Publié le 19 février 2019 à 11:12

"Quitter Schengen/Dublin entraînerait une avalanche de demandes d'asile"

L'invitée de La Matinale (vidéo) - Karin Keller-Sutter, cheffe du Département fédéral de justice et police
L'invitée de La Matinale (vidéo) - Karin Keller-Sutter, cheffe du Département fédéral de justice et police La Matinale / 10 min. / le 19 février 2019
La nouvelle conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a lancé la semaine dernière la campagne en faveur de la loi révisée sur les armes en votation le 19 mai. Elle défend le "pragmatisme" face aux conséquences d'un rejet.

La Suisse doit mettre en oeuvre la nouvelle directive européenne sur les armes adoptée pour faire face au terrorisme si elle veut rester dans l'alliance d'Etats Schengen/Dublin.

"C'est une obligation que nous avons adoptée, y compris le peuple suisse, avec la votation sur l'adhésion au traité de Schengen en 2005", rappelle la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) dans La Matinale. "C'était d'ailleurs un projet défendu par l'ancien conseiller fédéral Christoph Blocher".

"Je suis aussi attachée à la tradition du tir"

Mais il y a une marge de manœuvre et une possibilité de négocier, souligne Karin Keller-Sutter. "La tradition du tir en Suisse est sauvegardée, il n'y a pas de menace sur cette tradition, sinon je ne serais pas là parce que je suis aussi attachée à cette tradition. Mais je crois que le projet est absolument acceptable et il faut voir qu'il nous permet de rester dans l'espace Schengen/Dublin."

La conseillère fédérale PLR assure être très sensible aux questions de souveraineté. "Je suis parfois plutôt une sceptique vis-à-vis des projets de l'Union européenne", rappelle la Saint-Galloise, "mais lorsque le peuple suisse a décidé d'adhérer à l'espace, il y avait des règles du jeu.

"Au final, ce sont des changements mineurs"

Elle rappelle encore les exceptions négociées avec ses partenaires européens. "Par exemple pour les soldats qui quittent l'armée, rien ne change. Ils peuvent garder leur fusil d'assaut. Pour les personnes qui n'en font plus, qui ont le fusil à la maison, rien ne change. Pour les personnes qui ont une arme semi-automatique et qui sont enregistrées dans un registre cantonal, rien ne change." Au final, ce sont des changements mineurs, assure Karin Keller-Sutter.

Conséquences "sévères" sur la sécurité et l'asile

Et un rejet de la loi le 19 mai aurait un prix pour la Suisse, qui serait l'exclusion de l'espace Schengen/Dublin. "En sortir aurait des conséquences sévères sur la sécurité suisse, sur la politique d'asile suisse, mais aussi sur le tourisme (…) Le pragmatisme nous dit qu'il nous faut rester à l'intérieur."

"Sur la question de l'asile, le système Dublin dit qu'une personne qui est déboutée dans un pays ne peut pas déposer une demande d'asile dans un autre pays", poursuit la conseillère fédérale. "Si la Suisse ne faisait plus partie de cet espace Dublin, il y aurait une avalanche de demandes d'asile, parce qu'elle serait le seul pays où l'on pourrait encore déposer une demande d'asile. Et en tant que cheffe du département de Justice et Police, je ne veux pas qu'il y ait une avalanche de demandes d'asile en Suisse parce qu'on ne ferait plus partie du système Dublin."

Propos recueillis par Chrystel Domenjoz/oang

Publié le 19 février 2019 à 11:12