Modifié le 13 juin 2019 à 21:25

Le 14 juin, les élues sous la Coupole vont travailler pour l'égalité

La conseillère nationale Nadine Masshardt (PS-BE) présente des objets estampillés avec le logo de la grève des femmes.
La conseillère nationale Nadine Masshardt (PS-BE) présente des objets estampillés avec le logo de la grève des femmes. [Peter Schneider - Keystone]
Nouvelle définition du viol, violences faites aux femmes ou projet d'un musée national de la femme: à l'occasion de la grève féministe vendredi, plusieurs interventions seront déposées par des élues au Parlement fédéral. Certains conseillers fédéraux vont également marquer cette journée.

Des élues de gauche comme de droite mèneront une action coordonnée au Parlement fédéral vendredi matin, jour de la grève des femmes. Plusieurs d'entre elles déposeront des interventions sur la question des violences faites aux femmes, sur la base de chiffres publiés par Amnesty international.

>> Lire: Une femme sur cinq a déjà subi des violences sexuelles en Suisse

"Nous avons préparé ces interventions depuis un certain temps, mais nous souhaitons les déposer à la date symbolique du 14 juin", explique Isabelle Moret (PLR/VD) au micro de la RTS. La Vaudoise souhaite, pour sa part, élargir la norme pénale du viol et veut faire en sorte de mieux réinsérer les femmes sur le marché du travail après une absence prolongée.

La socialiste zurichoise Mattea Meyer prévoit elle de déposer une intervention pour un meilleur soutien aux victimes de violences sexuelles: "Je veux que l'Etat leur facilite l'accès à la justice. Il faut ainsi sensibiliser la police, les avocats et les juges pour que les victimes soient prises au sérieux."

Musée des femmes

Quant à la conseillère nationale et présidente du Parti évangélique suisse (PEV) Marianne Streiff-Feller, elle propose la création d'un musée national consacré aux femmes. "Il y a 95 pays qui disposent d'une telle institution. La Suisse est toujours en retard sur cette question, déplore-t-elle. Or, il est important que l'on regarde l'histoire du point de vue des femmes."

Marianne Streiff-Feller n'a pas d'idées arrêtées sur le projet. "Il y a beaucoup de possibilités. C'est pourquoi je demande que le Conseil fédéral se penche dessus." Elle insiste toutefois sur la nécessité de ne pas faire de ce musée uniquement une rétrospective: "Il faut aussi montrer ce qu'il reste à faire."

Une pause symbolique

Outre le dépôt de textes, une pause durant la session est prévue à 11h00. "Cela permettra aux femmes et aux hommes qui le souhaitent de participer aux actions prévues sur la Place fédérale", rapporte la présidente du Conseil national Marina Carobbio.

La socialiste tessinoise juge cette mesure suffisante car, dit-elle, il est important que les femmes soient présentes durant les débats parlementaires: "Il est juste qu'elles participent aux décisions politiques ce jour-là et qu'elles ne les laissent pas uniquement aux hommes."

Vice-présidente du Conseil national, Isabelle Moret se rendra également sur la Place fédérale à 11h et, dit-elle, se vêtira de noir et de violet.

Actions en violet

Sur la trentaine d'élues fédérales - sur un total de 71 - qui ont répondu aux sollicitations de la RTS, une majorité dit soutenir la grève des femmes et prévoit de participer aux nombreuses actions prévues au Parlement, en ville de Berne ou dans leur canton respectif.

"J'irai dans une classe de l'Ecole de culture générale de Fribourg où je participerai à des discussions sur la place des femmes dans les milieux plutôt masculins et où je parlerai de mon parcours personnel. Ensuite, je me rendrai sur un stand à la place Georges Python à Fribourg (rebaptisée place Georgette Pythone pour l'occasion, ndrl)", explique Valérie Piller Carrard (PS/FR).

En congé maternité, Lisa Mazzone (Les Verts/GE) prévoit de participer au défilé de poussettes qui se tiendra à Berne durant la matinée. Peu convaincue au départ, la Verte vaudoise Adèle Thorens a finalement décidé de manifester. "Je n’étais pas particulièrement fan de l’idée jusqu’ici, mais les grèves du climat ont montré que de telles manifestations peuvent avoir un fort impact. Or, nous avons besoin, en matière d’égalité comme de climat, que des mesures efficaces soient prises d’urgence."

