Modifié le 26 avril 2019 à 16:06

Les hommes sont-ils exclus de la grève des femmes du 14 juin?

Face à la grève des femmes annoncée le 14 juin, employeurs et cantons prennent leurs précautions.
La grève des femmes du 14 juin exclut les hommes cisgenres La Matinale / 3 min. / le 14 avril 2019
L'appel à la grève des femmes du 14 juin s'adresse à toutes les personnes qui ne sont pas des "hommes cisgenres", voilà ce que précise un astérisque accolé au mot "femme" sur le flyer de l'événement. Un vocabulaire qui crée le malaise chez certains et certaines.

Ce que dit ce petit sigle, c'est qu'il n'y a pas de définition universelle ou présupposée de ce qu'est "être une femme*". C'est une manière de rendre visible la diversité des identités de genre... et il en existe de nombreuses: femme, trans*, non-binaire, homme, queer et cisgenre.

"Cis" signifie que le sexe qui a été assigné à une personne à la naissance ("c'est un petit garçon!") correspond à son ressenti ("je me sens homme").

Espace de non-mixité

Mais pourquoi l'appel à la grève du 14 juin exclut-il les hommes? On parle ici de non-mixité. C'est un choix des collectifs féministes, qui concerne notamment les réunions de préparation de la grève. Le but est d'avoir un espace entre femmes* pour prendre la parole, discuter des discriminations et formuler des revendications.

Cette non-mixité, c’est aussi un moyen de contester les privilèges des groupes sociaux dominants. L'historienne et militante féministe Alix Heiniger souligne que les hommes cis blancs peuvent aller partout, tout le temps... et que dans un certain sens, ce sont eux qui ont inventé la non-mixité. Elle donne l'exemple du façonnement des institutions politiques et démocratiques au 19ème siècle, encore "exclusivement réservées aux hommes". Et des "noeuds de sociabilité non-mixtes" existent encore aujourd'hui, "comme les Vieux-Grenadiers à Genève ou certaines sociétés d'étudiants qui sont actives au niveau suisse".

Les hommes peinent à trouver leur place

Pourtant, certains hommes ont de la peine à trouver leur place dans l'appel à la grève, surtout ceux qui sont féministes. Marc Münster, chef d'entreprise, mari et papa, par exemple, aimerait beaucoup contribuer à la grève des femmes, mais il déplore le message ambigu des organisatrices: elles demandent aux hommes qui veulent en être de se montrer solidaires, en assurant par exemple un service minimum sur les lieux de travail, en cuisinant ou en s'occupant des enfants.

"Les problèmes de la charge mentale, de la répartition des tâches au sein du ménage, du positionnement en société... sont aussi des problèmes d'hommes. C'est à eux de faire leur part du boulot. On rate une chance énorme si l'on donne le message contraire, que la grève des femmes, c'est pour les femmes, et que les hommes peuvent regarder et applaudir s'ils veulent", regrette-t-il. 

Malgré sa critique, Marc Münster réfléchit à ce qu'il va faire le 14 juin, il veut s'impliquer et être une partie de la solution.

Les organisatrices, elles, rappellent que la grève n'est pas contre les hommes, mais contre un système patriarcal. D'ailleurs, des groupes d'hommes solidaires se créent petit à petit et ils sont les bienvenus. Mais elles rappellent aussi que ce sont les femmes qui doivent rester au centre de la journée de grève.

Camille Degott/jvia

Publié le 26 avril 2019 à 09:08 - Modifié le 26 avril 2019 à 16:06