Modifié le 24 février 2019 à 22:58

La carte des 32 ponts et viaducs romands en mauvais état

En Suisse, 62 ponts sont en mauvais état, dont 32 en Suisse romande
PONTS EN FIN DE VIE L'actu en vidéo / 1 min. / le 24 février 2019
Six mois après la catastrophe de Gênes qui a fait 43 morts, la question de la sécurité des ponts se pose dans toute l’Europe. L’enquête dimanche du 19h30 de la RTS révèle qu’en Suisse 62 ponts sont en mauvais état, dont 32 en Suisse romande.

La RTS a obtenu la liste détaillée des ponts et viaducs suisses en mauvais état. Selon notre enquête, il y a en 32 en Suisse romande. La plupart de ces ouvrages se situent sur l’A1 entre Genève et Lausanne et sur l’A9 entre Martigny et Riddes.

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La plupart de ces ponts ont été conçus dans les années 50 et construits en 1963 lorsque le tout premier tronçon d’autoroute est sorti de terre à l’occasion de l’exposition nationale de Lausanne. "Evidemment, on n’avait pas dimensionné les routes nationales pour absorber le trafic que l'on connaît aujourd'hui", explique Olivier Floc'hic, porte-parole de l’OFROU. A l’époque la durée de vie des ponts était estimée entre 60 et 80 ans, mais l’apparition des poids lourds de 40 tonnes et les opérations de salage à répétition ont fortement dégradé ces ouvrages.

Pour savoir où et quand intervenir, chaque pont est inspecté en profondeur par l’OFROU tous les 5 ans. Si un ouvrage passe en catégorie 4 "Mauvais état", la surveillance est renforcée : "un ouvrage d'art, c'est comme un corps humain, lorsque vous avez 20 ans vous êtes en forme, vous n'allez jamais chez le médecin et plus vous avancez en âge, plus les visites chez le médecin se répètent de façon plus ou moins régulière, c'est exactement ce que l’on fait avec notre réseau", explique Olivier Floc’hic.

>> Les ponts et viaducs classés en catégories 3 et 4:

Note: catégorie 3 (défectueux), il s'agit de dégâts de moyenne importance, sans influence sur la sécurité, mais exigeant une surveillance renforcée; catégorie 4 (mauvais), il s'agit de dégâts importants n'influençant par la sécurité structurale ou du trafic, mais nécessitant une intervention à moyen terme.

 

Selon l’OFROU, les ponts classés en catégorie 4 présentent des "dégâts importants n’influençant pas sur la sécurité structurale et la sécurité du trafic". Pourtant, l’un de ces ponts a dû être fermé en urgence fin janvier sur la commune de Bursins, à proximité de la station La Côte. L’alerte a été donnée par les agents du centre d’entretien situé à proximité car le béton s’effritait : "régulièrement on devait purger pour enlever les morceaux de béton qui menaçaient de tomber. On ne parle pas de gros blocs de bétons mais petits gravillons. Mais à 120 km/h, ça peut faire de gros dégâts", observe Olivier Floc’hic.  

En attendant sa démolition, le pont de Bursins a été sécurisé en urgence. Pendant 4 nuits, des équipes ont installé d’immenses filets sous le pont pour éviter toute chute de béton sur la chaussée. "C'est une mesure tout à fait exceptionnelle parce qu’on n’a jamais eu ce cas de figure ailleurs", explique Marc André Luy, responsable d’exploitation des routes nationales et cantonales pour la région ouest.

Signes avant-coureurs avant un effondrement

Pour Philippe Menétrey, ingénieur civil spécialisé dans l’inspection des ouvrages d’art, la rupture brutale d’un pont est extrêmement rare. Il y a toujours des signes avant-coureurs observables avant l’effondrement : "il y a des signes indicatifs qui montrent que le pont a un comportement auquel on doit faire attention. On peut avoir des flèches (affaissement du pont), il peut y avoir des fissures qui se produisent, de l’éclatement du béton et des armatures corrodées… Ce sont des signes avant-coureurs qui montrent qu'il faut faire quelque chose".

La sécurité des usagers reste la première priorité en Suisse et Olivier Floc’hic l’assure : "tous les ouvrages qui sont catégorisés 4 font l'objet de mesures. Quand on arrive à ce stade, il faut intervenir pour renforcer l'ouvrage, voire le cas échéant, envisager sa démolition et son remplacement". Dans ce cadre, des travaux ont été planifiés en 2019-2020 pour assainir le pont reliant Fully à Saxon, également classé 4 par l’Ofrou.

Selon le dernier rapport de l’OFROU, entre 2008 et 2016 "l’état moyen des ouvrages d’art se dégradait lentement" en Suisse malgré les 800 millions de francs investis chaque année par la Confédération.

>> Revoir le sujet du 19h30:

Sécurité routière: 32 ponts romands sont en "mauvais état" en Suisse Romande
19h30 - Publié le 24 février 2019

Cécile Tran-Tien, avec Valentin Tombez

Publié le 24 février 2019 à 19:09 - Modifié le 24 février 2019 à 22:58

Comment sont notés les ponts ?

En Suisse, chaque ouvrage d’art reçoit une note de 1 à 5 en fonction de son état et de ses dégradations. Selon le dernier rapport de l’Office fédéral des routes (OFROU), aucun pont n’est classé 5, soit "alarmant", et seulement 1% des ouvrages d’art sont en mauvais état (cat.4).

Le pont du Mont Blanc est-il sûr ?

Selon le dernier rapport d’inspection de décembre 2015, ce pont construit en 1862 et élargit en 1964 est dans un "état acceptable". Il a été classé en catégorie 2 bien qu’il présente de nombreuses parties corrodées et un problème d’étanchéité. Son revêtement sera refait dans les prochains mois en même tant que les travaux de création d’une piste cyclable.

Ses pieux en bois n’ont pas été rénovés depuis 157 ans mais la Ville de Genève se veut rassurante : "le bois est immergé, donc à partir de là il est totalement imputrescible. Il ne se déforme plus, il ne bouge plus, il est stabilisé donc il n’y a aucun problème là-dessus et on a de nombreux ponts qui sont dans cette logique-là aujourd’hui à Genève", explique Nicolas Betti, chef du service aménagement, génie-civile et mobilité de Genève.