>> Lire aussi: La grève des femmes du 14 juin, une grève licite en Suisse?

Plusieurs élues comptent porter des vêtements aux couleurs de la mobilisation, soit le violet. C'est le cas de Valérie Piller Carrard, de Laurence Fehlmann Rielle (PS/GE) ou de Priska Seiler Graf (PS/ZH).

Clivage gauche-droite

Les réponses obtenues auprès des politiciennes montrent un net clivage entre la gauche et la droite. Alors que la plupart des femmes qui participent à la mobilisation appartiennent au camp rose-vert, celles qui ne soutiennent pas la grève se situent à droite de l'échiquier politique.

"Je ne participerai pas à la grève des femmes parce que ce n'est pas la bonne voie, on ne crée pas l'égalité dans la rue", rapporte Diana Gutjahr (UDC/TG). "Je m'engage personnellement en faveur de la promotion de la femme. J'essaie de sensibiliser les femmes et les hommes aux questions sociopolitiques, tant dans l'entreprise où je travaille, que durant la formation (...) Nous devons cesser de diviser les emplois par genre", précise la Thurgovienne.

Des collègues de parti comme la Genevoise Céline Amaudruz ou la Vaudoise Alice Glauser ne feront également pas grève: "Je manifesterai ma sympathie pour les femmes et l’égalité en participant à la séance Helvétia-Ruft qui appelle les femmes à se porter candidates lors de votations et à voter femmes", fait savoir Alice Glauser. Comme plusieurs élues UDC, elle se rendra au souper de soutien destiné à l'association Aide suisse pour la mère et l'enfant (ASME).

La PDC de Bâle-Campagne Elisabeth Schneider-Schneiter juge les manifestations inutiles, voire contre-productives: "Nous avons besoin de femmes dans les affaires, la politique et la société. Pas en grève."

Côté PLR, la conseillère nationale et présidente du parti Petra Gössi estime qu'il faut trouver d'autres outils pour se battre pour l'égalité. Elle estime que le concept de grève appartient à un autre temps.

>> L'UDC est contre la grève des femmes parlementaires. Le sujet de Forum:

L'UDC est contre la grève des femmes parlementaires
Forum - Publié le 05 juin 2019

Mathieu Henderson, Pauline Rappaz et Alexandra Richard

Publié le 13 juin 2019 à 17:58 - Modifié le 13 juin 2019 à 21:25

Le programme des conseillers fédéraux

La conseillère fédérale PDC Viola Amherd a participé jeudi à une séance avec une cinquantaine de candidates de son parti pour encourager la présence des femmes en politique. Si la ministre haut-valaisanne n'ira pas sur la Place fédérale vendredi, elle n'exclut pas de s'exprimer devant le Parlement au moment de la pause, à 11h, prévue pour la grève.

Sa collègue socialiste Simonetta Sommaruga a elle indiqué qu'elle appuyait la grève: "Il y a des choses à revendiquer lors de cette grève, et je soutiens ces revendications." Elle se rendra vendredi dans un gymnase à Lausanne pour échanger avec des jeunes sur la question de l’égalité en Suisse.

La troisième femme du gouvernement, la PLR Karin Keller-Sutter, explique qu'elle n'a pas de projet particulier pour le 14 juin. "Je n'ai jamais participé à une grève, donc je ne vais pas commencer maintenant." Mais, a-t-elle souligné, "j'ai pris le parrainage d'une initiative de l'économie, des cantons et des villes qui veut concilier la vie professionnelle et la vie familiale. Ce sont ce type d'initiatives que j'aime soutenir pour promouvoir l'égalité des femmes."

Le socialiste Alain Berset a montré son soutien à la grève des femmes en publiant jeudi sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il fait défiler, sans parler, un message écrit sur des panneaux.



Pour le PLR Ignazio Cassis, vendredi sera une journée de travail normale. "L'agenda serré ne laisse aucune place à une quelconque action", précisent ses services.

Même son de cloche pour les UDC Guy Parmelin et Ueli Maurer. En tant que président de la Confédération, ce dernier devrait toutefois transmettre un message interne aux collaborateurs et aux collaboratrices de l'administration pour dresser un constat de l'égalité.