Publié le 10 juin 2019 à 21:19

L'usage de billes de pneu sur les aires de jeux remis en cause

Substances suspectes sur les aires de jeux. Des parents s'inquiètent à la Chaux-de-Fonds.
Substances suspectes sur les aires de jeux. Des parents s'inquiètent à la Chaux-de-Fonds. 19h30 / 2 min. / le 10 juin 2019
Après les billes de pneu sur les terrains synthétiques, des voix s'élèvent contre certaines aires de jeux pour enfants, dont les dalles amortissantes sont composées à 100% de billes de pneu recyclé.

Yoan Endres venait souvent jouer sur cette aire de jeux de La Chaux-de-Fonds avec ses deux filles. Balançoire, pataugeoire, engins de jeux en tout genre et pour assurer la sécurité des enfants, des dalles en caoutchouc classiques. Un endroit idéal.

Aujourd'hui par contre, il ne viendrait plus jouer ici avec ses filles en bas âge. Ces dalles en caoutchouc sont composées à 100% de pneu recyclé et contiennent des HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), une famille de substances dont certaines sont cancérogènes. Il s'explique: "Si elles marchent dessus avec leurs chaussures, pourquoi pas, mais si elles commencent à mettre leurs mains, à mettre certains granulés dans la bouche, ça me poserait des problèmes. Ces granules ce ne sont pas des chewing gums."

Anne-Laure Demierre, collaboratrice scientifique et spécialiste de l'analyse des risques à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), indique pourtant à la RTS qu'il "s'agit vraiment d'une source extrêmement faible. C'est à l'extérieur, donc il n'y a pas de risque accru pour la santé, même pour les enfants petits."

Réglementation renforcée en 2015

En 2015, le Conseil fédéral a renforcé toutefois la réglementation. Dans l'Ordonnance sur la réduction des risques liés à l'utilisation de substances, de préparations et d'objets particulièrement dangereux (ORRChim), apparaît un nouvel aliéna qui limite les HAP à un milligramme par kilo de matière plastique si celle-ci peut entrer "en contact direct et prolongé ou en contact direct, bref et répété avec la peau humaine ou la cavité buccale".

L'OFSP n'a pas été en mesure de préciser à la RTS si le revêtement des aires de jeux est concerné, alors même qu'il contient fréquemment plus d'un milligramme de HAP par kilo, ni s'il est possible de considérer que des enfants d'un an ou deux ont un contact direct bref et répété avec ces substances.

La question n'a pas été clairement tranchée: "Aujourd'hui, nous ne pourrions pas dire à une commune qui équipe une aire de jeux quelle est la norme qui s'applique", indique l'OFSP

L'Union européenne pourrait serrer la vis

Cette question sera peut-être tranchée l'an prochain au niveau européen. Le ministère néerlandais de la Santé, du Bien-être et des Sports juge la norme européenne actuelle trop laxiste. Il veut abaisser les concentrations maximales tolérées pour les terrains de sport synthétiques et les aires de jeux. L'Office fédéral de la santé publique a d'ailleurs signalé à la RTS qu'il se conformerait à l'avis de l'Union européenne.

En Suisse, les entreprises ont déjà pris le virage. Christophe Ayer, technicien spécialiste de l'entreprise Realsport SA, explique que son entreprise n'utilise plus de dalles composées à 100% de pneu recyclé depuis plusieurs années. "Ces revêtements ne sont pas interdits. Il n'y a pas de risque majeur, mais est-ce que vous iriez directement lécher un pneu? C'est une question qui peut se poser quand on voit un enfant accroupi par terre, c'est une question qui aujourd'hui doit se poser."

Des alternatives existent, soit des revêtements composés de pneu mais recouvert d'une substance inoffensive, ou des surfaces qui s'affranchissent totalement de caoutchouc recyclé.

Julien Chiffelle/ebz

Publié le 10 juin 2019 à 21:19

HAP: qu'est-ce que c'est?

Il s'agit d'une famille de substances issus de la combustion de matière organique. On en trouve par exemple dans les gaz d'échappement des véhicules, la fumée de cigarettes, les aliments fumés ou dans certains produits en caoutchouc. Certains HAP sont cancérigènes, 8 sont réglementés en Suisse.

Le Conseil fédéral a fixé les concentrations maximales tolérées en fonction de leur proximité avec l'être humain. Les HAP sont assimilés par le corps humain soit via la nourriture, l'air ou le contact direct avec la peau ou les muqueuses.