Modifié le 10 juillet 2019 à 17:16

Les poissons disparaîtraient de nos lacs à cause de l'eau trop propre

La biodiversite en danger dans les lacs romands
La biodiversité en danger dans les lacs romands L'actu en vidéo / 1 min. / le 10 juillet 2019
Cormorans, micropolluants, réchauffement de l'eau et manque de nourriture mettent en danger la biodiversité dans les grands lacs romands. La faune piscicole souffre.

Les grands lacs de Suisse romande sont-ils en bonne santé? La question est récurrente depuis les résultats alarmants du récent rapport mondial sur la biodiversité. Plusieurs espèces sont en effet menacées et certains poissons en font partie. Tant dans le Léman que dans le lac de Neuchâtel, les féras, bondelles et palées se font très rares depuis trois saisons. Les facteurs sont multiples. Et l'équilibre écologique des eaux lacustres pourrait en pâtir.

Les premiers à tirer la sonnette d'alarme, ce sont les pêcheurs professionnels. Depuis 2016, leur butin a diminué de 70%. La faute aux cormorans, ces oiseaux prédateurs pas encore régulés? Sans doute en partie. Au réchauffement des eaux? Peut-être.

Basé à Portalban, sur les rives fribourgeoises de lac de Neuchâtel, le pêcheur Claude Delley est en tout cas convaincu d'une chose "Le lac est trop propre. Il faut un juste milieu. Le poisson ne peut pas vivre dans de l'eau de Javel. C'est la matière fécale qui donne de la nourriture. En se décomposant, il se fait manger par les bactéries. La bactérie, c'est la nourriture du plancton, qui lui se fait manger par les petits poissons, ainsi de suite. Les stations d'épuration retiennent les excréments, mais laissent passer les produits chimiques. Évidemment, il ne faut pas que tout parte au lac, mais il y a un déséquilibre."

Une eau trop propre? C'est un paradoxe qu'on peut relever, surtout lorsqu'on sait que la lutte pour assainir l'eau des lacs a été vive depuis plus de 30 ans, quand la situation était carrément désastreuse. Frédéric Hofman, inspecteur de la chasse et de la pêche du canton de Vaud, est conscient du dilemne "C'est paradoxal. Le but de l'assainissement est atteint. C'est une réussite. On peut s'en féliciter. Il y a eu des millions de francs investis par le canton et les communes au niveau des stations d'épuration. La contre-partie est que l'on fait face à une diminution des rendements de la pêche".

Il faudrait aussi parler des espèces invasives qui nuisent à la biodiversité du lac, à l'oxygénation des eaux par brassage naturel qui n'a d'ailleurs pas été complet partout cette année. Et, il y a ce qu'on appelle les micro-polluants que l'on retrouve dans la plupart de nos lacs. Les pesticides, les métaux, les résidus médicamenteux et aussi de ces substances chimiques qu'on utilise au quotidien comme les produits cosmétiques, les crèmes solaires par exemple. Et là, c'est à la source qu'il faut agir. Ces substances n'ont rien à faire dans les milieux naturels et ce n'est sans doute pas très bon non plus pour l'essor de la faune piscicole.

>> Ecouter le sujet de La Matinale:

Le Léman manque d'oxygène en grande profondeur.
annanahabed - Depositphotos
La Matinale - Publié le 31 mai 2019

Pierre-Etienne Joye/pw

Publié le 10 juillet 2019 à 08:05 - Modifié le 10 juillet 2019 à 17:16

Contrôle renforcé sur les micropolluants

La nouvelle loi fédérale sur la protection des eaux usées est entrée en vigueur en 2016. Elle prévoit, notamment, une lutte accrue contre les micropolluants issus des médicaments. Les investissements sont estimés à 1,4 milliard de francs financés par une taxe fédérale. Le hic, c'est que le Contrôle fédéral des finances a rendu un rapport en avril 2019 sur cette mise en oeuvre. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) est épinglé. Il doit mieux faire son travail de contrôle des mesures prises par les STEP et notamment mettre en place un processus systématique pour le contrôle de l'efficacité de la réduction des micropolluants.