Modifié le 18 septembre 2019 à 12:55

Retour de flamme pour le PDC dont la campagne attaque d'autres élus

Campagne élections fédérales: le PDC se lance dans une opération de dénigrement des adversaires.
Campagne élections fédérales: le PDC se lance dans une opération de dénigrement des adversaires. 19h30 / 2 min. / le 17 septembre 2019
Le PDC a lancé une campagne sur internet qui vise nommément des centaines de politiciens d'autres partis. La méthode est vivement critiquée jusque dans les rangs-mêmes du Parti démocrate-chrétien.

Christian Levrat (PS), Isabelle Moret (PLR), Jean-Luc Addor (UDC), Lisa Mazzone (Les Verts) ou encore Isabelle Chevalley (Vert'libéraux): la plupart des politiciens fédéraux sont directement ciblés par la dernière campagne du PDC.

Au total, plus de 540 candidats francophones et près de 2000 alémaniques sont visés, de tous les principaux partis: l'UDC, le PS, les Verts, mais aussi le PLR, le PBD et les Vert'libéraux avec lesquels le PDC fait pourtant alliance dans certains cantons.

Décrédibiliser l'adversaire

Le principe? En tapant le nom d'un politicien dans le moteur de recherche de Google, l'internaute se voit parfois proposer une annonce. En cliquant dessus, il tombe sur une page aux couleurs du parti de la personne, présentant plusieurs arguments la décrédibilisant.

On peut par exemple lire: "Notre système de santé menace de s'effondrer financièrement: X représente le parti Y qui veut: faire payer encore plus les malades, réduire les prestations couvertes, laisser les familles se débrouiller en cas de problèmes." Sous le texte, on trouve un onglet "Je veux voir de vraies solutions" qui renvoie au programme du PDC.

Vent de panique au PDC?

"La campagne du PDC n’est pas une campagne négative classique, c’est une tromperie délibérée parce qu'on ne cherche pas sur Google le nom d’un candidat PDC, mais d’un autre parti. C’est ça qui est nouveau", analyse le spécialiste en communication Mark Balsiger. Au sein des partis, les réactions n'ont d'ailleurs pas tardé.

"Le PDC se présente lui-même comme le parti bâtisseur de ponts et la première fois qu'on l'entend dans cette campagne, c'est pour tirer sur tout le monde, en attaquant des personnes, en faisant complètement l'inverse de ce qu'il prétend faire", affirme le Valaisan Philippe Nantermod. "Cela montre une certaine fébrilité au PDC", note le vice-président du PLR.

Le socialiste Mathias Reynard abonde dans son sens: "Il faut prendre ça avec légèreté et se dire que c'est visiblement la panique chez eux." Pour le conseiller national PS, la principale victime, c’est le PDC lui-même. "On ne peut pas faire pire. Ca ne propose rien de concret, c'est complètement incohérent avec l'image que veut se donner le PDC. C'est l'autogoal le plus complet."

"Je suis vraiment amusée: un parti qui se met à critiquer et à parler des autres, c'est que lui-même n'a pas beaucoup d'idées", note pour sa part Isabelle Chevalley. "Je pense qu'aujourd'hui le PDC est acculé et qu'il en arrive à faire des choses assez absurdes", ajoute la conseillère nationale vert’libérale, au diapason de ses collègues Philippe Nantermod et Mathias Reynard.

Des remous au sein du PDC

Les critiques se font aussi entendre au sein même du PDC. Dans un message posté sur Facebook, le Vaudois Axel Marion, candidat au Conseil national, affirme "se désolidariser de la campagne" et va même jusqu’à présenter ses "excuses" aux personnes visées. "Cette manière de faire ne correspond ni à mon éthique ni à ma vision de la politique. Le débat d'idée entre partis est utile et important, les attaques personnelles sont au contraire à l'opposé de nos moeurs politiques", explique-t-il.

Le président du PDC Suisse défend toutefois la stratégie du parti. "Nous n'attaquons personne. (...) C’est une campagne comparative qui confronte les positions des autres partis à celles du PDC, de façon à permettre aux électeurs de faire leur choix", explique Gerhard Pfister. Pour le conseiller national zougois, les électeurs sont assez matures pour comprendre cette campagne.

Didier Kottelat et Mathieu Henderson

>> Ecouter les explications de Charles Juillard, vice-président du PDC, dans Forum:

Charles Juillard, conseiller d'État jurassien et vice-président du PDC suisse.
Gaël Klein - RTS
Forum - Publié le 17 septembre 2019

Publié le 17 septembre 2019 à 18:16 - Modifié le 18 septembre 2019 à 12:55