Modifié le 17 juin 2019 à 22:39

Le comptage des manifestantes de la grève des femmes fait polémique

Trois jours après la grève des femmes, les estimations des chiffres de participation varient du simple au triple.
Trois jours après la grève des femmes, les estimations des chiffres de participation varient du simple au triple. 19h30 / 2 min. / le 17 juin 2019
La grève des femmes du 14 juin dernier a laissé place à une bataille des chiffres. Le nombre de manifestantes relevé par la police diffère beaucoup de celui annoncé par les organisatrices, qui dénoncent des comptages imprécis et au-dessous de la réalité.

C'est à Genève que les chiffres de la mobilisation suscitent le plus la polémique. La police évoque de 10'000 à 12'000 manifestantes, contre 30'000 du côté des organisatrices.

S'il y a toujours une différence selon les sources, l'écart est ici suffisamment grand pour avoir poussé le député socialiste Sylvain Thévoz à déposer une question urgente devant le Parlement genevois. Le socialiste s'interroge même pour savoir s'il ne faudrait pas, à l'avenir, confier ce type de comptage à une entité neutre et objective.

Ces différences considérables ne se limitent pas à Genève. Du côté de Lausanne, la police donne le chiffre de 40'000 manifestants, alors que les organisatrices en ont compté 60'000. Même chose à Zurich, où la police évalue la mobilisation entre 70'000 et 100'000 personnes, tandis que l'Union syndicale suisse (USS) parle de 160'000 personnes.

Une sous-évaluation volontaire?

A-t-on volontairement sous-évalué l'ampleur de la mobilisation pour diminuer son importance dans les débats à venir? Selon l'USS, cette guerre des chiffres n'est en tout cas pas anecdotique et sera même déterminante pour les suites à donner à cette manifestation. Elle évoque notamment les négociations salariales à venir et la revalorisation des salaires dans les professions dites typiquement féminines.

"Très souvent, les mobilisations des femmes sont sous-estimées, tant par les milieux politiques que par les manuels d’histoire, où les femmes apparaissent très peu", estime Vanessa Monney, doctorante à l'Université de Lausanne et membre du collectif Vaud de la grève du 14 juin, dans le 19h30 de la RTS.

L'USS estime que les cortèges auraient réuni plus de 500'000 personnes au niveau national. Les organisatrices, elles, sont toujours en train de rassembler les données sur le nombre de femmes grévistes.

Méthodes artisanales

"Les méthodes de comptages sont encore artisanales, souvent faites "au cordon", c'est à dire basées sur les observations de personnes qui regardent les gens passer et cliquent sur des petits compteurs au fur et à mesure que les personnes avancent", explique dans l'émission Forum Sonia Lavadinho, chercheuse spécialisée dans l'étude, notamment, de la mobilité des foules piétonnes.

Autre possibilité: sur la base de photos et de vidéos, on peut compter le nombre de manifestants sur une rangée, et multiplier le résultat par la longueur des rues. "Ces méthodes sont toujours très utilisées aujourd'hui, mais elles restent approximatives", estime la chercheuse. Pour elle, si elles sont assez efficaces pour compter des gens qui se déplacent, elles ne sont pas adaptées aux foules compactes.

"Il existe, aujourd'hui, des technologies plus avancées, par exemple avec des capteurs infrarouges, qui permettent d'être beaucoup plus précis", poursuit Sonia Lavadinho. Des logiciels qui analysent les images vidéo permettent aussi d'arriver à de meilleurs résultats. Des chiffres encore plus précis peuvent être obtenus en se basant sur les signaux wifi ou bluetooth émis par les téléphones mobiles des manifestants.

>> Ecouter l'interview de Sonia Lavadinho dans l'émission Forum:

Les chiffres des manifestations en question à Genève: interview de Sonia Lavadinho
Forum - Publié le 17 juin 2019
 

Sylvie Belzer, Mathieu Lombard, Elsa Anghinolfi
Adaptation web: Vincent Cherpillod

Publié le 17 juin 2019 à 22:01 - Modifié le 17 juin 2019 à 22:39