Modifié le 08 août 2019 à 08:22

Le défi de la protection des données des futurs avions de combat suisses

Le Rafale français est l'un des avions en lice pour les futurs appareils de combat de la Suisse.
Les avions de combats qui se transforment en mouchards La Matinale / 4 min. / le 08 août 2019
A l'heure où la Suisse s'apprête à renouveler ses FA-18, la question de l'indépendance informatique des futurs avions de combat se pose. Les autorités émettent des doutes quant à la confidentialité des données potentiellement enregistrées par les constructeurs étrangers.

Les quatre avions en lice sont étroitement liés à certains Etats et leurs armées. Le Rafale avec la France, l'Eurofighter avec quatre pays européens, dont l'Allemagne, le Super Hornet et le F35 avec les Etats-Unis. La crainte en Suisse est de voir les pays constructeurs récolter, via le système informatique de l'avion, des données sensibles: la localisation de l'appareil, la durée d'un vol, les autres avions qu'il contrôle, ou encore les communications entre le pilote et sa base.

Un Etat étranger pourrait ainsi garder un oeil sur les activités de la police aérienne de la Suisse. De quoi constituer une menace sur la souveraineté du pays. Les Forces aériennes exigent des logiciels informatiques les plus indépendants possibles et l'accès complet à leurs codes source, et ce pour en garder la maîtrise la plus étendue. Un engagement que les constructeurs européens sont prêts à prendre.

"Nous avons toujours voulu savoir ce qu'il se passe exactement dans le système pour tirer nos propres conclusions. C'est ce principe que nous proposons à nos amis suisses. Un système très ouvert pour qu'ils puissent eux aussi faire leurs analyses et exploiter ce système de manière autonome", indique Rüdiger Knöpfel, responsable du projet Eurofighter au sein des Forces armées allemandes.  Prise de position identique chez les Français et le Rafale.

Nuances pour les Américains

En ce qui concerne les Américains, ils se disent "transparents" sur le papier, mais avec des nuances. Par exemple, sur le F-35, la transmission de données vers le constructeur pourra être déconnectée. Mais, en quelque sorte, aux risques et périls de la Suisse.

"Il y a de grands avantages à rester connecter à nous, pour anticiper les problèmes et aussi pour obtenir les réponses les plus rapides possibles si une pièce ou une partie de l'avion dysfonctionne. Mais ce que la Suisse qualifiera de données confidentielles et souveraines, nous ferons en sorte de les traiter comme telles", assure Stephen Callaghan, vice-président du programme F-35 chez Lockheed Martin.

Pour l'autre avionneur américain en compétition, Boeing, la Suisse devra négocier l'accès aux codes sources des logiciels informatiques avec le gouvernement américain. Son représentant en Suisse, l'ambassadeur Edward McMullen, a indiqué à la RTS que ceci devrait être envisageable.

"Il y a une dépendance"

Ces différentes positions ne rassurent pas vraiment les autorités suisses. Personne ne se fait d'illusion quant à la dépendance de la Suisse dans ce domaine et quant au risque d'une fuite ou d'un vol de données. Pas même Christian Catrina, le délégué du Département fédéral de la défense (DDPS) qui supervise l'achat des nouveaux avions.

"Si on choisit un avion américain, français ou européen, c'est inévitable il y aura une dépendance. Le degré peut varier légèrement. Evidemment, on favorisera l'avion qui a l'indépendance la plus grande, mais l'indépendance totale n'est pas réaliste", estime-t-il.

Le choix final du nouveau jet de combat revient au seul Conseil fédéral. Les Suisses devraient voter sur le budget total de cet achat, soit 6 milliards de francs.

Marc Menichini/gma

Publié le 08 août 2019 à 07:44 - Modifié le 08 août 2019 à 08:22