sur les
déclarations faites par Christoph Blocher et sur le style adopté
par ce dernier.

Cette discussion doit être menée au sein du Conseil fédéral. Le
président de la Confédération pourrait ensuite s'exprimer au nom de
gouvernement. D'après lui, le fait de proposer une modification de
la norme antiraciste est une démarche légitime et ne viole pas la
séparation des pouvoirs.

Pascal Couchepin plus critique

Pascal Couchepin juge inacceptable l'attitude de Christoph
Blocher, qui a critiqué la norme pénale antiracisme lors de son
voyage en Turquie. Le ministre de l'Intérieur attend cependant le
retour de son collègue pour savoir si cela est vrai.

«Il me paraît inconcevable qu'un conseiller fédéral s'exprime
comme le prétendent les journaux. Par conséquent, j'attends
d'entendre les explications de Christoph Blocher», a déclaré le
conseiller fédéral Pascal Couchepin jeudi à la Radio romande.

«Je ne peux pas m'imaginer que ce qu'écrivent les journaux
correspond à ce qu'il a dit parce que ce serait choquant. Un
ministre de la justice ne peut parler de normes pénales existantes
en disant que ça lui donne des maux de ventre», a poursuivi le
Valaisan.

Il ne peut pas non plus s'exprimer sur les lois de son pays à
l'extérieur en prenant une position qui n'est pas consolidée,
estime Pascal Couchepin. Dans un Etat de droit, le ministre de la
justice protège les lois, éventuellement demande à les changer, a
poursuivi le conseiller fédéral. Mais il ne le fait pas en parlant
de maux de ventre, a conclu le conseiller fédéral.

ats/hof

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Rappel des faits

Christoph Blocher a suscité un tollé en regrettant que l'article 261 bis du code pénal suisse, qui réprime notamment le négationnisme, ait conduit à une enquête en Suisse contre l'historien turc Yusuf Halacoglu pour ses propos sur le génocide arménien. Le ministre a ajouté qu'une révision de la loi était à l'étude.

Vives réactions

Eglises protestantes et LICRA indignées: la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et la Licra se disent préoccupées par les propos de Christoph Blocher. Pour la FEPS, la validité de la loi pénale contre le racisme est incontestable, écrit-elle dans un jeudi. Le racisme sous toutes ses formes porte atteinte à la dignité humaine et ne se justifie d'aucune manière car il met en doute l'égalité fondamentale selon la foi chrétienne de tous les êtres humains.

La FEPS attend du ministre de la justice qu'il respecte les décisions législatives du peuple et du parlement, ainsi que la séparation des pouvoirs, et qu'il représente ces principes de l'Etat de droit en Suisse et à l'étranger. Les trois Eglises nationales se sont engagées en commun en décembre 2003 pour une reconnaissance sans équivoque du génocide perpétré contre les Arméniens en 1915, rappelle encore la FEPS.

La Licra suisse (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) trouve inacceptable les propos de Christoph Blocher. Elle trouve réconfortant qu'ils aient provoqué un tollé dans l'ensemble des milieux politiques.

Les jeunes UDC applaudissent: ils félicitent leur conseiller fédéral. La loi antiracisme est devenue une muselière, estiment-ils: beaucoup de Suisses n'osent plus exprimer aujourd'hui leur opinion. La norme pénale doit donc être réexaminée, voire abolie. Selon leurs propres dires, les jeunes UDC aux côtés de groupes et organisations amis étudient la possibilité de lancer une initiative en ce sens