Modifié le 04 novembre 2019 à 09:31

Don du sperme, la fin d'un secret sur l'identité des donneurs en Suisse

Injection d'un spermatozoïde dans un ovule
Aucun suisse né d'un don de sperme n'a encore demandé à connaître l'identité du donneur La Matinale / 3 min. / le 04 novembre 2019
En Suisse, les premiers enfants pouvant profiter de la levée de l'anonymat sur les donneurs de sperme atteignent leur majorité. Ils peuvent désormais connaître le nom de leur géniteur.

Ils sont environ 200 chaque année à naître en Suisse grâce à un don de sperme. 2019 marque un tournant. Pourquoi? C'est en 2001 que notre pays a aboli l'anonymat du donneur. 18 ans plus tard, les premiers jeunes nés sous la nouvelle loi et qui atteignent leur majorité ont donc la possibilité d'accéder à l'identité de leur géniteur.

Pour l'instant, l'Office fédéral de l'état civil, qui détient le registre, n'a pas reçu de requête. Les professionnels ne sont pas étonnés de ce manque de "curiosité". Les jeunes concernés sont encore peu nombreux. Certains ne sont peut-être pas prêts ou n'en ressentent pas le besoin. Les études menées à l'étranger montrent que dans seulement 10 à 40% des cas, ils cherchent à connaître leur donneur.

On ne sait pas combien de jeunes sont informés de leur mode de conception. Car pour qu'il y ait recherche, il faut évidemment que l'enfant soit au courant.

En tout cas, les professionnels qui accompagnent les couples infertiles encouragent la transparence. Ils mesurent aussi qu'il y a de moins en moins de tabou et que bien souvent l'intention de révéler à l'enfant son histoire est formulée par les futurs parents. Mais c'est ensuite que cela se complique.

Le poids de la routine

"Après la naissance, les parents sont pris dans le quotidien. Plus ils attendent, plus cela devient difficile à dire. Parfois, ils ne trouvent plus les mots", estime Laure de Jonckheere, conseillère en santé sexuelle au Centre de procréation médicalement assistée à Lausanne.

Et finalement, parfois, le secret est découvert. Stéphanie est née d'un don de sperme. Elle l'a découvert par hasard. "Un secret de famille est néfaste. Un enfant imagine plein de chose. J'avais très bien compris que je ne devais pas parler des ancêtres de mon père. Mais je ne savais pas pourquoi. S'il m'avait tout de suite dit la vérité, j'aurais compris. Il aurait alors pu me parler de sa famille. Alors que là, c'était tabou."

Pouvoir accéder à l'identité de son donneur, c'est l'espoir de reconstituer le puzzle identitaire. "Il y a un désir de savoir à qui je ressemble. Connaître également mes antécédents médicaux. Même si on est différent de nos parents, il y a ce besoin de connaître son histoire. C'est comme pour un enfant adopté."

L'anonymat n'a pas disparu à l'étranger

A noter qu'en adressant une demande à Berne, on reçoit les coordonnées de son donneur, sa description physique, sa formation et sa profession. Mais le géniteur n'est pas tenu d'accepter une rencontre.

Cette loi concerne uniquement les enfants conçus en Suisse, mais il y a aussi de futurs parents qui se rendent à l'étranger pour la procréation médicalement assistée. Notamment les couples lesbiens ou les femmes seules pour lesquels le don de sperme est interdit ici.

On estime qu'un minimum de 200 enfants sont conçus à l'étranger chaque année via le seul don de sperme. Et dans plusieurs pays, l'anonymat est toujours en vigueur. Pour ces enfants-là, pas de changement, l'accès au géniteur leur reste interdit. Ce qui les place dans une situation d'inégalité par rapport à la loi en vigueur en Suisse.

Céline Fontannaz

Publié le 04 novembre 2019 à 08:05 - Modifié le 04 novembre 2019 à 09:31

Stéphanie a été conçue grâce à un don de sperme

Stéphanie a été conçue il y a 40 ans, grâce à la banque de spermes de la Frauenklinik à Berne. Il y a cinq ans, elle a appris la réalité par hasard. Née avant 2001, elle n'a pas accès à l'identité de son donneur. Auprès des parents, elle milite dans l'association Spenderkinder pour la transparence afin d'éviter le poids du non-dit.

Comment avez-vous appris la nouvelles?

En consultant un document relatif au divorce de mes parents, j'ai eu un doute. De plus, je ne ressemble pas du tout à mon père. Mes parents ne voulaient pas en parler. J'ai dû les menacer de faire un test ADN pour qu'ils s'expriment enfin. C'était très compliqué.

Pourquoi les parents ont-ils peur d'en parler?

Je pense qu'il s'agit d'une souffrance des parents. Une souffrance du parcours de la procréation médicalement assistée (PMA). Une souffrance du papa qui le renvoie à son infertilité. Un homme a du mal à accepter d'être stérile. Il a également peur qu'en n'étant pas le géniteur, on l'aime moins. Ce qui est complètement faux. Pour moi, je suis la vraie fille de mon père. A l'origine également, les médecins préconisaient de ne rien dire aux enfants.

Vous en voulez à vos parents ?

Je ne leur en veux pas, car à l'époque on leur conseillait de ne rien dire aux enfants. Cependant, ils m'ont quand même menti. C'est comme pour le Père Noël. A un moment, ils doivent dire la vérité. Aujourd'hui, je veux faire comprendre aux parents que le mensonge est délétère, toxique, et qu'il génère de la souffrance pour les enfants. On a plus à apprendre en disant la vérité. Cela ne change rien à l'amour que l'enfant porte à ses parents. Les enfants peuvent comprendre les difficultés que les parents ont eu. Le secret empêche le dialogue.

Que dit la loi suisse ?

Loi fédérale sur la procréation médicalement assistée - Art. 27 Information

1 L'enfant âgé de 18 ans révolus peut obtenir de l'office les données concernant l'identité du donneur et son aspect physique (art. 24, al. 2, let. a et d).

2 Lorsqu'il peut faire valoir un intérêt légitime, l'enfant, quel que soit son âge, a le droit d'obtenir toutes les données relatives au donneur (art. 24, al. 2).

3 Avant que l'office ne communique à l'enfant les données relatives à l'identité du donneur, il en informe ce dernier, dans la mesure du possible. Si le donneur refuse de rencontrer l'enfant, celui-ci doit en être avisé et doit être informé des droits de la personnalité du donneur et des droits de la famille de celui-ci. Si l'enfant maintient la demande déposée en vertu de l'al. 1, les données lui seront communiquées.

4 Le Conseil fédéral peut confier le traitement des demandes à une commission fédérale.