Modifié le 24 février 2020 à 10:38

Face au coronavirus Covid-19, "vouloir fermer les frontières est illusoire"

Le coronavirus à la frontière de la Suisse: interview de Karim Boubaker, médecin cantonal vaudois (vidéo)
Le coronavirus à la frontière de la Suisse: interview de Karim Boubaker, médecin cantonal vaudois (vidéo) L'invité-e d'actualité / 8 min. / le 24 février 2020
Alors que les cas de coronavirus Covid-19 se multiplient en Lombardie voisine, la Suisse appelle pour l'heure au calme. Le médecin cantonal vaudois Karim Boubaker souligne que les autorités suisses doivent protéger tout en rassurant.

La Vénétie a mis fin dimanche aux festivités du Carnaval de Venise et à toutes les manifestations sportives de la région, après la multiplication des cas de coronavirus et quatre décès dans le nord du pays. Une dizaine de villes sont désormais en quarantaine.

>> Lire: Le Carnaval de Venise raccourci à cause de l'épidémie de coronavirus

Au Tessin, les hôpitaux isolent désormais tous les patients qui présentent des symptômes d'infection respiratoire aigüe. Interrogé lundi dans La Matinale, le médecin cantonal vaudois estime que ces mesures sont justifiées, face à une situation difficile.

"C'est de réagir de manière juste qui est le plus difficile"

"L'épidémie est aux portes de la Suisse, cela donne un caractère très dangereux", souligne-t-il avant de préciser: "Quand on est dans cette situation, on doit réagir de manière juste. Et c'est de réagir de manière juste qui est le plus difficile: ne pas prendre des mesures disproportionnées, prendre des mesures proportionnées mais qui permettent autant que faire se peut que cette maladie ne se propage pas dans nos contrées."

Pour Karim Boubaker, il serait cependant illusoire de penser que l'on peut empêcher le virus de franchir la frontière. "Il faut en être conscients et c'est pour ça que toutes nos mesures - actuellement - sont des mesures qui permettent d'identifier rapidement des cas, comme le font les Italiens: les personnes qui rencontrent certains critères cliniques plus une histoire de voyage dans certains endroits, on va devoir à un moment donné les diagnostiquer et essayer de voir dans quelle mesure elles ont ou non ce virus. Et à partir de là, les isoler, les mettre en quarantaine pour certaines personnes. C'est tout ce travail que l'on doit faire en amont, mais vouloir fermer les frontières est illusoire."

"Les seules vraies répercussions sont liées à la peur"

Le responsable vaudois estime qu'il s'agit surtout d'être pragmatique. "On est face à une maladie que l'on commence à connaître, qui se rapproche de la grippe et dont on ne connaît pas encore précisément le taux de mortalité. C'est vrai que cette maladie pourrait se développer, avoir certaines répercussions, mais actuellement les seules vraies répercussions sont liées à la peur, à l'inquiétude des gens", remarque le médecin cantonal.

"On vit actuellement les travers de notre société d'hyper-communication, de peur", constate Karim Boubaker. "Et à partir de là, on doit avoir des autorités qui sont rassurantes mais qui prennent aussi les mesures qu'il faut pour protéger la population. Et parfois, ces mesures et cette peur sont contradictoires, mais il faut pouvoir travailler avec ça. Nous travaillons avec ça tous les jours, toutes ces questions se posent quotidiennement et on essaie de les résoudre. On essaie d'être rassurants, même si certaines décisions peuvent faire penser que l'on est dans une situation grave."

L'OFSP appelle au calme

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP), de son côté, dit suivre de près l'évolution de l'épidémie mais appelle au calme avant une communication à la presse lundi. Interrogé dans La Matinale, le chef de sa division maladies transmissibles, Daniel Koch, assure que le pays est préparé et affirme qu'il faut relativiser.

>> L'interview de Daniel Koch dans La Matinale:

Daniel Koch, chef de la division maladies transmissibles à l'OFSP.
Marcel Bieri - Keystone
La Matinale - Publié le 24 février 2020

Lundi très particulier au Tessin

Au Tessin, ce lundi n'est pas un jour comme les autres, particulièrement à la douane de Chiasso, par où passent des milliers de frontaliers italiens chaque jour. Il n'y a pas de mesures particulières à la frontière suisse, mais on sent une certaine tension chez ces frontaliers et les habitants de la ville tessinoise.

>> Le reportage de Nicole della Pietra lundi matin à la frontière italo-suisse:

La Suisse suit de près l'évolution du coronavirus aux portes du pays (image d'illustration).
Gaetan Bally - Keystone
La Matinale - Publié le 24 février 2020

Propos de Karim Boubaker recueillis par Romaine Morard/oang

Publié le 24 février 2020 à 08:47 - Modifié le 24 février 2020 à 10:38

Les quelques conseils traditionnels

Face au Covid-19, le médecin cantonal vaudois rappelle les quelques mesures de base pour éviter au maximum tout risque de transmission.

"Ce sont toujours les mêmes conseils d'hygiène personnelle, de se laver souvent les mains. Lorsqu'on prend les transports publics, de se laver les mains après; d'essayer d'éviter - si on est malade ou si on est sensible pour les personnes très vulnérables, les personnes âgées et autres - les lieux publics, les grands rassemblements. Ce sont toutes ces petites choses qui font que l'on va éviter autant que faire se peut de s'infecter."