Modifié le 13 février 2020 à 11:13

Le taux de syndiqués baisse à l'heure des restructurations d'entreprise

Syndicat en Suisse: Quelles sont les personnes qui sʹengagent professionnellement dans les syndicats en Suisse?
Comment affronter les restructurations dans un monde sans syndicat ? La Matinale / 3 min. / le 13 février 2020
La part des professionnels syndiqués en Suisse est passée de 22% à 18% en dix ans. Cette tendance est amenée à se généraliser, alors que des restructurations sont en cours dans certaines grandes entreprises.

Quel est le point commun entre la suppression de 200 postes chez la banque zurichoise Julius Bär, les 125 emplois menacés chez Symetis ou encore les 265 places en jeu chez Philip Morris? Ces récentes annonces concernent du personnel peu syndiqué.

La situation est d’ailleurs amenée à se généraliser, puisque le nombre de syndiqués baisse. La Suisse compte aujourd’hui 700'000 personnes cotisant à une organisation de défense de leurs droits. L'Union syndicale suisse (USS) a perdu près d'un quart de ses membres en 35 ans. Cette tendance s’explique par la tertiarisation de l'économie, alors que les syndicats sont historiquement forts dans l'industrie, la construction et l'artisanat.

Salariés désavantagés

Or, quand une menace de licenciement collectif se fait jour dans une entreprise où les syndicats sont quasi absents, la donne se complique. Sans expérience, Natasha Recchia a par exemple dû négocier un plan social en 2018, alors que les services informatiques de Nestlé étaient visés par une restructuration. Pour cette représentante du personnel, la mission s'est révélée compliquée.

"N'ayant pas d'expérience de ce genre de restructuration, on se demande par quel bout commencer, et jusqu'à quel point la loi est derrière nous", souligne-t-elle. "Sans aide extérieure, il est très difficile de pouvoir faire un travail efficace [car] la direction a un pas d'avance sur les employés." Au terme du processus de consultation, quelques postes avaient pu être sauvés.

L'importance du réseau politique et médiatique

Au-delà de la connaissance du droit très complexe du travail, le syndicat dispose d'un réseau. Un atout très précieux dans les négociations, comme l'explique jeudi à la RTS l'ancien conseiller national Jean Christophe Schwaab, auteur d'un livre sur le licenciement collectif.

"Pour obtenir un bon plan social, il faut des appuis politiques [comme] des relais dans les parlements voire dans les gouvernements cantonaux et des personnes qui savent comment porter les problèmes des salariés aux médias. D'une part pour avoir une pression publique qui soit favorable aux travailleurs, et d'autre part parce que très souvent, l'un des moyens d'éviter les licenciements est l'action d'une collectivité publique." Les démarches des autorités locales avaient par exemple participé au maintien du site Nyon-Prangins (VD) de Novartis en 2012. 

S'adapter pour survivre

Mais les syndicats inspirent parfois la méfiance. Dans le cas de Nestlé par exemple, le personnel n’avait pas voulu d'Unia à la table des négociations en 2018.

Les syndicats doivent faire un effort pour séduire des catégories d'actifs peu représentées, comme les cols blancs. "Si les syndicats ne sont pas capables de faire des propositions, ils risquent à terme de disparaître, ce dont tous les salariés feraient les frais", affirme même Jean Christophe Schwaab. "Il y a encore un travail de modernisation à faire." Les intéressés se disent, eux, conscients des enjeux.

Cléa Favre/ani

Publié le 13 février 2020 à 11:06 - Modifié le 13 février 2020 à 11:13