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Décharges toxiques, ce passé qui empoisonne la Suisse

Après quinze ans de travaux, le site de la décharge de Kölliken va être rendu à l'agriculture. [Georgios Kefalas - Keystone]
Quinze Minutes - Décharges toxiques, ce passé qui empoisonne la Suisse / Le 12h30 / 15 min. / le 26 octobre 2019
La pollution à la benzidine en Valais rappelle que de nombreuses décharges en Suisse ne sont toujours pas assainies. L'émission Quinze minutes s'est penchée notamment sur le site de Kölliken (AG), révélateur de la complexité de tels chantiers.

En Valais, la décharge industrielle de Gamsenried a entraîné une pollution du Rhône et des eaux souterraines. Les autorités estiment qu'il n'y a pas de risque pour la santé, mais elles ont fermé deux puits utilisés pour l'agriculture.

>> Lire: Un produit cancérogène toujours déversé dans le Rhône en Valais

De tels déchets spéciaux polluants sont encore enfouis un peu partout en Suisse et deux tiers des 4000 sites contaminés - du petit stand de tir à de gigantesques décharges - doivent encore être traités.

L'un des plus gros chantiers d'assainissement en cours se trouve à Kölliken, en Argovie. C'est un peu l'équivalent alémanique de ce qui a été fait dans le canton du Jura avec la décharge de Bonfol. Toutes sortes d'industries et les pouvoirs publics y ont mis leurs déchets pendant de nombreuses années.

Un assainissement à un milliard

Il a déjà fallu quinze ans de travaux et bientôt un milliard de francs dépensés pour réparer les erreurs du passé. Les opérations d'excavation se sont terminées en 2016, mais il faut encore apporter environ 800'000 tonnes de terre propre pour finir de remblayer le terrain.

"On sait qu'à l'époque, 450'000 tonnes de déchets spéciaux ont été stockés ici", explique le chef du chantier Benjamin Müller samedi dans l'émission Quinze minutes. "Le problème, c'est que ce lieu de décharge n'était pas étanche. Le danger était donc que ces matériaux se retrouvent drainés dans les eaux souterraines. On a décidé qu'au final ce serait moins cher de nettoyer totalement la zone plutôt que de la confiner pendant des années, voire des décennies. Parce qu'il aurait fallu confiner la décharge pendant au moins 150 ans."

Aujourd'hui, la décharge n'est pas totalement décontaminée. Les eaux souterraines sont toujours polluées et malgré le système de pompage mis en place pour les traiter, cela pourrait prendre encore des décennies pour tout nettoyer.

Zone rendue à l'agriculture et à la nature

En surface, en revanche, la terre est propre désormais. Le terrain sera maintenant divisé entre terres agricoles et zone de protection de la nature. "On peut cultiver sans problème parce que la décharge est totalement vidée de ces déchets, chaque gramme est nettoyé, et ensuite on va remblayer le terrain avec 10-15 mètres de terre propre", assure Benjamin Müller. "La surface sera totalement assainie, aucun problème."

L'enseignement que l'on peut tirer de ces années de travaux est que la décontamination de décharges d'une telle ampleur nécessite des chantiers longs et très complexes à organiser. Face à plusieurs responsables, il faut aussi beaucoup de bonne volonté pour faire avancer les négociations et savoir qui paiera et combien.

A Kölliken, c'est surtout la pression populaire qui a permis de faire avancer les choses. Elle est peut-être nécessaire pour tenir l'objectif que s'est fixé la Confédération: assainir tous les sites d'ici 2040.

>> Ecouter le sujet sur Kölliken diffusé mardi dans La matinale:

Le site de la décharge de Kölliken (AG) va être rendu à l'agriculture et à la nature. [Joëlle Cachin - RTS]Joëlle Cachin - RTS
Assainir les décharges pour lutter contre la contamination des sites / La Matinale / 3 min. / le 24 octobre 2019

Joëlle Cachin/oang

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