Grand Format #19h30RTS

Paroles de femmes en grève

Introduction

Depuis des mois, elles préparent le 14 juin, le jour de la grève nationale des femmes. Fortes d'un nouvel élan féministe porté par le mouvement #MeToo, ces militantes dénoncent les discriminations vécues au quotidien. Voici leurs témoignages alors que le 19h30 de mercredi consacre son édition aux droits des femmes.

Chapitre 01

"Le 14 juin, je fais grève contre le patriarcat"

Elles demandent davantage de respect, de temps et d'argent. Le 14 juin prochain, des militantes féministes se mobilisent à travers la Suisse en faveur de l'égalité entre hommes et femmes. Elles feront grève pour faire entendre leurs nombreuses revendications.

"Je vais manifester le 14 juin parce que les inégalités entre hommes et femmes existent toujours", a confié à la RTS Danielle Axelroud, experte-fiscale à la retraite, lors de l'appel à la grève à Bienne en mars dernier. "Ces inégalités sont graves et pratiquement ignorées de nos politiciens."

"Nous sommes en 2019, nous avons des lois sur l'égalité depuis des décennies, mais les femmes n'obtiennent toujours pas une paie égale à celle des hommes pour un travail égal", complète Chantal Neuhaus, ambulancière de 28 ans.

>> Découvrir ces témoignages en vidéo:

Paroles de femmes en greve
L'actu en vidéo - Publié le 27 mai 2019

L'égalité dans le monde du travail tient une place de choix dans les revendications de ces féministes. "Nous voulons des salaires égaux pour un travail de valeur égale. Nous voulons la valorisation des métiers 'féminins' et leur juste rémunération", précise l'appel à la grève adopté par les membres des collectifs locaux organisant la mobilisation.

>> LirePlus de 500 femmes lancent l'appel à la grève féministe du 14 juin

Car aujourd'hui, les disparités persistent. En 2016, le salaire mensuel médian était de 6830 francs pour les hommes travaillant en Suisse. Ce qui signifie que la moitié des travailleurs du pays gagnaient moins de 6830 francs brut par mois, l'autre moitié davantage. Pour les femmes, il s'élevait à 6011 francs, soit un écart salarial de 12%, selon les données de l'Office fédéral de la statistique (OFS). Une différence qui s'est atténuée ces dernières années, mais qui persiste.

Les militantes exigent également la fin des discriminations en matière de rentes. Les prestations du deuxième pilier versées en 2017 ont été près de deux fois plus élevées pour les hommes que pour les femmes, indiquait en mai l'OFS. Des "écarts marqués entre les sexes" qui s'expliquent en grande partie par les différences dans les parcours professionnels.

>> Voir les explications de Delphine Gianora sur les inégalités salariales:

Delphine Gianora relève les inégalités salariales entre hommes et femmes en Suisse.
19h30 - Publié le 05 juin 2019

Les revendications des grévistes s'étendent aussi au-delà du monde du travail. Les collectifs demandent notamment la liberté de choix en matière de sexualité et d'identité de genre, la fin de la banalisation des violences sexistes et la gratuité de l'avortement et de la contraception. En Suisse, une personne meurt toutes les deux semaines des conséquences de la violence domestique. Le pays ne fait pas figure de bon élève en comparaison européenne en matière de féminicides:

Enfin, les collectifs dénoncent aussi "un espace public et politique conçu par et pour des hommes", réclamant que les écoles deviennent un lieu d'émancipation et d'éducation à l'égalité, ainsi que la fin des stéréotypes de genre dans les médias. "Le 14 juin, je fais la grève parce que j'en ai marre du patriarcat", résume Chloé, géographe de 32 ans.

>> LireUn manifeste pour mobiliser les féministes avant la grève du 14 juin

>> Ecouter aussi le premier épisode du podcast Suisse Repetita sur la situation des femmes en Suisse:

Image audio
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Grève des femmes, Suisse repetita - Publié le 11 juin 2019

Chapitre 02

"La grève, on la fait même si on n'a pas le droit"

Faire la grève, mais comment? Les collectifs organisant la journée du 14 juin appellent les femmes à se mobiliser notamment sur leur lieu de travail. Le hic: la mobilisation du 14 juin ne correspond pas aux critères juridiques d'une grève, de l'avis de plusieurs spécialistes du droit du travail. Une interprétation contestée par les syndicats qui participent à l'organisation de la grève des femmes.

>> LireLa grève des femmes du 14 juin, une grève licite en Suisse?

Du côté des employeurs, il existe pléthore de positions. De nombreuses entreprises estiment que le mouvement ne correspond pas à une grève, mais acceptent que leurs employées prennent congé. Une position suivie dans le secteur public par plusieurs cantons.

