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Les médecins liés aux pharmas prescrivent plus, et moins bien

La pharma influencerait les prescriptions médicales: interview de Nicolas Rodondi [RTS]
La pharma influencerait les prescriptions médicales: interview de Nicolas Rodondi / Forum / 4 min. / le 20 novembre 2019
Une étude française, publiée la semaine dernière, pose un constat: les médecins qui ont des liens d'intérêts avec l'industrie pharmaceutique prescrivent plus de médicaments et le font moins bien.

Voyages, formations, rabais: avec sa gamme d'outils promotionnels, l'industrie pharmaceutique a une influence sur les choix thérapeutiques des médecins. L'Université de Rennes a mené une étude qui renforce cette hypothèse.

Les chercheurs français ont démontré que les praticiens qui ne reçoivent pas d'avantages des pharmas prescrivent moins de médicaments et proposent davantage de génériques. En d'autres termes, l'influence de l'industrie pharmaceutique fait grimper la facture des médicaments.

Nouvelle réglementation en Suisse

En Suisse, l'idée d'une déclaration des liens d'intérêts des médecins a été lancée par la Fédération des patients. En jeu: transparence et indépendance des praticiens, mais aussi limiter la hausse des coûts de la santé, étroitement liée au prix des médicaments.

Jusqu'à présent, le Parlement n'en a pas voulu, mais dès janvier 2020, une nouvelle réglementation du Conseil fédéral entrera en vigueur. Elle exige des critères objectifs et scientifiques pour le choix d'un médicament et les rabais devront apparaître dans les comptes.

"Favorable à plus de transparence"

Nouveau conseiller national vert'libéral mais aussi vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH), Michel Matter serait favorable à plus de transparence, sous conditions: "Il faut que les gens comprennent à quoi l'argent versé, ou les liens qu'il peut y avoir, ont servi. Par exemple, s'il s'agit d'une question de formation, les médecins ne peuvent plus être invités avec le voyage compris. Ils doivent au moins payer un tiers du voyage et le déclarer".

"Tout ce qui amène de la transparence est pour moi utile du moment qu'on explique les liens qu'il peut y avoir, notamment en matière de recherche et d'enseignement, parce que là on exposerait les médecins-chefs de service dans les grands hôpitaux qui ont des liens financiers plus importants que pour des médecins installés", explique Michel Matter.

Le politicien genevois confirme encore qu'en Suisse romande il n'y a pas de propharmacie, à savoir le fait que le médecin fournit directement les médicaments aux patients. "La pratique se fait en Suisse alémanique et donc il faut surveiller davantage. La pression sur ces praticiens doit être plus importante".

>> Voir aussi: Qui reçoit combien de l'industrie pharmaceutique?

Alexandra Richard/jfe

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