Modifié le 20 janvier 2020 à 10:19

Les Suisses d'origine étrangère pénalisés sur le marché de l'emploi

Les Suisses d'origine étrangère pénalisés sur le marché de l'emploi
Les Suisses d'origine étrangère pénalisés sur le marché de l'emploi L'actu en vidéo / 3 min. / le 10 janvier 2020
Les Suisses d’origine étrangère doivent envoyer 30% de candidatures en plus pour obtenir un entretien d’embauche, révèle une étude de l'Université de Neuchâtel. Certaines communautés sont davantage touchées, notamment les personnes au patronyme d'origine balkanique.

"Cette étude visait à faire le point sur la situation de l’insertion des enfants de migrants qui ont grandi ici, qui ont les mêmes qualifications et qui connaissent la langue, pour savoir si, sur le marché du travail, ils parvenaient à faire valoir leurs qualifications exactement comme des Suisses de parents suisses", explique Rosita Fibbi, sociologue au Forum suisse pour l’étude des migrations (SFM) de l’Université de Neuchâtel, et auteure de l’étude.

Pour ce faire, une équipe de chercheurs a répondu à des offres d’emploi en ligne et a envoyé à chaque fois deux candidatures identiques: celle d'un Suisse au nom et prénom typiques et celle d’un Suisse avec un nom étranger.

>> Voir aussi l'interview au 19h30 de Bashkim Iseni, délégué à l'intégration à Lausanne:

Bashkim Iseni, délégué à l'intégration de la ville de Lausanne, de parents kosovars est naturalisé. Il évoque les préjugés.
19h30 - Publié le 10 janvier 2020

"La seule différence entre les deux candidatures n’est pas la nationalité, mais l’origine. Le fait qu’on ait une deuxième nationalité par exemple" précise Rosita Fibbi. L’équipe de recherche a ensuite observé si les faux candidats étaient convoqués pour un entretien ou non. Le constat est sans appel: les Suisses d’origine immigrée doivent envoyer en moyenne 30% de candidatures en plus pour obtenir un entretien d’embauche, en comparaison avec les autres candidats.

"Ils sont discriminés"

Les chercheurs ont testé des CV avec des candidats fictifs de diverses origines ethniques, comme le Kosovo, le Cameroun ou la Turquie. L’étude constate des différences entre ces origines. "Deux groupes sont particulièrement ciblés par les discriminations, les Suisses d’origine kosovare, qui doivent envoyer 40% en plus de candidatures pour avoir un entretien d’embauche, et les Suisses d’origine camerounaise, qui doivent envoyer 30% de candidatures en plus", explique Rosita Fibbi.

Pour la chercheuse, ces résultats remettent en cause l’idée selon laquelle, en Suisse, il suffirait d’être intégré pour avoir ses chances: "Souvent, les difficultés d’accès à l’emploi des migrants et de leurs enfants sont expliquées par des insuffisances de leur niveau linguistique ou scolaire. Or, ce que notre étude démontre, c’est que même lorsque le contrat est rempli, ils sont discriminés. Cela ne tient pas à eux, mais à la manière dont la société porte un regard sur eux, qui n’arrive pas encore à les considérer sur un pied d’égalité."

Micaela Mumenthaler

Publié le 10 janvier 2020 à 21:01 - Modifié le 20 janvier 2020 à 10:19