Modifié le 28 mars 2019 à 22:35

Les barrages suisses pourraient manquer d'eau en 2050

Le barrage de l'usine de pompage de Z’Mutt (illustration)
Le changement climatique pourrait assécher les barrages: débat entre Stuart Lane et Stéphane Genoud Forum / 8 min. / le 28 mars 2019
Alors que la stratégie énergétique 2050 prévoit d'augmenter la production hydraulique, un scientifique lausannois estime qu’à l’avenir les barrages pourraient manquer d’eau certaines années à cause du réchauffement climatique.

Pour sortir du nucléaire, la Suisse doit pouvoir compter sur ses barrages. Dans sa stratégie énergétique 2050, le Conseil fédéral prévoit d'augmenter la production hydraulique de 5 à 8%. Mais le défi va être de taille, car le réchauffement climatique est passé par là. Une étude réalisée à l’Université de Lausanne nous apprend qu’à l’horizon 2050, les barrages pourraient manquer d’eau certaines années.

Pourquoi? "Aujourd’hui, la fonte des glaciers permet de remplir les barrages alpins quand il n’a pas assez neigé en hiver", rappelle dans Forum jeudi Stuart Lane, professeur à la Faculté des géosciences et l'environnement de l’Université de Lausanne. "En 2040, les glaciers auront tellement fondu qu’ils ne pourront plus jouer ce rôle". Les perspectives sont inquiétantes. Pratiquement, on ne pourrait plus garantir chaque année une production minimum.

La solution est ailleurs

Pour Stéphane Genoud, professeur en management de l'énergie à la HES-SO Valais, les barrages viennent en complément et couvrent les besoins lors de pics de consommation. On ne peut pas compter sur les barrages pour sortir du nucléaire, selon lui. Les solutions sont à trouver du côté du solaire ou de l’éolien. Il faut également réduire notre consommation.

A cela s’ajoute un choix cornélien pour les autorités. La loi suisse sur l’eau impose la mise en place de débits minimums à l’aval des barrages pour préserver les biotopes. Et dans le même temps, il faut conserver suffisamment d'eau dans les barrages pour augmenter la production hydroélectrique afin d'aider à la sortie du nucléaire. Bref, il faudra choisir entre les poissons et l’électricité. Et Stéphane Genoud d’ajouter: "Nous sommes la première génération à devoir choisir le mal le moins pire."

Pascal Wassmer

Publié le 28 mars 2019 à 19:07 - Modifié le 28 mars 2019 à 22:35

Un barrage va accueillir une station solaire

C’est un symbole. Les barrages de montagne devront bientôt cohabiter avec le solaire. En automne 2019, le lac du barrage des Toules (Bourg-St-Pierre/VS) va accueillir un parc solaire flottant. Il s’agit d’un test effectué par Romande Energie. L’entreprise espère que les 2240 m2 de panneaux solaires produiront plus de 800'000 kilowattheures par an, soit l’équivalant de la consommation annuelle de près de 220 ménages.

Selon les première études, le rendement énergétique est particulièrement élevé. Le parc devrait produire jusqu’à 50% d’énergie en plus qu’un parc de mêmes dimensions situé en plaine, grâce à la réflexion de la neige environnante. Les essais doivent encore permettre de confirmé la faisabilité technique et financière du projet.