Modifié le 18 février 2020 à 20:33

De la viande de chevaux maltraités en Australie est importée en Suisse

Les images de l'abattoir de Meramist montrent des traitements extrêmement cruels. 
Le terrible abattoir de chevaux qui exporte vers la Suisse Mise au Point / 13 min. / le 16 février 2020
Des images choc tournées dans un abattoir australien révèlent des abattages non conformes aux règles d’importation suisses et des scènes de cruauté sur les chevaux. L'association zurichoise TSB exige la suspension immédiate des importations en provenance d’Australie.

Des chevaux battus, insultés et électrocutés dans les parties génitales: des centaines d'heures d'images reçues d'une source anonyme montrent des violations répétées des règles d'abattage et d'importation en vigueur en Suisse et dans l'Union européenne.

"J’ai été vraiment choquée", réagit Sabrina Gurtner, cheffe de projet pour les chevaux au Tierschutzbund Zurich (TSB), dimanche dans l'émission Mise au Point. Capturées par des caméras cachées, les images de l'intérieur de l'abattoir de Meramist, près de Brisbane, montrent des abattages ratés et des chevaux encore conscients après leur mise à mort. "Cela montre un traitement extrêmement cruel (...) Sur quelques chevaux déjà suspendus, en train d'être saignés, on peut voir qu'ils respirent encore", s'indigne la militante.

Un abattoir directement lié à la Suisse

Entre 2018 et 2019, plus de 300 tonnes de viande chevaline australienne ont été importées par la Suisse, selon l'Administration fédérale des douanes. Pour Sabrina Gurtner, il ne fait aucun doute que la totalité de cette viande est passée par l'abattoir de Meramist: "Le deuxième abattoir australien agréé pour l'exportation n'abat pas de chevaux pour le moment, donc oui, c'est le seul qui abat pour la Suisse."

Mais où finit cette viande? Selon l'enquête de la RTS, seuls deux grossistes, l'un à Clarens (VD), l'autre à Bâle, importent du cheval australien. L'un des grossistes indique sur son site internet servir "des cantines, des institutions, des hôtels et des restaurants", mais il n’a pas souhaité répondre aux questions de Mise au Point.

Violations du manuel des importateurs

Après les différents scandales qui ont touché l'Amérique du Sud et la Canada, l'Association suisse des importateurs de viande chevaline (AIVC) s'était dotée d'un manuel très clair pour ses fournisseurs. Parmi les règles, on peut y lire: "L'utilisation d'aiguillons électriques est interdite" ou encore "Frapper le cheval dans la tête ou les parties génitales est interdit". Le tir de mise à mort des chevaux est également décrit très précisément pour éviter toute souffrance inutile à l'animal.

Pour la TSB, qui a publié un communiqué dimanche, le président de l'AIVC Josef Pittino doit tirer les conséquences de ces nouveaux cas de maltraitance en démissionnant. "Josef Pittino affirme que la protection des animaux est importante pour lui (...) mais la réalité le rattrape à nouveau", ajoute l'association, qui demande aussi à l'AIVC de "cesser l'importation de viande de chevaux victimes de cruauté en provenance d'autres continents".

Sollicité par Mise au Point, le président de la faîtière a refusé de s’exprimer.

C'est vraiment pitoyable et c'est du grand banditisme

Pierre-Alain Glatt, vétérinaire équin

Face aux images, le vétérinaire équin vaudois Pierre-Alain Glatt réagit vivement: "C'est totalement scandaleux. Quand on voit ces gens qui s'acharnent sur les chevaux, qui ne comprennent pas ce qu'ils doivent faire, ni où ils sont, ils ne savent pas dans quelle direction aller. (...) Il y a un abruti qui fait du bruit et qui tape avec son bâton pour les faire bouger plus vite, donc ils se grimpent les uns sur les autres, ils reculent, ils glissent (...) C'est vraiment pitoyable et c'est du grand banditisme."

La plupart des chevaux filmés dans cet abattoir australien sont des chevaux de course. La pratique n’est pas illégale en Australie mais elle interroge, car en Suisse les chevaux de sport et de loisirs ne peuvent pas finir à l'abattoir. Seuls les chevaux de rente, comme les Franches-Montagnes, peuvent être consommés. Un vétérinaire s'assure alors qu'ils ne reçoivent aucun antibiotique ou traitement impropre à la consommation.

Audit réalisé par une société suisse

Eleveur spécialisé dans les Franches-Montagnes, Denis Boichat redoute l'amalgame après ce nouveau scandale australien. "C'est un scandale, les trucs comme ça (...) Mais on nous prend tous pour les mêmes, on est tous des assassins. Il ne faut pas tout mélanger dans la vie, il y a des gens corrects. (...) On peut faire toutes les lois que l’on veut, il y aura toujours des excès", déclare-t-il. L'éleveur invite les amateurs de viande chevaline à privilégier la production locale.

En septembre 2018, l'abattoir de Meramist a été audité par la société suisse SGS. Son porte-parole Daniel Rufenacht indique à la RTS: "Cette vidéo montre que la prise en charge et la gestion des animaux (...) n'est pas à la hauteur des standards attendus. L'abattage d'animaux en Australie (...) exige la présence sur site d'un garant du respect du bien-être des animaux. Nous regrettons que malgré de pareilles mesures, de telles dérives puissent encore exister. Ceci souligne le besoin d'une vigilance continue concernant le respect des conditions d'abattage des animaux."

>> La Suisse impuissante face à une telle situation, précisions dans le 19h30:

La viande de chevaux maltraités en Australie se retrouve dans nos assiettes. La Suisse impuissante.
19h30 - Publié le 17 février 2020

Sujet TV: Cécile Tran-Tien

Adaptation web: Frédéric Boillat

Publié le 16 février 2020 à 22:42 - Modifié le 18 février 2020 à 20:33

Comment se déroulent les abattages en Suisse?

Selon Natascha Sauser, cogérante de l'abattoir des Breuleux (JU), la mise à mort est très réglementée et doit se faire en moins de 60 secondes. Dans son abattoir, 96% des mises à mort de chevaux ne nécessitent qu'un seul tir et les locaux sont entièrement lavés entre deux chevaux.

"On essaie que les chevaux soient faits le matin, comme ça tout est propre, il n'y a pas d'odeur. Un cheval sent vraiment l'odeur du sang, il faut l'éviter parce que ça le rend trop nerveux", confie encore Natascha Sauser. Le local est donc nettoyé entre chaque abattage.

D’où vient la viande chevaline servie en Suisse?

En 2019, 2406 tonnes de viande chevaline ont été importées en Suisse: 541 tonnes d'Argentine, 446 tonnes du Canada, 408 tonnes d'Espagne, 270 tonnes de France, 182 tonnes d'Italie, 151 tonnes d'Uruguay, 132 tonnes d'Australie.

En 2018, 2583 tonnes de viande chevaline ont été importées en Suisse: 640 tonnes d'Argentine, 363 tonnes du Canada, 328 tonnes d'Espagne, 288 tonnes de France, 281 tonnes de Belgique, 212 tonnes d'Italie, 171 tonnes d'Australie.

Source : Swiss-Impex, Administration Fédérales des douanes 2020