Modifié le 21 février 2019 à 08:19

Berne propose huit mesures pour rendre le service civil moins attractif

Le Conseil fédéral propose huit mesures concrètes pour diminuer le nombre de civilistes et favoriser l'armée.
Berne propose huit mesures pour rendre le service civil moins attractif: interview de Guy Parmelin Forum / 10 min. / le 09 juillet 2018
Le Conseil fédéral veut garantir les effectifs de l'armée tout en diminuant le nombre de civilistes. Le gouvernement a transmis mercredi au Parlement huit mesures concrètes pour décourager les futurs candidats.

Les admissions au service civil sont passées de 4670 en 2011 à 6205 l'année dernière. Un nombre en recul par rapport à 2017 mais qui reste trop élevé aux yeux du Conseil fédéral, qui souhaite favoriser l'armée. "Quand le nombre de recrues diminue, il y a un problème de sécurité et de crédibilité", défend dans Forum le chef de l'Economie Guy Parmelin.

Départ à l'étranger proscrit

D'après le conseiller fédéral, la règle est aujourd'hui trop souple, ce qui donne aux candidats un choix "à la carte". "Le service civil a été prévu uniquement pour les personnes qui ont un problème de conscience, pas pour des soucis de convenance, insiste-t-il. La tendance actuelle ne respecte pas la volonté du peuple et des cantons."

Selon le projet de réforme, les civilistes ne pourront notamment plus être affectés à l'étranger et auront un nombre minimum de 150 jours de service à accomplir. De plus, les militaires incorporés dans l'armée au moment où ils confirment leur demande d'admission au service civil devraient attendre une année. Pendant ce délai, ils ne seraient pas libérés de l'obligation d'accomplir leur service militaire. En 2017, 40,4% des civilistes admis ont déposé leur demande à l'issue de l'école de recrues.

Attirer les recrues

Pour réduire les départs de cadres et de spécialistes, la règle qui veut que les civilistes fassent une fois et demie le nombre de jours de service militaire s'appliquerait aussi aux sous-officiers et aux officiers admis au civil. Les médecins ne pourraient plus faire de service civil à des postes équivalents.

En parallèle, le Conseil fédéral assure augmenter l'attractivité de l'armée. "Un accent est mis sur une meilleure formation, explique également Guy Parmelin. Nous avons introduit des bonifications financières pour les personnes qui souhaitent suivre un cursus d'officier et de sous-officier et les résultats sont encourageants."

Référendum éventuel

Le message du gouvernement a suscité des réactions tranchées en consultation. "L’obligation d’accomplir au minimum 150 jours de service est incompatible avec le principe de l’égalité de traitement", dénonce la conseillère nationale Lisa Mazzone, co-présidente de la Fédération suisse du service civil (CIVIVA).

"Avec les huit mesures présentées, le Conseil fédéral met encore plus d'obstacles sur la voie des jeunes hommes qui veulent faire quelque chose pour la société", critique pour sa part le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Ce dernier soutient un éventuel référendum contre cette révision.

Propos de Guy Parmelin recueillis par Pietro Bugnon/ats/ani

Publié le 20 février 2019 à 18:40 - Modifié le 21 février 2019 à 08:19

"Très essentiellement, à l'armée, vous apprenez à faire la guerre"

Directeur général de l'entreprise de travail temporaire Interiman, Robin Gordon relève dans La Matinale qu'aujourd'hui les jeunes générations veulent être beaucoup plus impliquées dans les prises de décision, elles veulent être entendues. "Et il est clair qu'en situation de crise dans un contexte militaire, vous devez être directif et autoritaire. En entreprise, ce style de conduite ne passe plus tellement, cet aspect hiérarchique, rigide, formel. Ce n'est pas de cette manière en tout cas que les jeunes générations attendent d'être conduits."

Ce spécialiste du monde du travail souligne également que la transposition des expériences est beaucoup plus difficile entre service militaire et monde du travail. "Si on prend le service civil, on a une transposition beaucoup plus évidente (…) Prenez un assistant social ou un infirmier qui a réalisé son service civil en contact, par exemple, avec des personnes résidant en EMS, c'est une expérience transposable. A l'armée, il est plus difficile de déceler des expériences qui sont transposables. Très essentiellement, à l'armée, vous apprenez à faire la guerre."

>> Ecouter l'interview de Robin Gordon dans la Matinale: