Modifié le 28 mars 2019 à 22:56

Addiction Suisse s'inquiète de l'attrait du vapotage auprès des jeunes

Le vapotage chez les jeunes inquiete
Le vapotage chez les jeunes inquiete L'actu en vidéo / 2 min. / le 28 mars 2019
La consommation d’alcool, de cigarettes et de cannabis des adolescents est stable en Suisse, selon les résultats de l'enquête nationale présentée jeudi par Addiction Suisse. Mais les jeunes semblent séduits par l'e-cigarette.

C'est la première fois que des données relatives à l'usage de la cigarette électronique sont prises en compte dans le cadre de l’enquête sur la santé des élèves en Suisse, réalisée tous les quatre ans.

 

 

Il en ressort que la moitié des garçons (51%) et un tiers environ des filles (35%) de 15 ans interrogés en 2018 ont déjà utilisé au moins une fois une cigarette électronique.

Un peu plus de 20% des garçons et près de 13% des filles du même âge ont indiqué avoir vapoté au moins une fois au cours du mois précédent le questionnaire. La part de consommateurs et consommatrices est ainsi plus élevée que pour la cigarette traditionnelle.

Attrait de la nouveauté

L'attrait de la nouveauté est apparemment à l'oeuvre. L’enquête note que "la curiosité" et "essayer quelque chose de nouveau" étaient les motifs les plus souvent cités par les jeunes ayant déjà vapoté.

 

Risques particuliers pour les jeunes

Pour Addiction Suisse, ce phénomène "préoccupant" soulève plusieurs questions: la e-cigarette favorise-t-elle l’émergence d’une nouvelle génération d’accros à la nicotine? Les jeunes qui vapotent régulièrement sont-ils plus susceptibles de passer à la cigarette traditionnelle? Dans quelle mesure des jeunes qui n’auraient jamais fumé vont-ils se mettre à vapoter?

A ce stade, "on doit être prudents car on n'a pas de boule de cristal" mais "les expérimentateurs de e-cigarette viennent plutôt s'ajouter aux expérimentateurs de cigarette traditionnelle et ne les remplacent pas", a commenté le directeur d’Addiction Suisse, Grégoire Vittoz, jeudi dans le 12h30 de la RTS. 

Pour Addiction Suisse, il est clair que les jeunes de cet âge ne devraient ni fumer, ni vapoter. "Qui dit vapotage dit nicotine. La nicotine est une substance psychoactive et (...) chez les jeunes, ce n'est vraiment pas une bonne idée (...), cela peut perturber le développement de leur cerveau", a averti le spécialiste.

"On sait aussi que plus on les consomme jeune, plus on risque de s'acheminer vers une consommation régulière voire une dépendance ensuite", a encore ajouté Grégoire Vittoz. 

>> Ecouter l'interview du directeur d'Addiction Suisse dans le 12h30:

Grégoire Vittoz, directeur d'Addiction Suisse.
Sarah Carp - AddictionSuisse
Le 12h30 - Publié le 28 mars 2019

Réglementation demandée

Addiction Suisse juge problématique que ces nouveaux produits ne soient pas réglementés. Sur le plan fédéral, il n’existe aujourd'hui ni limite d’âge contraignante pour la remise de ces produits, ni restrictions publicitaires.

La future loi sur les produits du tabac, attendue pour 2022, introduira un changement au niveau de la limite d’âge (18 ans). Mais "il y aura encore beaucoup de possibilité de faire du marketing pour ces produits et on n'a pas de garantie que les prix seront suffisamment élevés pour décourager les jeunes", a déploré Grégoire Vittoz.

Addiction Suisse réclame que soit appliquée aux produits nicotiniques la même politique que celle qui régit la cigarette traditionnelle. Pour Grégoire Vittoz, "il faut aussi s'approcher des jeunes pour (...) leur permettre de faire des choix éclairés au moment où ils sont confrontés à ces produits".

>> Voir le sujet du 12h45:

La consommation de e-cigarette par les jeunes préoccupe les milieux de la prévention
12h45 - Publié le 28 mars 2019

Pauline Turuban

(sujet radio: Aleksandra Planinic)

Publié le 28 mars 2019 à 15:35 - Modifié le 28 mars 2019 à 22:56

Peu de changement pour les autres substances psychoactives

Depuis le recul observé en 2014, la consommation des autres substances psychoactives est restée à peu près au même niveau chez les jeunes en 2018.

Cigarette traditionnelle : 10% des garçons et 8% des filles de 15 ans fumaient au moins une fois par semaine des cigarettes traditionnelles en 2018, contre 12% et 9% en 2014.

Alcool : 11% des garçons et 4% des filles buvaient de l’alcool au moins une fois par semaine, contre 10% et 6% en 2014. La consommation épisodique à risque est stable elle aussi à environ un quart des jeunes ayant consommé de l'alcool en excès dans le mois précédant l'étude.

Cannabis illégal : 27% des garçons et 17% des filles de 15 ans avaient consommé au moins une fois dans leur vie du cannabis illégal en 2018 (30% et 19% en 2014).

"Globalement les jeunes sont beaucoup plus sages qu'il y a une douzaine d'années", a commenté le directeur d'Addiction Suisse jeudi dans le 12h30. Grégoire Vittoz a toutefois souligné l'exception du cannabis, consommé de manière constante sur ces douze dernières années. "Il y aurait peut-être des enseignements à tirer de ce qu'on a fait (en matière de prévention) sur le tabac et l'alcool pour essayer de faire baisser la consommation chez les jeunes."

Méthodologie de l'étude

L’étude internationale "Health Behaviour in School-aged Children" (HBSC) est réalisée tous les quatre ans dans plus de 40 pays, sous l'égide de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L’objectif est d'observer les comportements de santé des élèves de 11 à 15 ans et leur évolution.

En Suisse, l’étude HBSC est réalisée depuis 1986 par Addiction Suisse. Pour l’enquête 2018, 805 classes ont été sélectionnées au hasard parmi toutes les classes de 7e à 11e années HarmoS des établissements publics du pays.

La participation à l'enquête était volontaire et anonyme. Au total, 715 des 805 classes sélectionnées au hasard ont participé, et l’échantillon national final comprenait 11'121 élèves.