Modifié le 04 février 2020 à 16:46

Les produits potentiellement addictifs se multiplient, alerte Addiction Suisse

Addiction: des produits toujours plus nombreux
Addiction: des produits toujours plus nombreux L'actu en vidéo / 1 min. / le 04 février 2020
Dérivés nicotiniques, nouvelles boissons alcoolisées... Dans son "Panorama des addictions 2020" publié mardi, Addiction Suisse s'inquiète d'un éventail toujours plus large de produits susceptibles d'engendrer une dépendance.

Dans le domaine du tabac et des produits nicotiniques, Addiction Suisse souligne que l’éventail ne cesse de s’élargir, avec la légalisation du tabac oral (snus) et des liquides aromatisés contenant de la nicotine. Cette libéralisation a notamment conduit à l’arrivée des géants Juul et Japan Tobacco sur le marché suisse de la vapoteuse.

Si ces produits nicotiniques peuvent être utiles pour arrêter de fumer des cigarettes traditionnelles, ils sont aussi populaires chez les jeunes, s'inquiète l'organisation.

Tandis que le taux de fumeurs de cigarettes traditionnelles stagne à plus d'un quart de la population et a même reculé chez les jeunes de 15 ans, plus de la moitié des garçons et un tiers des filles de cet âge ont déjà vapoté au moins une fois.

Pour Addiction Suisse, les risques du vapotage sont actuellement difficiles à mesurer mais "il n’existe aucun produit nicotinique sans risque" et "la dépendance à la nicotine ne doit pas redevenir la règle".

L'organisation de prévention des addictions pointe également les produits du tabac chauffé, tels que l'IQos de Philip Morris, dont le marketing s'est intensifié l’an dernier. Addiction Suisse réclame une réglementation beaucoup plus stricte des produits du tabac "au vu des coûts sociaux du tabagisme estimés à 5 milliards de francs par an.

Public féminin et jeune visé par l'industrie de l'alcool

L'industrie de l'alcool tente elle aussi d'amener, par le marketing, les jeunes à boire le plus tôt possible, dénonce le panorama d'Addiction Suisse. Le public féminin est notamment ciblé avec "des bières sucrées à la saveur fruitée ou des cocktails tout prêts", "des produits light ou aromatisés" ou encore "une large palette de shots d’alcool proposés sous forme de sucreries".

Dans l'ensemble, la consommation annuelle d’alcool par habitant a constamment baissé en Suisse ces 20 dernières années et s’élevait en 2018 à 7,7 litres d’alcool pur par personne.

Environ 5% de la population, toutes catégories d'âge confondues, ont une consommation d'alcool chronique à risque. Cette proportion est stable sauf chez les plus de 65 ans où elle a légèrement augmenté. 

Addiction Suisse pointe toutefois une consommation épisodique à risque en hausse dans pratiquement toutes les tranches d’âge. Le nombre de personnes qui s’enivrent au moins une fois par mois est en hausse par rapport à il y a dix ans et les jeunes femmes sont les plus touchées (de 12% en 2007 à 24% en 2017).

>> Lire: Les Suisses boivent moins souvent, mais l'ivresse ponctuelle augmente

Hausse de la consommation de cannabis, y compris légal

Une hausse de la consommation de cannabis a été relevée en Suisse: en 2017, 4% de la population déclarait avoir consommé du cannabis dans le mois écoulé contre 2,9% en 2012. Mais selon le rapport, les produits contenant du cannabis légal (CBD), disponibles depuis 2016, expliquent certainement au moins en partie cette progression.

La prévalence de la consommation de cannabis chez les adolescents de 15 ans est relativement stable depuis 2014, et plus élevée chez les garçons que chez les filles: 13,7% des garçons disent avoir consommé du cannabis durant le dernier mois contre 8,7% des filles.

Pour ce qui est de la consommation de cocaïne et d'ecstasy, une hausse progressive de l’usage est constatée depuis une quinzaine d’années mais il reste limité (en 2017, 0,9% de la population a déclaré avoir consommé de la cocaïne durant la dernière année et 0,7% de l’ecstasy) et plutôt dans la moyenne européenne.

Toutefois, l’usage de stimulants est élevé dans les grandes villes suisses, et les spécialistes observent que les produits sont plus purs ou plus dosés qu’auparavant.

Les hommes sont au moins deux fois plus nombreux que les femmes à rapporter consommer des substances illégales et c’est chez les jeunes (15 à 24 ans) que la consommation est la plus répandue.

Somnifères et tranquillisants à un niveau élevé

Le panorama dressé par Addiction Suisse se penche également sur la question de la dépendance aux médicaments, notamment aux analgésiques opioïdes, qui sont au coeur d'une crise sanitaire aux conséquences dramatiques en Amérique du Nord.

Les livraisons et les ventes d’antalgiques opioïdes continuent à progresser, mais contrairement aux États-Unis, la Suisse ne connaît à ce stade pas de problèmes d'addiction majeurs grâce à un contrôle plus strict des prescriptions et à une limitation des possibilités de marketing. "La vigilance est toutefois de mise", pointe l'organisation.

En ce qui concerne les somnifères et les tranquillisants forts (comme les benzodiazépines), la situation semble s’être stabilisée à un niveau élevé, d'après le rapport. Actuellement, environ 350'000 personnes prennent ces médicaments sur une période prolongée.

>> Le point aussi dans La Matinale:

Gare à la provenance des liquides dans les cigarettes électroniques.
diego_cervo - Depositphotos
La Matinale - Publié le 04 février 2020

Pauline Turuban

Publié le 04 février 2020 à 08:57 - Modifié le 04 février 2020 à 16:46

Internet favorise d'autres formes de dépendance

Dans le domaine des jeux d'argent, 3% des joueurs et joueuses interrogés présentaient un comportement excessif en 2017 et les jeux en ligne comportent davantage de risques. "Les incitations à jouer sont plus nombreuses que jamais avec une offre gigantesque sur internet et l'ouverture du marché aux jeux en ligne des casinos suisses. Beaucoup de jeux d'argent en ligne ressemblent aujourd'hui à des jeux vidéo; ils s'inscrivent dans l'air du temps et séduisent les jeunes générations", relève le rapport d'Addiction suisse. Les hommes, jeunes et à faible revenu, sont particulièrement à risque.

L'hyperconnectivité d'une manière générale peut parfois poser souci. Entre 1 et 4% de la population de plus de 15 ans aurait un usage problématique d'internet. "C'est vrai qu'on a un nouvel outil qui nous accompagne tous les jours et peut-être que la société doit apprendre à l'apprivoiser, mais sans forcément lui coller tout de suite une étiquette d'addiction", estime Grégoire Vittoz, directeur d'Addiction Suisse, dans La Matinale.

"L'addiction n'est pas quelque chose d'anodin. Elle correspond à des critères précis: notamment la perte de contrôle de la consommation, le besoin de consommer toujours plus ou le renoncement à certaines activités pour satisfaire cette activité-là. Donc il faut être prudent, car le téléphone portable reste un outil précieux, mais qui n'engendre pas forcément une problématique d'addiction", développe Grégoire Vittoz.

>>Ecouter l'interview complète de Grégoire Vittoz dans La Matinale