Modifié le 28 décembre 2019 à 20:23

Une affaire de harcèlement sexuel présumé ébranle le diocèse de Fribourg

Alain de Raemy (droite), nouvel évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, lors de sa cérémonie d'ordination épiscopale, marche à côté de Charles Morerod (gauche), évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Cathédrale Saint-Nicolas, Fribourg, le 11 janvier 2014.
Un curé romand dénonce le harcèlement sexuel subi au sein de l'Eglise à Vevey Le 12h30 / 1 min. / le 28 décembre 2019
Le Vatican n'a toujours pas nommé le nouvel évêque pour le diocèse de Coire. Et, selon le Tages Anzeiger, c'est parce que le nom du grand favori à ce poste, Alain de Raemy, évêque auxiliaire de Fribourg, serait apparu dans le cadre d'une affaire de harcèlement sexuel présumé.

Dans un article intitulé "Graves accusations contre la direction du diocèse de Fribourg", plusieurs titres de Tamedia, dont le Tages-Anzeiger, précisent que cela fait longtemps que des spéculations courent sur la raison pour laquelle le Vatican retarde la nomination d'un évêque à Coire, dont le siège est vacant depuis mai dernier.

Le quotidien alémanique pense avoir la réponse: le nom du grand favori à ce poste, l'évêque auxiliaire de Fribourg Alain de Raemy, serait apparu dans le cadre d'une affaire de harcèlement sexuel présumée qui touche le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

Un rapport de quatorze pages

Tout part d'un rapport de quatorze pages écrit par un curé romand que le Tages Anzeiger appelle Malik Alieu – c'est un nom d'emprunt. Diacre et prêtre, l'homme d'origine africaine l'envoie fin octobre à toute l'Eglise catholique, jusqu'au Vatican: toute la hiérarchie est mise au courant.

Les faits se seraient déroulés entre 2008 et 2011: alors séminariste, Malik Alieu décrit se sentir sous la pression du curé Paul Frochaux dans la paroisse de Vevey, nimbée d'un "climat homoérotique".

Le séminariste assure aussi avoir été le témoin de diverses relations entre Paul Frochaux et des personnes en situation de dépendances: des séminaristes et un jeune toxicomane ayant vécu durant des mois au presbytère. Selon le rapport, le curé reçoit aussi de nombreuses visites: parmi celles-ci, Alain de Raemy, l'évêque auxiliaire, alors aumônier des gardes suisses au Vatican.

Dénégations et confiance maintenue

Ces faits sont antérieurs à la nomination de Paul Frochaux à la cathédrale de Fribourg en 2012 et de celle d’Alain de Raemy comme évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg en 2014.

Paul Frochaux nie toutes les allégations. Quant à monseigneur Charles Morerod, évêque de Fribourg, Genève et Lausanne, il affirme n’avoir aucune raison de ne pas faire confiance à Alain de Raemy. Il a confirmé à la RTS aussi avoir confié à un avocat genevois non catholique une enquête préliminaire interne. Après avoir été alertée par Monseigneur Morerod, la police a par ailleurs auditionné l'évêque tout comme le curé dénonciateur.

"Forme de chantage", selon Mgr Morerod

Interrogé samedi dans l'émission Forum, Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, a tenu à remettre en perspective cette affaire, évoquant un chantage à son encontre.

"Il y a une procédure canonique contre le prêtre accusateur à cause de la grande insatisfaction de ses paroissiens qui se plaignent auprès de moi depuis longtemps, il sait qu'il a une procédure contre lui". La lettre qu'il a envoyée évoquant des cas de harcèlement "consiste en une forme de chantage", estime Mgr Morerod.

>> lire: Pour Charles Morerod, "toute cette affaire ressemble à du chantage"

Stéphanie Jaquet avec Alain Arnaud

Publié le 28 décembre 2019 à 13:07 - Modifié le 28 décembre 2019 à 20:23