Grand Format

Le bruit: enjeu majeur de santé publique

Introduction

Environ un million de Suisses sont atteints par le bruit de façon excessive. La Confédération estime que ce problème engendre 2,6 milliards de francs de coûts pour la santé, induits par le bruit du trafic. La série spéciale du 19h30 revient sur cette thématique.

Chapitre 01

Les chiffres

Le bruit a été déclaré comme l'un des risques environnementaux majeurs par l'OMS. En Suisse, environ un million de personnes sont touchées par le bruit excessif du trafic. Le jour, cela représente 1 Suisse sur 5 et la nuit, c'est 1 personne sur 8. Sans surprise, 90% de ces personnes vivent dans les grands centres urbains ou dans leur périphérie.

>> Lire aussi : Le bruit, mal moderne dont souffre un Suisse sur huit

La Confédération estime à 2,6 milliards de francs les coûts de la santé induits par le bruit du trafic. Il augmente les risques dans plusieurs domaines : cardio-vasculaire, psychique, et le sommeil. En 2018, une étude réalisée à Lausanne démontrait le lien entre quartier bruyant, et forte somnolence durant la journée, donc manque de sommeil.

L'organisme humain ne s'y accoutume pas. Même si le bruit ne réveille plus après des années passées à côté d'une autoroute ou d'un aéroport, il continue d'influencer le système cardio-vasculaire.

>> Les explications de Laurent Dufour dans le 19h30:

Laurent Dufour: "La route est la plus impactante, devant le train et l’avion. Environ 1 million de Suisses sont touchés."
19h30 - Publié le 29 avril 2019

Chapitre 02

Le bruit de la route

Le trafic routier est la première source de bruit en Suisse, devant le train et l'avion. Un million de personnes y sont exposées de manière excessive, c'est-à-dire avec des valeurs dépassant 50 à 55 dB. Cela équivaut au bruit d'une conversation à voix normale à un mètre de distance.

Cette situation est connue des autorités, qui sont censées assainir les axes routiers problématiques depuis une ordonnance fédérale datant de 1986. Mais le délai pour cela a échu il y a une année et, selon notre enquête, il reste au moins 485 km de routes à assainir en Suisse romande.

Une solution est testée actuellement à Lausanne. Durant la nuit, la vitesse est limitée à 30 km/h, ce qui pourrait réduire le bruit de 2 à 3 décibels. En attendant que des mesures soient prises, les habitants confrontés au bruit excessif, notamment par le fait de routes non assainies, ont désormais la possibilité de porter plainte pour non-respect de la législation et revendiquer des indemnités.

>> Voir le reportage du 19h30 :

Des routes attendent toujours d'être refaites pour limiter le bruit du trafic
19h30 - Publié le 29 avril 2019

Chapitre 03

Le bruit des chantiers

Près de 1200 personnes deviennent sourdes chaque année après des lésions contractées sur leur lieu de travail. Sur les chantiers surtout, dans l’industrie également, les mesures de protection existent, mais la liberté individuelle reste sacro-sainte.

Les entreprises ont deux obligations légales: fournir les protections individuelles, et en imposer l’utilisation à ses collaborateurs.

Selon un chef d'équipe interrogé par la RTS, les consignes sont d'ailleurs mieux respectés qu'il y a quelques années. "A l’époque où on avait des anciennes personnes qui travaillaient, elles avaient plutôt tendance à pas trop se protéger, et je trouve que maintenant les jeunes font beaucoup plus attention."

Les normes sont précises: les protections auditives sont obligatoires dès 85 décibels. Dans l’industrie, on est généralement un peu en-dessous, mais certains employés se protègent quand même.

Mais malgré les protections, les dégâts du travail sur l’ouïe restent trop nombreux, selon les derniers chiffres disponibles: 2200 lésions auditives par année sur l’ensemble du pays, dont 1200 nouveaux cas de surdité. Pour un coût annuel total de 17,5 millions

La SUVA effectue un maximum de contrôles, mais ne peut pas aller contre la nature des choses, en particulier dans la construction.