Le canton de Vaud considère lui la grève comme licite. Ce qui signifie qu'au sein de l'administration publique vaudoise, un service minimum sera instauré dans les activités dans lesquelles les prestations ne peuvent souffrir de retard ou d'interruption, les personnes qui souhaitent faire grève devront annoncer leur absence et la liste des grévistes sera transmise au Service du personnel pour procéder à la retenue de salaire. Car la grève donne à un employé le droit de ne pas travailler, mais pas d'être rémunéré.

Quant au canton de Genève, les fonctionnaires de l'Etat qui feront grève subiront aussi une retenue de salaire. La mesure contraste avec l'attitude de la Ville, qui "offre" la grève à ses collaboratrices.

>> La position des cantons romands en tant qu'employeurs:

>> Lire aussiCanton et Ville de Genève diffèrent dans leur "soutien" à la grève des femmes

Les femmes qui veulent se mobiliser le 14 juin feront donc face à des situations diverses. "Comme je travaille de manière indépendante, je vais m'organiser pour ne pas travailler", raconte à la RTS Chloé, géographe et militante valaisanne. "Surtout, je ne vais pas prendre congé, parce que je pense que la grève, ça doit être 'on y va même si on n'a pas le droit'!"

"Il y a plusieurs façons de faire la grève", indique Clotilde Pinto, hôtesse de caisse et militante dans le canton de Vaud. "On peut ne pas faire grève toute la journée, on peut porter un foulard pour manifester son soutien, un petit bracelet ou s'arrêter 15 ou 30 minutes."

"Moi je ne viendrai pas travailler", confie de son côté Martine Rouiller, employée de bibliothèque valaisanne. "Mais d'une manière peut-être plus suisse, à la recherche du consensus, j'ai déjà averti mes employeurs."

>> Voir aussi leurs témoignages dans le 19h30:

La grève du 14 juin se prépare. Collectifs féministes et syndicats se mobilisent.
19h30 - Publié le 09 avril 2019

Les femmes les bras croisés, le pays perdra-t-il pied? Peut-être dans les métiers du soin et du service à la personne, où les postes sont à majorité occupés par des femmes. A l'image des crèches. Faute d'effectif minimum, plusieurs structures prévoient de fermer le jour J.

>> L'accueil de la petite enfance sera aussi impacté. Le reportage du 19h30:

L'accueil de la petite enfance impactée par le grève des femmes du 14 juin.
19h30 - Publié le 31 mai 2019

>> Lire: Service minimum dans certaines crèches lors de la grève des femmes

>> Ecouter aussi le podcast Suisse Repetita:

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Grève des femmes, Suisse repetita - Publié le 13 juin 2019
 

Chapitre 03

28 ans plus tard, "un nouvel élan"

Le 14 juin 1991, près d'un demi-million de Suissesses ont marché pour l'égalité. Combien seront-elles 28 ans plus tard? Durant ces derniers mois de préparation, plusieurs générations de femmes ont partagé leurs expériences.

Il y a celles qui ont connu la mobilisation de 1991 et le fameux slogan "Les femmes bras croisés, le pays perd pied". "A l'époque, nous voulions mettre en avant tout le travail produit par les femmes", se souvient Maryelle Budry, militante de la première heure.

Le mouvement avait été lancé dix ans après l'inscription de l'égalité entre hommes et femmes dans la Constitution. Il a notamment accéléré l'adoption de la loi fédérale sur l'égalité, entrée en vigueur en 1996. Ont suivi d'autres réformes en matière de relations hommes-femmes.

>> Plus d'infos en déroulant cette chronologie:

Également active dans la préparation au 14 juin prochain, la nouvelle génération de militantes est inspirée notamment par le mouvement #MeToo, un hashtag qui a largement été diffusé sur les réseaux sociaux pour dénoncer les agressions sexuelles et le harcèlement dont sont victimes de nombreuses femmes.

Une génération qui s'est organisée sous forme de collectifs locaux préparant ensemble le jour J. "C'est quelque chose que nous n'avions jamais fait", explique à la RTS Claire Martenot, qui a connu les deux mouvements. "Aujourd'hui, ce sont des équipes qui passent des soirées à discuter et avancer dans la préparation, c'est d'autant plus riche et varié."

>> Voir le reportage sur trois générations de femmes qui se préparent à la grève:

Série sur les grands enjeux de l'année 2019. Premier volet: l'offensive des femmes.
19h30 - Publié le 02 janvier 2019

"Aujourd'hui, nous avons besoin d'un nouvel élan", écrivaient les coordinatrices de la grève des femmes dans leur manifeste en début d'année. Un nouvel élan pour de nouveaux résultats?

>> Découvrir aussi les témoignages de ces trois femmes de générations différentes:

>> Retour sur l'histoire de la grève dans le podcast Suisse Repetita:

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Grève des femmes, Suisse repetita - Publié le 12 juin 2019

Crédits

  • Grand format web: Tamara Muncanovic

  • Reportages Actualité TV: Gilles de Diesbach, Andrea Gringeri, Tamara Muncanovic, Joëlle Rebetez

  • RTSinfo, juin 2019