Modifié le 11 juin 2019 à 11:31

"Un seul attouchement, un seul acte, c'est déjà du harcèlement sexuel"

Lorella Bertani, avocate spécialisée dans l'aide aux victimes de violences.
Harcèlement au travail: interview de Lorella Bertani La Matinale / 6 min. / le 11 juin 2019
La violence et le harcèlement au travail sera l'une des thématiques phare du 100e anniversaire de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui se tient à Genève depuis lundi.

A l'ouverture du congrès, le chef de l'OIT, Guy Ryder, a exhorté l'agence à adopter une Convention sur le harcèlement, rencontrant une relative méfiance des représentants des employeurs.

Les représentants des gouvernements, des employeurs et des employés ont entamé l'an dernier, en pleine vague #MeToo, des négociations sur une Convention contraignante - pour les pays qui la ratifient - sur la violence et le harcèlement au travail. L'OIT espère finaliser ce processus ces prochains jours.

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Pour l'avocate genevoise spécialiste du droit des victimes, Lorella Bertani, interrogée mardi dans La Matinale, l'adoption d'un texte contraignant représente une avancée positive: "Affirmer fermement et fortement que le harcèlement sexuel n'est pas un comportement acceptable au travail, ou dans la société en général, ça peut amener à des mesures de préventions, mais surtout à un changement de mentalité."

Employeurs inquiets, et pourtant...

Les entreprises souhaitent que leur responsabilité soit limitée à un cadre précis et pas trop large, a expliqué Guy Ryder, citant notamment des employeurs inquiets de voir que leur responsabilité puisse être engagée si des salariés en harcèlent d'autres par exemple pendant la durée du transport au travail.

En Suisse, la loi sur l'égalité et le code pénal sont les deux instruments juridiques qui cadrent la question du harcèlement sexuel. "Ils permettent notamment de demander des indemnités à une entreprise qui n'aurait rien fait pour le prévenir", précise Lorella Bertani.

Cet arsenal juridique est toutefois peu utilisé. "Une étude récente d'Amnesty International montre que le chiffre noir, c'est-à-dire la différence entre les infractions commises et les infractions finalement dénoncées, est énorme en matière d'infraction sexuelle. Cela signifie que les victimes craignent la dénonciation", selon l'avocate spécialiste du droit des victimes.

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Pourtant, les entreprises auraient tout intérêt à prendre des mesures pour lutter contre cette problématique. "Beaucoup d'études démontrent que le harcèlement est un problème de santé publique. Mais on se rend compte que les entreprises qui ont mis en place des projets concrets produisent plus et mieux, car les gens au final se sentent mieux."

Berne devra livrer des chiffres

L'ampleur du phénomène en Suisse est difficile à juger selon l'avocate: "La dernière étude date de 2007. A cette époque, 28% des femmes et 10% des hommes étaient harcelés dans le cadre professionnel."

Une lacune à combler pour le Conseil national qui en mars dernier, sous l'impulsion du socialiste valaisan Mathias Reynard, a transmis au Conseil fédéral un postulat demandant la réalisation d'une étude sur le harcèlement sexuel au travail.

jfe avec afp et ats

Publié le 11 juin 2019 à 10:49 - Modifié le 11 juin 2019 à 11:31

"Un seul acte suffit"

Comment définir la violence et le harcèlement au travail? "C'est un comportement importun. Cela peut être des images, des paroles grossières, des envois d'images pornographiques sur le mail, jusqu'aux attouchements et au viol. Mais c'est toujours connoté sexuellement", explique l'avocate Lorella Bertani.

Et de préciser: "Pour qu'un acte soit défini comme harcèlement sexuel, il n'y en n'a pas besoin de plusieurs, un seul suffit. Un attouchement, c'est déjà du harcèlement."