Modifié le 12 avril 2019 à 11:31

Les jeunes Suisses et les politiques, histoire d'une déconnexion croissante

Les jeunes et la politique: 12% des 15-25 ans disent qu'ils ne participeront certainement pas aux élections fédérales.
Les jeunes et la politique: 12% des 15-25 ans disent qu'ils ne participeront certainement pas aux élections fédérales. 19h30 / 2 min. / le 11 avril 2019
Les jeunes Suisses se sentent de plus en plus déconnectés des affaires du Parlement et une bonne partie d'entre eux ne se retrouvent pas dans les partis, montre une étude. A six mois des élections fédérales, le constat est plutôt sombre.

Les élections fédérales du 20 octobre ne passionnent pas les jeunes, si l'on en croit le moniteur politique 2018 diffusé jeudi. Seuls 25% des sondés âgés de 18 à 25 ans indiquent vouloir "certainement" participer au scrutin, selon cette étude commandée par Easyvote, un programme issu de la Fédération suisse des Parlements des jeunes. Un autre quart des personnes interrogées déclarent vouloir "plutôt" y participer.

Le potentiel de mobilisation des jeunes s'affiche en forte baisse par rapport aux élections fédérales de 2015. Dans la même étude publiée il y a quatre ans, la proportion des jeunes qui affirmaient vouloir "certainement" ou "plutôt" participer s'élevait respectivement à 38% et 30%. A l'inverse, ceux qui disaient ne pas vouloir prendre part au scrutin étaient significativement moins nombreux.

Déconnexion entre les jeunes et les élus

Près de la moitié des jeunes de 15 à 25 ans estiment qu'aucun parti ne représente leurs intérêts, montre le moniteur Easyvote. C'est la principale raison invoquée par les personnes interrogées pour ne pas se rendre aux urnes. Ils sont également nombreux à penser qu'un engagement spontané, hors des structures institutionnelles, a davantage d'effet que le vote.

Surtout, les jeunes se sentent de moins en moins concernés par les affaires du Parlement. Ce dernier prend-il des décisions importantes pour l'avenir du pays? Seuls 61% des sondés répondent par l'affirmative, contre 79% quatre ans plus tôt. Pire: ils ne sont plus que 46% à penser que ces décisions sont importantes "pour leur vie quotidienne". En 2014, cette proportion s'élevait encore à 69%.

Importance de la composition du Parlement, utilité générale du vote, possibilité de réorienter la politique: plusieurs autres arguments en faveur de la participation aux élections subissent une même dégringolade, révèle le sondage. Une évolution préoccupante, d'autant plus que le taux de participation des jeunes aux élections est déjà bien plus faible que la moyenne.

Toutefois, la déconnexion croissante entre la jeunesse et les politiques n'équivaut pas à un désintérêt envers la politique elle-même. Plus de trois quarts des sondés continuent ainsi de penser que le droit de vote est un droit civique très important et que les jeunes devraient participer aux élections pour que leurs intérêts soient mieux représentés.

Des jeunes de moins en moins informés

Parallèlement, la proportion de jeunes qui s'informent régulièrement sur l'actualité politique ne cesse de reculer. En 2014, près de la moitié des sondés (48%) affirmaient consulter les informations politiques dans les médias plusieurs fois par semaine, voire tous les jours. Dans la dernière enquête, ce chiffre chute à 35%. Signe des temps, ceux qui se renseignent moins d'une fois par semaine sont désormais plus nombreux (38%).

La télévision, la radio et les journaux imprimés ou en ligne jouent encore un rôle non négligeable dans l'information des jeunes, mais ils ne cessent de perdre du terrain. Les nouveaux médias comme Instagram, Youtube, Twitter ou Facebook prennent de plus en plus d'importance, mais ne réussissent pas à compenser la perte d'influence des médias classiques, selon l'étude.

La déconnexion croissante entre la jeunesse et les élus, associée à cette privation d'informations, est un défi majeur pour la démocratie helvétique, jugent les responsables du programme Easyvote. Il faut, selon eux, que les politiciens et les partis inventent de nouveaux moyens de communication, au risque de voir les jeunes bouder encore davantage les urnes.

>> Ecouter également le débat dans l'émission Forum:

Les jeunes et la politique: 12% des 15-25 ans disent qu'ils ne participeront certainement pas aux élections fédérales.
RTS
Forum - Publié le 11 avril 2019

Didier Kottelat

Publié le 11 avril 2019 à 18:00 - Modifié le 12 avril 2019 à 11:31

Le moniteur politique Easyvote en bref

Easyvote est un programme lancé par la Fédération suisse des Parlements des jeunes (FSPJ) qui a pour objectif d'intéresser davantage les jeunes à la politique. Il publie chaque année une étude sur le sujet.

Le moniteur politique 2018 a été réalisé du 15 octobre au 17 novembre 2018 par l'institut gfs.bern. Il a été mené auprès 1764 écoliers âgés de 15 à 25 ans domiciliés en Suisse. La marge d'erreur est de +/- 2,4 points de pourcentage.