Modifié le 12 juin 2019 à 19:55

"Ce qui est bon pour le pays est mauvais pour l'UDC et vice-versa"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Oskar Freysinger, ancien conseiller national et ancien vice-président de l'UDC
L'invité de La Matinale (vidéo) - Oskar Freysinger, ancien conseiller national et ancien vice-président de l'UDC L'invité-e de La Matinale / 10 min. / le 12 juin 2019
L'ancien conseiller national et ancien vice-président de l'UDC Oskar Freysinger est responsable de la campagne romande de son parti pour les élections fédérales. Il s'exprime à la RTS sur l'accord-cadre entre la Suisse et l'Union européenne.

Dans sa lettre, Jean-Claude Juncker a donné aux autorités suisses un délai jusqu'au 18 juin pour clarifier l'accord institutionnel entre la Suisse et l'Europe.

Le Conseil fédéral semble déterminé à respecter cette date limite. Pour Oskar Freysinger, ça ne passe pas: "J'espère qu'ils ne seront pas aussi idiots que ce que croit Monsieur Juncker", lance l'ancien conseiller d'Etat valaisan.

"D'ailleurs, ce Monsieur Juncker, il me semble que son millésime... plus il prend de la bouteille, plus il a le goût de bouchon. Parce que le mépris qu'il affiche pour la démocratie suisse en disant: 'Dans les cinq jours, vous me signez ce papier et on ne discute plus', alors qu'il nous fourgue un accord colonial où l'on n'aura plus de levier de décision pour déterminer notre propre politique, c'est absolument scandaleux!"

Le fait que Jean-Claude Juncker ne veuille pas renégocier l'accord est déraisonnable pour l'homme politique UDC: "Il dit: 'Ecoutez, on peut bien discuter, on va boire un petit thé ensemble, ça va être sympathique, mais on ne changera rien'. Donc en l'état, cet accord est inacceptable. Même les syndicats s'en sont aperçus! Et je salue là le nouvel allié qu'on s'est trouvé en Pierre-Yves Maillard: il s'oppose fondamentalement à cet accord – pas seulement par rapport aux points qui sont litigieux – mais par rapport aux principes-mêmes d'une soumission de notre législation à la Cour de justice européenne", argumente-t-il.

"Nous signons des chèques en blanc pour l'UE"

Tous les partis – y compris l'UDC – ont salué le Conseil fédéral avec sa détermination et sa position claire. Une nouveauté pour le parti agrarien? "Oui, parce que, jusqu'à présent, c'était des tergiversations pas possibles. Ils ont fait leur consultation pour savoir quelles étaient les chances de faire aboutir un tel texte devant le peuple ou par rapport aux partenaires sociaux et politiques. Et ils se sont aperçus que, franchement, même si la plupart des partis politiques disaient: 'Oui, oui, on est pour l'accord-cadre', il y avait toujours le 'mais' derrière qui était à tel point tonitruant, que ce oui devenait un non".

Doris Leuthard et Jean-Claude Juncker en novembre 2017. Doris Leuthard et Jean-Claude Juncker en novembre 2017. [Peter Klaunzer - Keystone] Pour le politicien, ce qui intéresse l'UDC c'est ce qu'il appelle "la question de principe": "Est-ce que la Suisse est un pays souverain, partenaire de l'Union européenne avec qui nous négocions des accords bilatéraux les yeux dans les yeux? Ou est-ce que nous devenons une sorte de colonie de l'Union européenne et que nous sommes contraints à la reprise automatique de tout ce que vont décider les Européens: ce sont des chèques en blanc", prévient Oskar Freysinger.

Et de donner comme exemple la loi sur les armes":  "En 2005, lors des débats sur les accords Schengen, on nous avait promis qu'il n'y aurait pas de limitation des types d'armes, ni de clause du besoin! Et qu'est-ce qui s'est passé après? Avec l'accord du peuple – qui a mauvaise mémoire – on a fait passer exactement ce dont on nous avait dit en 2005 que ça n'aurait jamais lieu!", s'exclame-t-il. "C'est ça, le système: on fait glisser gentiment la Suisse vers une adhésion".

>> Ecouter: Jean-Claude Juncker fait pression sur la Suisse à propos de la conclusion de l'accord-cadre institutionnel avec l’Union Européenne

Jean-Claude Juncker est prêt à discuter avec la Suisse sur l'accord-cadre.
EPA/Stephanie Lecocq - Keystone
La Matinale 5h - 6h30 - Publié le 12 juin 2019

"Si nous avons un allié de gauche, nous sommes heureux!"

Les syndicats et l'USS de Pierre-Yves Maillard ne sont-ils pas en train de voler à l'UDC sa position de principal opposant à l'Union européenne? Pour le Valaisan, ce n'est "pas grave": "On a besoin d'alliés si l'on veut gagner. Quand on est seul contre tous, c'est devenu très difficile. On l'a vu: nous avons perdu plusieurs votes, car nous étions seuls contre tous. Donc là, nous avons un allié. C'est quoi le but de notre combat? Mais c'est la Suisse", affirme-t-il. "C'est l'indépendance de ce pays, ce sont ses institutions, sa démocratie directe. Et si nous avons un allié de gauche, mais nous sommes heureux, nous lui ouvrons les bras! Heureusement que nous ne sommes plus seuls, nous avons une chance de gagner".

Le politicien avoue que, pour le parti, "c'est bien d'être seul contre tous. Mais pour le pays, non. Malheureusement, ce qui est bon pour le pays est mauvais pour l'UDC et ce qui est bon pour l'UDC est mauvais pour le pays. C'est terrifiant! Moi, j'ai vécu cela pendant vingt ans. Et là, maintenant, nous avons enfin un allié: il faut s'en réjouir, il faut utiliser cela. Parce que l'UDC elle peut aller bien... si le pays va mal, ça ne sert à rien. Alors que si l'UDC va mal et que le pays va bien, finalement, c'est pas grave parce que les partis politiques sont des instruments, ce ne sont pas des fins en soi".

Interview radio: Xavier Alonso

Adaptation web: Stéphanie Jaquet

Publié le 12 juin 2019 à 14:16 - Modifié le 12 juin 2019 à 19:55