Publié le 26 mars 2020 à 14:52

La pandémie de Covid-19 bouscule le rôle sociologique des supermarchés

Le supermarché est l'un des derniers lieux où l'on se croise... de loin.
Les supermarchés, ces derniers îlots sociaux: interview de Fanny Parise L'invité du 12h30 / 4 min. / le 26 mars 2020
Le Covid-19 est en train de bousculer nos pratiques quotidiennes et notre manière de consommer. Le supermarché est ainsi devenu l'un des seuls lieux où on peut nouer des interactions sociales, constate l'anthropologue Fanny Parise.

Comment et pourquoi la crise majeure que nous sommes en train de traverser est-elle en train de faire évoluer à nouveau notre consommation, mais également le rapport que nous entretenons avec la société dans laquelle nous vivons?

Ces dernières années, la Suisse penchait vers la déconsommation: l’éthique du bien, du bon et du sain était en passe de devenir une nouvelle norme de société. Mais en cette période de confinement, un des derniers lieux à réunir les gens est le supermarché. On y fait ses courses, mais plus comme avant.

"Dans les pays occidentaux, on a toujours tenu un lien étroit entre modernité et supermarché", rappelle l'anthropologue Fanny Parise dans le 12h30. "Il y a quelques dizaines d'années, c'était un lieu de loisirs, de consommation, où - pour se distinguer socialement - il fallait être vu". Ces dernières années, le supermarché a énormément évolué. "On est entrés dans une approche beaucoup plus rationnelle et fonctionnaliste", remarque-t-elle. "On y allait un petit peu par contrainte. C'était un lieu qui nous prenait du temps.

Pour continuer à être "un animal social"

Aujourd'hui, en période de crise du Covid-19 et de confinement, "c'est devenu un des seuls lieux où on peut nouer des interactions sociales, où on peut sortir de chez soi et on peut continuer à être un animal social, en quelque sorte."

Mais "on se rend compte qu'il y a différentes stratégies de consommation qui sont développées dans ces supermarchés", précise l'experte de la consommation. "Il y a la volonté d'aller vite, pour pouvoir se protéger à nouveau au sein de son domicile, en achetant des produits de première nécessité ou des produits jugés cohérents avec la crise qu'on vit actuellement. Mais on va quand même passer un peu de temps dans le supermarché, car cela va être la seule sortie de la journée ou de la semaine pour certaines personnes".

Pourquoi le papier toilette et les raviolis

Comme ailleurs dans le monde, les consommateurs suisses se sont rués sur le papier toilette. Mais les Helvètes ont également dévalisé les rayons de raviolis en boite.

"C'est hyper-intéressant", remarque Fanny Parise, "parce que ça permet de resituer l'individu, le citoyen, dans une perspective un petit peu plus globale de société." L'anthropologue note que ces deux produits sont symboles de la modernité, qui "va nous renvoyer vers le confort, vers cette société de consommation qui a fait que - depuis une période très courte de l'histoire de l'humanité - nous n'avons jamais autant vécu dans une période de confort".

Les "doudous" d'une autre époque

Or en situation de crise, ce confort et cette modernité sont mis à mal. Les individus vont alors se tourner "vers des objets qui vont être le signe, le totem, de cette modernité", poursuit-elle. Donc vers "le papier toilette, qui a accompagné l'évolution de notre société, mais également les boites de raviolis qui ont été des produits un peu 'doudous', nostalgiques, des produits signes de la famille, signes du bien-manger et du plaisir il y a quelques années".

Quand ça ne va plus, "on essaie de se rabattre sur des produits qui - dans l'inconscient collectif suisse - vont renvoyer à cette idée de famille, de plaisir, loin de toutes les préoccupations liées aux nouvelles éthiques alimentaires qu'on peut voir depuis quelques années."

Fanny Parise vient de lancer une étude pour voir comment les citoyens vont percevoir et réorganiser leur vie de consommateurs durant la période de confinement actuelle. Vous pouvez participer à l'étude Consovid-19 en cliquant ici.

Propos recueillis par Nadine Haltiner/oang

Publié le 26 mars 2020 à 14:52