Modifié le 15 septembre 2019 à 11:52

Lockheed Martin veut soutenir la campagne sur les avions de combat

Deux F-35A, de l'Américain Lockheed Martin.
Lockheed Martin participera à la campagne politique pour l’achat de jets militaires Forum / 7 min. / le 14 septembre 2019
Le fabricant aéronautique américain Lockheed Martin compte bien s'investir dans la future campagne politique en vue de l'achat de jets militaires par l'armée suisse, et cela malgré les mises en garde de la conseillère fédérale Viola Amherd.

Cinq ans après le rejet en votation populaire du Gripen, le renouvellement de la flotte d'avions de combat helvétique est à nouveau sur le devant de la scène. Les Suisses devraient revoter sur le sujet en principe dans un an.

En perspective de cette nouvelle votation, la Société suisse des officiers (SSO) a soulevé une polémique le week-end dernier en appelant les quatre fabricants en lice pour vendre des jets de combat à la Suisse à réfléchir à une participation financière en vue de la future campagne.

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L'affaire a suscité un tollé. Il est hors de question pour de nombreux militaires et politiciens d'envisager que des entreprises étrangères participent à la campagne. Contactés par la RTS dimanche dernier, plusieurs officiers se sont distancés de cette initiative, évoquant une "idée saugrenue", "un jeu dangereux" ou de la "naïveté".

Dès le lendemain, la conseillère fédérale en charge de la Défense Viola Amherd s'est aussi empressée d'éteindre l'incendie en remettant à l'ordre la SSO, bien qu'elle soit indépendante du Département de la défense. Dans la foulée, la faîtière des officiers a finalement renoncé à ses idées pour le financement de la campagne.

Lockheed Martin prêt à s'engager

La polémique générée par cet appel ne semble pourtant pas avoir refroidi le constructeur texan du F-35, Lockheed Martin, installé en Suisse depuis le mois de mars. "Nous allons soutenir la campagne publique quelle qu'elle soit pour l'achat d'avions de combat. Nous devons toutefois encore réfléchir à la façon de le faire et avec quelles ressources", persiste Robert Kelley, directeur de Lockheed Martin pour la Suisse, interrogé samedi dans Forum.

Pour lui, les candidats doivent pouvoir faire entendre leur voix: "On va mettre en oeuvre tout ce qui est adapté et légal en Suisse. Après tout, en matière de décision publique, toutes les parties impliquées ont un droit à faire entendre leur opinion, pour que les gens soient informés à l'heure de voter. Mais je peux vous dire que nous allons soutenir la campagne pour un 'oui' l'an prochain".

Robert Kelley précise que cet investissement peut passer par des tables rondes organisées avec les autres constructeurs, ou par des événements publics comme des meetings aériens.

Informé de l'intervention des autorités suisses, qui ont requis la plus grande retenue des concurrents, échaudées par l'échec du Gripen en 2014 notamment en raison de l'important lobbying du constructeur suédois Saab, Robert Kelley nuance ensuite légèrement ses propos: "On va soutenir la campagne de façon appropriée. Si le Département de la défense nous dit de ne pas faire quelque chose, nous ne le ferons pas. Cela dit, c'est une décision importante pour les Suisses et je pense qu'ils doivent avoir une information complète de l'ensemble des acteurs impliqués. Dès lors, nous apporterons toute contribution susceptible d'informer les gens sur cet enjeu".

"Hors de question" pour les autres

Pour l'un des autres candidats, qui a répondu de manière inofficielle, il est "hors de question" de financer ou de participer au financement d'une campagne politique en Suisse. Les deux autres avionneurs en lice n'ont pas encore répondu à ce propos.

Interrogé dans Forum, le conseiller national UDC schaffhousois Thomas Hurter estime que la problématique est délicate et pourrait passer pour un ingérence aux yeux de la population. "Il faut expliquer aux Américains que notre système n'est pas comme le leur. Il faut faire attention, on l'a vu avec le Gripen", analyse celui qui est aussi pilote de ligne.

mg/jfe

Publié le 14 septembre 2019 à 19:40 - Modifié le 15 septembre 2019 à 11:52