Modifié le 06 avril 2019 à 09:14

Les Suisses doivent dire s'ils veulent renforcer le contrôle des armes

Le 19 mai, le peuple suisse va s'exprimer sur la mise en oeuvre d’une modification de la directive de l’UE sur les armes.
Les Suisses se prononcent le 19 mai sur la loi sur les armes. [Adrien Perritaz - Keystone]
Les Suisses seront appelés aux urnes le 19 mai prochain pour se prononcer sur la nouvelle directive sur les armes. Ce texte découle des mesures anti-terroristes édictées par l'Union européenne. L'UDC, à l'origine du référendum avec les milieux du tir, est seule à prôner le non.

La nouvelle directive européenne veut rendre plus difficile l'accès aux armes susceptibles de faire beaucoup de victimes. Ce texte avait été décidé en 2015, après les deux attentats qui avaient fait près de 150 morts en France.

De son côté, la Suisse doit également adapter sa législation si elle veut rester dans l'alliance des Etats Schengen et Dublin. Car, en cas de "non" le 19 mai, la coopération prendrait fin automatiquement après six mois. Une telle expiration pourrait toutefois être évitée si tous les Etats de l'UE et la Commission européenne acceptent, dans un délai de 90 jours suivant le vote - de faire une concession à la Suisse.

Un référendum a été lancé en 2018 par les milieux du tir après l'adoption par le Parlement fédéral des modifications de la loi. Ce texte, soutenu également par le Conseil fédéral, prévoit notamment d'interdire les armes à feu semi-automatiques à épaule équipées d'un chargeur d'au moins 10 coups.

Pour les armes de poing, l'interdiction vaudra dès 20 cartouches. Personne ne sera privé de son arme, a insisté la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter qui mène sa première campagne de votation.

>> Lire: La loi sur les armes, première campagne de votation de Karin Keller-Sutter

Préserver Schengen/Dublin

Une large coalition réunissant PLR, PS, PDC, PVL, Verts, PBD et PEV soutient cette nouvelle directive. Les partisans mènent toutefois leurs campagnes de manière indépendante.

Le maintien de la Suisse dans l'accord de Schengen/Dublin représente l'un des arguments principaux pour le oui. Sans cet accord, affirme le comité, le pays serait confronté à un problème de sécurité important et se retrouverait isolé sur le plan international. Or, il est nécessaire que les Etats se coordonnent sur le plan sécuritaire, plaident encore les partisans.

La perte de Schengen engendrerait en outre un retour aux frontières qui affecterait directement l'économie, notamment le tourisme, avancent des membres du comité. C'est d'ailleurs l'argument avancé par les milieux économiques, dont economiesuisse et hotelleriesuisse.

>> Lire: Les partisans de la révision de la loi sur les armes en campagne

"Diktat de l'UE" et "menaces" sur le tir sportif

L'UDC, avec les milieux du tir, est le seul parti à prôner le non. Elle dénonce le "diktat de l'UE" et estime que ces nouvelles mesures ne protégeraient pas la Suisse face au terrorisme. Au contraire, argumente l'UDC, cette directive supprimerait le droit de posséder une arme et compromettrait la sécurité des habitants.

Quatorze associations de tir sportif, de chasse, de milices ou encore d'armuriers font également campagne contre cette directive. Il s'agit de rassembler un maximum d'opposants pour dépasser le potentiel électoral de l'UDC (30%), qui est insuffisant pour remporter une votation.

Ces milieux craignent que la révision nuise à la tradition du tir en Suisse. Plus de 80% des armes utilisées pour les sports de tir seront immédiatement interdites si la révision passe la rampe en votation, selon le lobby des armes ProTell. Elles devront faire l'objet d'une autorisation exceptionnelle, mais celles-ci seront coûteuses et soumises à des conditions strictes, ajoute l'association.

>> Lire: Le comité opposé à une loi sur les armes "qui nous désarme" lance sa campagne

Mathieu Henderson

Publié le 06 avril 2019 à 07:39 - Modifié le 06 avril 2019 à 09:14