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Toujours pas de données nationales exhaustives sur la situation hospitalière

Un médecin traitant un malade du coronavirus à l'hôpital de Locarno. [Alessandro Crinari - KEYSTONE/Ti-Press]
Un médecin traitant un malade du coronavirus à l'hôpital de Locarno. [Alessandro Crinari - KEYSTONE/Ti-Press]
Depuis le début de la crise du coronavirus, les autorités fédérales ont été incapables d'informer sur les taux d'occupation des hôpitaux et d'utilisation de respirateurs au niveau national. Ces difficultés s'expliquent en partie par les manquements de trois cantons.

Depuis le début de cette crise sanitaire d'une ampleur inédite, l'Office fédéral de la santé (OFSP) n'a jamais obtenu de chiffres complets sur la situation traversée par l'ensemble des hôpitaux du territoire suisse. Les regards se sont alors tournés vers l'armée, chargée par le Conseil fédéral de faire remonter les informations depuis le terrain.

La RTS a appris que le canal d'information prévu connaissait des difficultés. Taux d'occupation des soins intensifs ou nombre de respirateurs artificiels disponibles, le Système d'information et d'intervention (SII) du Service sanitaire coordonné (SSC) n'a toujours pas permis d'obtenir une vision exhaustive et à jour.

Du retard dans la remontée d'information

Cet outil de gestion de crise est censé permettre de suivre l'évolution de la situation sur le terrain hospitalier aux quatre coins de la Suisse.

Selon nos recherches, les difficultés actuelles ont diverses origines. Dans certaines régions, le système est directement alimenté par les établissements hospitaliers, alors qu'ailleurs une première centralisation se fait au niveau cantonal.

Par ailleurs, les cantons n'ont pas tous commencé à transmettre leurs données au même moment. Certains ont évoqué "des identifiants informatiques manquants" pour justifier le retard pris.

Trois cantons mystérieux muets

Plus étonnant encore, selon deux sources au fait du dossier, jeudi encore trois cantons "manquaient à l'appel", c'est-à-dire qu'aucune remontée d'information n'avait eu lieu. Malgré nos demandes, personne n'a voulu identifier les récalcitrants.

Ce flou organisationnel ne rassure pas les spécialistes en gestion de crise du pays. "Jusqu'à maintenant cela reste sans réelle gravité", nous a confié une source qui a exigé l'anonymat, "mais le jour où un hôpital ou un canton sera débordé par l'afflux de malades et qu'il faudra organiser des transferts urgents entre cantons, il vaudrait mieux avoir une image exacte de la situation".

Contactée au sujet de ces difficultés rencontrées ces derniers jours, l'armée s'est contentée de nous répondre que "le taux de retour des cantons est actuellement bon et permet aux spécialistes de faire leur travail".

"Des progrès, mais pas encore optimal"

Des responsables évoquent, toujours anonymement, une remontée qui "progresse, mais n'est pas encore optimale". Des données complètes sont espérées d'ici la fin de la semaine.

Trop optimiste? La réponse sera donnée à la prochaine salve de questions journalistiques auxquelles fera face le responsable de la division Maladies transmissibles à l'OFSP, Daniel Koch. "Je n'ai pas de chiffres exacts", a-t-il inlassablement répété jusqu'à présent lors des conférences de presse.

Restera encore un point crucial à surveiller: la régularité des envois d'information en provenance du terrain. Sans celle-ci, aucune vision exacte ne sera obtenue et la Suisse souffrira toujours d'un décalage d'information potentiellement dommageable.

Cet épisode vient s'ajouter aux difficultés connues directement par l'OFSP, débordé par un déluge de fax, moyen de communication prévu pour que les établissements médicaux puissent annoncer les nouveaux cas de contamination.

Cette méthode force les employés de l'office à saisir manuellement les données, ce qui a impliqué des retards de publication des chiffres quotidiens.

>> Lire: Les annonces de nouveaux cas de coronavirus se font par fax

Marc Renfer

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