Modifié le 18 mars 2019 à 12:07

"On abolit des privilèges des multinationales pour en remettre"

L'invitée La Matinale (vidéo) - Cora Antonioli, vice-présidente du SSP s'exprime sur RFFA
L'invitée La Matinale (vidéo) - Cora Antonioli, vice-présidente du SSP s'exprime sur RFFA La Matinale / 10 min. / le 14 mars 2019
Les syndicats s'opposent à la réforme de l'imposition des entreprises (RFFA) soumise à votation le 19 mai. L'une de leur représentantes, Cora Antonioli, défend ce rejet par l'absence de véritables compensations.

Le Syndicat des services publics (SSP) fait partie des organisations et partis qui ont lancé le référendum contre cette nouvelle réforme qui fait suite à l'échec de la RIE III en votation. Les opposants estiment que rien n'a vraiment changé par rapport à la précédente mouture, malgré le compromis qui lie fiscalité des entreprises et financement de l'AVS.

La RFFA est "la soeur jumelle" de la RIE III

"La réforme, à la base, c'est l'abolition des statuts spéciaux et on est d'accord avec ce volet-là qui permettrait d'enlever des statuts des multinationales qui sont absolument injustifiables", souligne d'emblée la vice-présidente du SSP Cora Antonioli jeudi dans La Matinale.

"Mais sous le prétexte de cette abolition des statuts spéciaux, on nous sert en fait de nouveaux privilèges pour ces mêmes multinationales", poursuit-elle. "Et c'est pour ça qu'on dit que la RFFA est sa soeur jumelle: on nous propose des outils fiscaux, des niches fiscales, qui permettent de déduire des impôts des sommes très importantes. Donc, pour nous, on abolit des statuts spéciaux, des privilèges, pour en remettre d'autres."

Des pertes fiscales pas compensées

Le volet social qui vient s'ajouter cette fois à la réforme "n'est pas rien", reconnaît la syndicaliste. "C'est deux milliards pour l'AVS et nous ne contestons pas qu'il y ait un financement supplémentaire. Sauf que la question est de savoir si c'est vraiment une compensation. Nous, on estime que ce n'est pas une compensation puisque les pertes dues notamment à la baisse du taux d'imposition des entreprises - dans les cantons en particulier avec des pertes fiscales très importantes - ce sont des pertes qui ne seront pas compensées par ces deux milliards. C'est tout autre chose."

A propos de ce financement supplémentaire de l'AVS, Cora Antonioli souligne qu'il ne va pas permettre d'améliorer les rentes des retraités actuels et futurs. "Or aujourd'hui, il est absolument nécessaire qu'il y ait une augmentation de ces rentes", dit-elle.

"On ne craint pas un exode massif des entreprises"

Reste que la Suisse a l'obligation de se mettre en conformité avec les standards internationaux en matière de statuts fiscaux, avec une date-butoir au 31 mars prochain. La vice-présidente du SSP refuse cependant de voir cette échéance comme une obligation incontournable: "On nous dit qu'il n'y a pas de plan B. Mais nous, on estime qu'abolir les statuts spéciaux ne mène pas forcément à proposer des niches fiscales partout et pour les multinationales en particulier. On a déjà un taux d'imposition extrêmement bas par rapport aux autres pays, donc on dit qu'il faut rester concurrentiels mais on est déjà très concurrentiels puisque dans les pays qui nous entourent, le taux d'imposition des entreprises est nettement plus élevé (...) Nous, on ne craint pas un exode massif de ces entreprises."

Propos recueillis par Chrystel Domenjoz/oang

Publié le 14 mars 2019 à 09:32 - Modifié le 18 mars 2019 à 12:07