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La Suisse restitue les fonds Abacha au Nigeria

Sani Abacha (ici en 1993) aurait détourné 2,2 milliards de dollars. [Reuters]
Sani Abacha (ici en 1993) aurait détourné 2,2 milliards de dollars. [Reuters]
La Suisse a restitué au Nigeria la totalité des fonds déposés par l'ancien dictateur Sani Abacha dans les banques helvétiques, a annoncé Micheline Calmy-Rey à Abuja. Une dernière tranche de sept millions de dollars a été versée en mars.

Au total, Berne avait bloqué plus de 700 millions de dollars
depuis 1999. Avec le versement de cette dernière tranche,
l'intégralité des fonds a été restituée au Nigeria, a déclaré la
cheffe de la diplomatie suisse mercredi soir à l'issue d'une
rencontre avec son homologue nigérian Ojo Maduekwe à Abuja.

Plus de 2 milliards de dollars

Les autorités d'Abuja reprochent au clan de l'ancien dictateur
Sani Abacha, décédé en 1998, d'avoir pillé le pays durant plusieurs
années. Selon certaines estimations, l'ex-dictateur et ses proches
auraient détourné 2,2 milliards de dollars entre 1993 et
1998.

Ces fonds ont été repérés dans plusieurs Etats. Mais la Suisse est
le seul pays à avoir remboursé l'intégralité des fonds trouvés sur
son territoire, s'est félicitée Micheline Calmy-Rey, citée dans un
communiqué du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
Elle a salué la coopération «étroite et excellente» entre les deux
pays.

La Suisse est en outre prête à examiner et à répondre à toute
demande d'entraide judiciaire du Nigeria, a ajouté la cheffe du
DFAE, qui a rencontré jeudi le vice-président nigérian Goodluck
Ebele Jonathan. Dans un communiqué publié jeudi, la ministre des
Affaires étrangères a également indiqué que la Suisse voulait
conclure avec le Nigera un partenariat en matière migratoire, comme
cela se fait déjà avec d'autres pays (voir Berne agit en Afrique pour freiner l'immigration ). Les deux pays font face à des
problèmes qui sont liés, a-t-elle estimé.

Plusieurs tranches

La restitution des fonds Abacha s'est faite en plusieurs
tranches, au fil d'une âpre bataille judiciaire: 200 millions de
francs en avril 2004, 461 millions en 2005, puis 44 millions au
début 2006.

Les sept derniers millions, dont l'origine délictuelle n'était
«que probable», avaient été transférés sur un compte bloqué au
Nigeria, en attendant une décision de confiscation des autorités
d'Abuja. Une décision sans précédent du Tribunal fédéral en 2005 a
imposé l'inversion du fardeau de la preuve pour les cas de fonds
cachés par un dictateur. Les titulaires des comptes douteux doivent
désormais apporter la preuve de l'origine légale de l'argent.

Projets de développement

L'argent restitué par la Suisse a été affecté à des projets de
développement. Des doutes sur l'utilisation judicieuse de ces fonds
ont toutefois été exprimés par plusieurs ONG. »Aucun nouveau projet
n'a été mené grâce à cet argent. Avec ces 700 millions de dollars,
le gouvernement nigérian a seulement couvert les déficits de
projets déjà existants», a déclaré jeudi Max Mader, de l'Action
place financière suisse.

La moitié des projets censés être financés par cet argent n'ont
jamais été réalisés, souligne Max Mader. Des fonds ont ainsi été
versés pour la construction d'écoles ou de routes qui n'ont jamais
vu le jour. D'autres projets n'ont été réalisés que
partiellement.

Dans un rapport publié en décembre 2006, la Banque mondiale a
toutefois conclu que cet argent avait bien été utilisé pour des
projets de développement. Elle a en revanche dénoncé le manque de
transparence des autorités d'Abuja.

ats/sbo

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Après le Nigeria, le Mali et le Burkina Faso

Micheline Calmy-Rey entamait mercredi une visite officielle de trois jours en Afrique de l'Ouest.

A l'issue de sa visite au Nigeria, la ministre suisse doit se rendre au Mali et au Burkina Faso, deux pays phares pour Berne s'agissant de la coopération et de l'aide au développement.

Avec la visite de la conseillère fédérale au Mali, il s'agira aussi d'activer les efforts pour la libération du couple suisse enlevé en janvier dernier dans le pays, indique encore le DFAE. Ce point sera abordé au plus haut niveau à Bamako, la capitale, par Micheline Calmy-Rey.

Quatre touristes - un couple de ressortissants suisses, une Allemande septuagénaire et un Britannique - avaient été enlevés le 22 janvier dans la zone frontalière entre Mali et Niger. Il y a un mois, la branche nord-africaine d'Al-Qaïda avait revendiqué leur enlèvement.