Modifié le 09 décembre 2019 à 21:23

Les exploitants visent 60 ans de vie pour les centrales nucléaires suisses

Avec son demi-siècle d'existence, Beznau (AG) est la plus vieille centrale nucléaire d'Europe.
Avec son demi-siècle d'existence, Beznau (AG) est la plus vieille centrale nucléaire d'Europe. 19h30 / 2 min. / le 09 décembre 2019
Le réacteur nucléaire de Beznau I, mis en service il y a 50 ans, veut jouer les prolongations pendant 10 ans encore. Cette extension de la durée de vie maximale des centrales de 50 à 60 ans se généralise au niveau suisse, montre une enquête de la RTS diffusée lundi.

Le 9 décembre 1969, il y a 50 ans jour pour jour, la Suisse mettait en service sa première centrale nucléaire, le bloc 1 de Beznau (AG). Les spécialistes considéraient jusqu'ici qu'un demi-siècle, c'était la durée de vie maximale d'une centrale. Or, selon un sondage de la RTS, les exploitants comptent désormais tous exploiter leurs centrales durant au moins 60 ans.

"Beznau continue à remplir toutes les exigences de sécurité exigées par l'Inspection nucléaire et elle va même au-delà", a déclaré à la RTS le directeur de la centrale, Mike Dorst. Il faut dire qu'Axpo, l'exploitant de Beznau, a investi 2,5 milliards de francs pour améliorer sa sécurité, soit quatre fois le prix de la construction originelle.

60 ans, le nouveau standard

Axpo estime que la centrale peut ainsi encore être exploitée en toute sécurité durant environ 10 ans. "Continuer à faire tourner le réacteur 1 après cette date serait très coûteux", juge Mike Dorst. La centrale argovienne, déjà l'une des plus vieilles au monde, devrait donc être débranchée vers 2030, à l'âge de 60 ans.

Une durée de vie de soixante ans: c'est le nouveau jalon visé par les deux centrales plus jeunes: Gösgen (SO), mise en service en 1979, compte rester en service jusqu'en 2040. Leibstadt (AG), mise en service en 1984, compte de son côté continuer à produire du courant jusqu'en 2045 au moins.

>> Lire aussi: La durée de vie théorique des centrales nucléaires revue à la hausse

A Gösgen, Alpiq a investi 1,1 milliard de francs depuis 2009 pour moderniser les installations et développer les mesures de sécurité. A Leibstadt, les actionnaires indiquent eux avoir investi 1,2 milliard depuis le tournant du siècle.

Parti-pris "risqué"

Selon la Fondation suisse pour l'énergie, il est risqué de prolonger ainsi la durée de vie des centrales. "C'est vrai qu'on peut renouveler certaines parties des centrales, mais leur cœur - les réacteurs - ne peuvent pas être remplacés", estime Simon Banholzer, expert nucléaire à la Fondation pour l'énergie. Selon lui, les exploitants feraient mieux d'investir leurs milliards dans le développement d'énergies renouvelables, afin d'accélérer la transition énergétique.

Selon Swissnuclear, les quatre centrales nucléaires suisses fournissent 40% du courant produit en Suisse. Le 20 décembre prochain, une première centrale sera définitivement débranchée, celle de Mühleberg (BE). Cet arrêt reste pour l'instant une exception.

>> Regarder l'analyse de Jean-Marc Heuberger dans le 19h30 de la RTS:

Analyse de J-M. Heuberger: "En Suisse, pas de date limite. C’est une marge de manœuvre pour les exploitants des centrales."
19h30 - Publié le 09 décembre 2019

Jean-Marc Heuberger

Publié le 09 décembre 2019 à 20:47 - Modifié le 09 décembre 2019 à 21:23