Modifié le 11 novembre 2019 à 11:58

Le possible remboursement par la LAMal des psychothérapies effectuées par les psychologues fait débat

Les psychologues devraient bientôt voir leurs prestations remboursées par l'assurance de base. L'idée divise.
Les psychologues devraient bientôt voir leurs prestations remboursées par l'assurance de base. L'idée divise. 19h30 / 4 min. / le 10 novembre 2019
Les psychothérapies effectuées par les psychologues pourront-elles un jour être remboursées par l’assurance de base ? C’est ce que semble souhaiter le Conseil fédéral. Mais la question fait débat avec d’un côté des risques d’explosion des coûts de la santé et de l’autre, une volonté d’offrir un meilleur accès aux soins en santé psychique.

D’après l’Observatoire suisse de la santé, près d’une personne sur deux souffre au cours de sa vie de problèmes de santé mentale : dépressions, troubles de l’anxiété ou encore addictions qui souvent mènent à la psychothérapie. Les psychiatres et psychologues sont en première ligne du système de prise en charge de ces consultations de plus en plus nombreuses. Mais aujourd’hui, ils sont divisés par une affaire d’argent.

Les psychologues et psychiatres travaillent selon un modèle dit de délégation. Tous deux peuvent effectuer des psychothérapies, mais pour voir leurs prestations remboursées par l’assurance de base, les psychologues sont tenus de travailler dans les locaux d’un psychiatre, et sous sa surveillance.

Situation parfois tendue

Exemple à Montreux. Nick Miller est psychiatre. Il travaille avec une équipe de 5 médecins et 7 psychologues. Pour lui cette collaboration entre les professions est essentielle : "Je suis demandé trois à six fois par jour par mes collègues psychologues, estime-t-il. Je vais dans leur cabinet pour les conseiller sur diagnostic, une médication ou une situation de crise. Et si je dois voir plus longtemps le patient que j'ai délégué, on prend rendez-vous."

Dans ce cabinet, tout le monde travaille en bonne entente, mais dans la profession, la situation est tendue. Une grande partie des psychologues demande une réforme de ce système. La raison est que cette collaboration a un prix. Le psychologue paie le psychiatre qui lui a délégué les patients. Chez Nick Miller, cela se fait sous forme de loyer mensuel mais dans d'autres cas, cela peut aller jusqu’à des prélèvements de 70% du revenu ce que les psychologues trouvent abusif.

Ce système de délégation date des années 1980 et avait été conçu pour être transitoire. Après des années de débats politique sur la question, le Conseil fédéral veut changer la situation. Il a mis cette année un projet en consultation qui pourrait permettre aux psychologues de s’établir de manière indépendante, et à tous les médecins de prescrire des psychothérapies. Les psychiatres s’y opposent fermement, ils craignent une baisse de qualité de la prise en charge.

Explosion des coûts redoutée

Autre risque de ce changement de loi, une explosion des coûts de la santé. Aujourd’hui déjà, selon les chiffres de l’Observatoire suisse de la santé, les troubles psychiques coûtent plus de 11 milliards de francs par an. Avec ce nouveau système, cela augmenterait encore. D'après le Conseil fédéral, 100 millions de francs aujourd’hui assumés par les patients reviendraient à la charge de l’assurance de base.

Les associations de patients se sont prononcées en faveur d’un changement de loi. Elles dénoncent des prises en charge parfois trop lentes par des cabinets de psychiatres surchargés, notamment dans les campagnes et pour les jeunes patients. Elles voient dans cette réforme une opportunité de prise en charge plus rapide, et des coûts qui seraient facilement compensés. "Une intervention rapide peut favoriser le maintien en emploi donc éviter des coûts futurs auprès de l'assurance invalidité et potentiellement, éviter ou limiter la nécessité d’une hospitalisation", détaille Florence Nater, présidente de la Coordination romande des associations d'action pour la santé psychique (CORAASP).

Au Conseil fédéral de trancher

Certains psychologues n’ont pas attendu pour s’établir de manière autonome. Valérie Burnet travaille à Genève comme psychologue-psychothérapeute. Elle collabore régulièrement avec un psychiatre, mais ici, grâce à une bonne entente, cela se fait d’égal à égal. Pour elle, il est temps de généraliser cette plus grande indépendance dans sa profession. "C'est un type de collaboration qui n’a pas besoin de l'encadrement de la psychothérapie déléguée pour se mettre en place, argumente-t-elle. Je pense que les psychologues-psychothérapeutes sont très bien formés pour savoir où se limitent leurs domaines de compétence et quand ils ont besoin qu'un psychiatre rentre dans la course. C'est une relation de confiance."

Certains psychologues rêvent d’indépendance. D’autres resteront fidèles à leur psychiatre. Mais avant qu'ils puissent choisir leur destin, c’est maintenant au Conseil fédéral de se prononcer.

Céline Brichet

Publié le 10 novembre 2019 à 20:44 - Modifié le 11 novembre 2019 à 11:58