>> Voir le reportage mardi soir au 19h30

Bruit: plus de 2000 cas de surdité et lésions de l'ouïe provoqués par le travail en 2016
19h30 - Publié le 30 avril 2019
 

Chapitre 04

Le bruit au travail

En Suisse, 70% des actifs travaillent dans des open space, en bon français, des "bureaux paysagers". Ce type de configuration est apparu dans les années 1970 pour optimiser les mètres carrés des bureaux et favoriser la communication. Mais entre les sonneries de téléphone et les conversations des collègues, les open space peuvent être gênants pour la concentration. Selon une étude menée par le secrétariat d'état à l'économie, le bruit est le facteur le plus dérangeant pour la moitié des salariés.

Mariangela  De Moraes Pires, médecin inspectrice du travail

Dans la durée, on va engendrer une fatigue en fin de journée, qui peut se prolonger durant la semaine et s'associer dans la durée de manière chronique, en une sensation de stress

Mariangela De Moraes Pires, médecin inspectrice du travail

Aujourd'hui, certaines entreprises misent sur l'ajout de petites salles ou de coins retirés, en parallèle à l'open space, ce qui permet de créer des espaces avec de l'isolation phonique. D'autres favorisent encore le télé-travail. En dernier recours, les casques anti-bruit sont à conseiller.

>> Voir le reportage du 19h30 :

La sonnerie du téléphone, le clavier d’ordinateur…du bla bla en permanence, bienvenue en open space
19h30 - Publié le 02 mai 2019
 

Chapitre 05

Les recours possibles

Pour les citadins, l'autre bruit qui dérange, ce sont les nuisances nocturnes. Les valeurs durant la nuit ne devraient pas excéder 40 dB dans les zones de détente et 45 dB dans les zones d'habitation, selon l'Ordonnance sur la protection contre le bruit.

Pour faire respecter ces valeurs, des chuchoteurs ont été engagés à Genève par exemple. A Lausanne, ce sont des brigades de vie nocturne qui patrouillent chaque week-end. Si le bruit persiste, des sonomètres peuvent être installés par la police municipale. En dernier recours, les habitants peuvent déposer une plainte auprès de leur commune.

La campagne a aussi son lot de nuisances sonores. Les clochers ou les coqs dérangent parfois, mais dans ces cas il n'existe pas de valeurs limites. S'il y a plainte, seuls les juges peuvent trancher en se rendant sur les lieux pour évaluer si le bruit est excessif ou non. Concernant le bruit des cloches de vaches, peu de chance d'obtenir gain de cause, car le Tribunal fédéral estime qu'elles font partie du patrimoine.

>> Voir le reportage du 19h30:

En ville ou en campagne, des normes réglementent les valeurs du bruit. Les citoyens peuvent déposer une plainte en cas d'abus.
19h30 - Publié le 01 mai 2019

Chapitre 06

Le bruit rassurant

Dès la naissance, et déjà avant, l'être humain vit entouré d'une multitude de bruits et de sons. Ils sont même essentiels à son développement. Au service de néonatalogie de l'Hôpital cantonal de Fribourg, les nourrissons sont soumis à des voix et de la musique pour les calmer.

En l'absence de bruit, l'être humain peut rapidement angoisser. Les chambres anéchoïques le prouvent. Ces salles dont les parois absorbent le son provoquent parfois une perte de repères et de l'angoisse. Les chambres anéchoïques sont, par exemple, utilisées par la Nasa pour habituer les astronautes au silence de l'espace.

S'il dérange souvent, le bruit permet aussi de rassurer. De nombreuses applications proposent aujourd'hui du bruit blanc pour aider à trouver le sommeil, ou du bruit rose pour favoriser la concentration et la détente.

>> Voir le reportage du 19h30 :

Dernier volet de notre série sur les bruits: ils sont nécessaires à notre développement
19h30 - Publié le 03 mai 2019
 

Crédits

  • Elisa Casciaro, Laurent Dufour, Elodie Botteron, Valérie Gillioz, Marion Tinguely, Ana Silva, Olivier Kurth