Modifié le 04 septembre 2019 à 16:57

L'armée suisse connaît sa première haut gradée transgenre

Le témoignage de Christine Hug, première haut gradée transgenre de l'armée suisse
Le témoignage de Christine Hug, première haut gradée transgenre de l'armée suisse Forum / 4 min. / le 03 septembre 2019
Le lieutenant-colonel Christian Hug est devenu Christine, officiellement depuis ce printemps. Alors comment réagit la grande muette à cette annonce qui bouscule ses codes?

C’est dans un mail envoyé à plus de 700 militaires que Christian, 39 ans, se présente désormais comme Christine. Elle prépare actuellement son opération pour changer de sexe. Christine travaille pour l'état-major du chef de l'armée suisse, elle dirige également en tant que milicienne un bataillon de chars comprenant 900 soldats. Nous l'avons rencontrée à Berne.

Comment avez-vous annoncé votre changement de sexe ?

J'y pense depuis toujours. J'ai fait mon choix l'année dernière et j'ai débuté les démarches médicales. Au printemps, je suis allée voir mon chef direct qui est le responsable de l'état-major du chef de l'armée. Nous avons regardé quelles étaient les possibilités. Puis j'en ai parlé directement au chef de l'armée ainsi qu'au responsable des ressources humaines. J'ai eu des réactions très ouvertes. Ils m'ont offert leur appui. Je me suis sentie soutenue.

Et vos collègues?

Je l'ai annoncé dans un rapport, mais également par e-mail. J'ai simplement expliqué qu'après de longues réflexions, j'ai choisi de changer de sexe. Il faut désormais m'appeler Christine et plus Christian.

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L'actu en vidéo - Publié le 03 septembre 2019

Avez-vous eu peur d'un licenciement ou d'être déclaré inapte?

Non, pas de peur, mais des incertitudes. Légalement, depuis 2008, il y a un mode d'emploi "diversity" sur la gestion que doit avoir l'armée. Mais concrètement, je suis le premier cas de cadre supérieur. Je ne savais pas comment l'armée allait réagir. Finalement, j'ai été bien acceptée, même si certaines personnes ont été surprises. J'ai surtout reçu des encouragements.

Ne craignez-vous pas la réaction des recrues quand elles vous découvriront?

Le genre du chef ne doit pas avoir d'importance. La priorité doit être mise sur la mission à accomplir, la performance. Les blagues que l'on peut entendre dans notre dos, c'est des petites choses. Dans les moments importants, tout le monde vise l'objectif.

Avez-vous des craintes pour la suite de votre carrière?

On pourra juger dans quelques années, mais en principe cela ne doit pas geler mon avancement. Les bases sont claires. Dans l'armée, quand on fait bien son travail, on peut espérer de l'avancement.

Avez-vous vu un médecin de l'armée après votre annonce?

Non, je n'ai vu aucun médecin. Après l'opération, je devrai certainement en voir un pour faire une évaluation physique.

L'armée fait-elle preuve d'ouverture?

La société est plus ouverte. Dans l'armée, il y a une tendance de fond pour apporter plus d'égalité. L'uniforme joue aussi un rôle. Nous sommes tous habillés de la même manière.  

Vous voyez-vous comme un symbole pour les jeunes trans?

Je ne suis pas une militante. Ma démarche est très personnelle. Mais effectivement en tant que première trans dans une fonction élevée de l'armée, on pourrait y voir un symbole. Mais ce n'est pas mon idée.

Y a-t-il des formations ou des déplacements que vous ne pouvez pas faire?

Jusqu'à présent, il n'y a pas de problème. Mais j'ai un doute sur une formation d'une année en Russie. Le problème n'est pas avec l'armée, mais pour ma sécurité dans les rues de Moscou. Il s'agit d'un pays conservateur. Nous devons encore évaluer la situation. Mais on m'a garanti que si cela ne fonctionne pas avec la Russie, il y a d'autres formations possibles.

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L'actu en vidéo - Publié le 03 septembre 2019

Pascal Wassmer

Sujet développé dans Forum

Publié le 03 septembre 2019 à 18:13 - Modifié le 04 septembre 2019 à 16:57