Modifié le 28 juin 2010 à 11:36

Nestlé a espionné Attac via Securitas

L'espionnage érigé en véritable culture d'entreprise chez Nestlé.
Le géant de l'agroalimentaire a espionné ATTAC suite au sommet du G8 [Reuters]
L'émission "Temps présent" dévoile jeudi une facette peu connue de la société de sécurité Securitas: le renseignement. Nestlé a ainsi recouru à ce service pour mieux connaître les plans de l'ONG altermondialiste ATTAC.

Tout commence par un coup de fil que reçoit l'organisation non
gouvernementale (ONG) active contre la corruption: "Transparency
International". L'interlocuteur révèle que la multinationale Nestlé
a mandaté Securitas pour épier les agissements de Attac.





(Réagissez sur le

sur les activités de surveillance des
sociétés privées et posez vos questions à l'avocat Jamil
Soussi).

Faux nom

Les journalistes Jean-Philippe Ceppi et Mauro Losa, auteurs du
reportage "Securitas, un privé qui vous surveille" difffusé par
Temps présent jeudi, s'intéressent alors à l'entreprise de
sécurité. Cette dernière confirme avoir un service d'investigation,
qui connaît une activité soutenue depuis le sommet du G8 à
Evian.





Concrètement, la section vaudoise de ATTAC, qui préparait un livre
sur Nestlé, a été infiltrée par une employée de Securitas durant au
moins une année. Cette dernière a eu accès à l'ensemble de la
documentation de l'ONG et a participé aux séances et aux colloques
organisés, sous un faux nom. "Elle refusait catégoriquement
d'apparaître sur les photos d'ATTAC publiées dans la presse",
confie une militante. Avant de poursuivre: "mais c'était son choix
et cela ne nous a pas semblé particulièrement louche".

Plainte sera déposée

La police vaudoise savait que Securitas avait infiltré des
milieux altermondialistes, elle n'a toutefois pas jugé ces
agissements illégaux. Mais selon l'avocat genevois Me Jamil Soussi,
récolter des données personnelles (appartenance politique,
agissements...) sur des militants est une atteinte à la loi sur la
protection des données et représente une infraction pénale.





Du côté de Nestlé, on se contente de préciser qu'à l'époque du G8,
la multinationale a pris diverses mesures pour assurer sa sécurité
alors qu'elle se sentait menacée. Pour le reste, le groupe de Vevey
refuse de commenter ce qui touche à la sécurité du groupe.





Enfin, ATTAC devrait porter plainte contre Nestlé. Le mouvement
altermondialiste a convoqué une conférence de presse vendredi à
Lausanne.





Temps Présent/ Gabriel Tejedor

Publié le 29 septembre 2008 à 16:37 - Modifié le 28 juin 2010 à 11:36

Autres affaires autour de Nestlé

Nestlé a été mis en cause dans les années 70, car il affirmait la supériorité de son lait en poudre sur le lait maternel. Condamné, par l'Organisation Mondiale de la Santé en 1981, le groupe est encore fréquemment accusé de baser sa publicité sur cette affirmation erronée.

En décembre 2002, l'ONG Oxfam a révélé que Nestlé réclamait 6 millions de dollars à l'Éthiopie en compensation de la nationalisation de l'entreprise Elidco par le gouvernement de Mengistu en 1975. Sous la pression de l'opinion publique, Nestlé signa un accord de 1,5 million de dollars et déclara vouloir consacrer cette somme à des projets de lutte contre la famine dans la région.

Plus récemment, le groupe veveysan a été accusé de violemment s'opposer aux groupements syndicaux actifs dans ses usines en Colombie.