Modifié le 27 février 2020 à 21:36

La Suisse a fermé les yeux sur les adoptions illégales d'enfants srilankais

Le Conseil fédéral fait la lumière sur les adoptions illégales d'enfants srilankais.
Le Conseil fédéral fait la lumière sur les adoptions illégales d'enfants srilankais. 19h30 / 2 min. / le 27 février 2020
Les autorités cantonales et fédérales ont détourné les yeux lors de l'adoption douteuse en Suisse de quelque 700 enfants srilankais, souvent dans le cadre d'un trafic illégal. Une étude présentée jeudi à Berne révèle l'étendue des abus.

Mandatée par l'Office fédéral de la justice, l'étude de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) indique que quelque 11'000 enfants srilankais au total ont été remis à des parents adoptifs dans différents pays européens via un commerce international organisé et souvent illégal. Ce trafic a eu lieu principalement dans les années 1970 et 1980.

Un rapport saint-gallois publié il y a un an avait déjà levé un bout de voile sur les adoptions controversées d'enfants du Sri Lanka par des parents suisses dans les années 1980.

Irrégularités relevées dès 1981

L'étude révèle que les autorités helvétiques ont eu connaissance au plus tard dès fin 1981 d'irrégularités et de cas de trafic d'enfants. Les cantons étaient chargés de contrôler les organismes d'adoption, mais ce sont les autorités fédérales qui étaient responsables en dernier ressort dans le cadre de ces procédures transfrontalières.

Des voix critiques s'étaient fait entendre dès le milieu des années 1970 au sein même du Département fédéral de justice et police (DFJP), constate l'étude.

Un commerce très lucratif

L'ambassade de Suisse à Colombo, qui délivrait les visas aux enfants srilankais, a été confrontée à un grand nombre de cas d'adoption durant toutes ces années. En raison de la grande pauvreté du pays et de l'écart des salaires, le placement d'enfants adoptifs s'est révélé un commerce très lucratif pour les acteurs sur place - ce qui a également encouragé la corruption, écrivent encore les chercheurs de la ZHAW.

Pour mener ses recherches, la haute école a pu avoir accès pour la première fois à des documents d'autorités spécifiques de la Confédération, de trois cantons et de différentes communes.

Encore beaucoup de questions ouvertes

Présidente de l’association qui défend les enfants srilankais adoptés en Suisse, Sarah Ineichen voit dans cette étude un premier geste et une première reconnaissance de la part des autorités fédérales et cantonales. "Mais ce n'est que le début, il y a encore beaucoup de questions qui appellent une réponse", souligne-t-elle dans le 12h45.

L'association attend maintenant une aide psychologique et financière pour les recherches des racines de ses membres. "On a besoin de connaître la vérité sur notre histoire", souligne-t-elle. "C'est une réponse que l'on recherche pour nous-mêmes mais aussi pour nos enfants."

oang avec ats

Publié le 27 février 2020 à 17:52 - Modifié le 27 février 2020 à 21:36

Genève offre son aide aux personnes concernées

Suite aux graves irrégularités relevées par l'étude, le canton de Genève s'engage à soutenir les personnes concernées dans la recherche de leur origine. Un groupe ad hoc a été mandaté à cet effet.

Il sera chargé de faciliter les démarches des personnes et d'assurer la coordination des différentes instances cantonales concernées, a indiqué jeudi le Conseil d'Etat.

Le gouvernement cantonal souhaite par ailleurs confier à des experts externes un mandat de recherche historique sur la situation genevoise, à moins que la Confédération ne lance une recherche nationale.