Modifié le 16 septembre 2019 à 11:08

Taxe CO2, autoroutes à six voies ou dépenses dans les transports: ces élus qui virent au vert

En 2015, les élections fédérales avaient débouché sur un Parlement marqué à droite, peu enclin aux mesures écologistes. Quatre ans plus tard, le débat climatique est passé par là. L'opinion des élus a-t-elle évolué? Le point en trois questions.

La question climatique agite la campagne des élections fédérales. Au cours de la législature, les élus fédéraux ont-ils vu leur opinion évoluer dans ce domaine ou ont-ils campé sur leurs positions? Pour le savoir, nous avons analysé les données de la plateforme Smartvote. Nous nous sommes concentrés sur trois questions posées aux candidats en 2015 et cette année.

1 - FAUT-IL INTRODUIRE UNE TAXE CO2 SUR LES CARBURANTS?

A l'heure actuelle, une taxe sur le CO2 est prélevée sur les combustibles comme le mazout ou le gaz naturel. Selon ses promoteurs, l'extension de cette taxe aux carburants (essence, diesel) constitue un instrument majeur pour réduire les émissions de dioxyde de carbone, l'un des principaux gaz à effet de serre.

Il y a quatre ans, l'élargissement de la taxe sur le CO2 était rejetée par près de 60% des conseillers nationaux pris en compte dans l'analyse (85 sur 150). Dans l'intervalle, de nombreux élus ont changé de camp et la majorité d'entre eux (94 sur 150) est désormais favorable ou plutôt favorable à cette extension.

L'évolution est particulièrement marquée au sein du bloc bourgeois. L'introduction d'une taxe CO2 sur les carburants est désormais acceptée par une nette majorité des membres du groupe PLR (68%, +59 points) et PDC (78%, +56). Seul le groupe UDC fait exception et continue de refuser massivement une telle taxe, trois élus sur 46 seulement se déclarant plutôt favorables à cette mesure. Le camp rose-vert, quant à lui, fait le plein avec 100% d'approbation, tout comme les Vert'libéraux.

Philippe Nantermod, vice-président du PLR, assume le changement de cap du parti, qui au début 2019 refusait encore catégoriquement toute nouvelle taxe, qu'elle soit sur le CO2 ou sur les billets d'avion. "Pour tenir nos engagements pris dans l'Accord de Paris sur le climat, il y a certaines mesures qu'on doit prendre, même si elles en font pas forcément plaisir", affirme l'élu valaisan. "En 2015, il y avait le refus viscéral des nouvelles taxes. Aujourd'hui, si cette nouvelle taxe est bien affectée, on peut peut-être y souscrire", explique pour sa part le PLR neuchâtelois Philippe Bauer.

>> Le sujet du 19h30 consacré à la question climatique:

Le climat : sujet incontournable des élections fédérales. La dernière session à Berne sera sur la loi co2.
19h30 - Publié le 10 septembre 2019

2 - FAUT-IL ÉTENDRE LES TRONÇONS AUTOROUTIERS À SIX VOIES?

Face à la congestion du trafic sur certains axes (Arc lémanique, région Zurich-Berne-Bâle), faut-il élargir les autoroutes les plus fréquentées? L'idée revient régulièrement sur le tapis, alors qu'en Suisse les artères à six voies s'étendent sur moins de 100 kilomètres. Au début de l'année, la NZZ am Sonntag rapportait d'ailleurs que le Conseil fédéral était favorable à cette solution.

La droite, majoritaire au Conseil national, se positionne en général en faveur de l'extension de la capacité du réseau autoroutier, au grand dam des écologistes qui privilégient quant à eux l'amélioration du réseau ferroviaire.

Smartvote a sondé les candidats au Conseil national sur cette question à la fois en 2015 et cette année. Globalement, l'approbation des autoroutes à six voies a légèrement reculé durant ces quatre ans, mais les opposants à cette mesure restent clairement minoritaires (44%). On peut imaginer que la poussée écologiste attendue cet automne pourrait resserrer l'écart.

Toutefois, la vague verte n'a pas déferlé sur les partisans des autoroutes à six voies. Certes, ces derniers perdent du terrain au centre et à droite. Mais, hormis au PDC et au PBD, le recul est modéré et le camp bourgeois demeure fermement convaincu par la proposition. Seuls les Vert'libéraux font exception et se placent aux côtés du camp rose-vert qui s'oppose comme un seul homme à l'extension de la capacité du réseau autoroutier.

3 - FAUT-IL AUGMENTER LES DÉPENSES DANS LES TRANSPORTS PUBLICS?

Chaque année, la Confédération consacre quelque 6,5 milliards de francs au trafic ferroviaire et aux transports publics. Faut-il baisser, maintenir ou augmenter cette enveloppe? Cette question, elle aussi, a été posée par Smartvote aux candidats aux élections fédérales de 2015 et de cette année.

Il y a quatre ans, moins de 30% des élus concernés par cette analyse souhaitaient augmenter les montants alloués aux transports publics. La grande majorité - 85 sur 150 - plaidait pour le statu quo. En 2019, les partisans d'une hausse des dépenses forment désormais une majorité (79 sur 150, soit 53%), largement devant ceux qui veulent simplement maintenir le budget (40%).

En 2015, l'échiquier politique était fortement polarisé sur cette question: la droite et le centre refusaient catégoriquement toute dépense supplémentaire, tandis que le camp rose-vert était résolument pour une augmentation des moyens. Aujourd'hui, même s'ils ne sont pas encore majoritairement favorables à davantage de dépenses, les élus bourgeois se sont nettement rapprochés des positions de la gauche.

Didier Kottelat

Publié le 15 septembre 2019 à 08:02 - Modifié le 16 septembre 2019 à 11:08

La méthodologie

En 2015 comme en 2019, la plateforme d'aide au vote Smartvote a envoyé un questionnaire à tous les candidats aux élections fédérales pour sonder leur opinion. Le formulaire comprend 75 questions regroupées dans une quinzaine de catégories.

D'une élection à l'autre, seule une partie des questions se recoupent. C'est pourquoi nous avons choisi les trois questions liées de près ou de loin au débat climatique que l'on retrouve dans les deux questionnaires.

Ensuite, nous avons concentré l'analyse sur les 150 conseillers nationaux actuels qui ont participé à la fois au questionnaire de 2015 et au prochain. Cette méthode nous a permis de mettre en évidence l'évolution de l'opinion de ces élus durant la législature qui s'achève.