Modifié le 09 février 2019 à 21:44

Maternité et carrière politique, le tabou tombe doucement

L'annonce du congé maternité d'une municipale yverdonnoise met en exergue le tabou qui demeure encore dans les exécutifs.
L'annonce du congé maternité d'une municipale yverdonnoise met en exergue le tabou qui demeure encore dans les exécutifs. 19h30 / 2 min. / le 09 février 2019
Jeudi, la ville d’Yverdon a annoncé les modalités du départ en congé maternité de l’une de ses municipales. Un événement quasi inédit dans un exécutif, alors que les grossesses ne sont plus si exceptionnelles dans les législatifs et peuvent même être vues comme un atout.

A Yverdon-les-Bains, les Municipaux ont les mêmes droits que le personnel communal et donc un congé maternité garanti. Reste que la communication autour de l'heureux événement a été confuse. Une conférence de presse a été convoquée puis annulée, laissant transparaître quelques tensions. 

"Cela n'a pas posé de problème à la Municipalité", assure le syndic Jean-Daniel Carrard. "La question était de savoir qui allait reprendre le dicastère et j'ai considéré qu'il n'était pas judicieux de changer la répartition gauche-droite."

Sandrine Salerno, précurseur à Genève

Il y a 10 ans, Sandrine Salerno était la première Romande à faire le pas peu de temps après son accession au Conseil administratif de Genève. La naissance de son deuxième enfant est alors considérée par certains comme une trahison envers les électeurs.

"Les questions qu'on pose à une femme lorsqu'elle a un enfant, on ne les pose jamais à un homme. Au moment où moi j'étais enceinte de ma deuxième fille, un de mes collègues allait aussi devenir papa et ça n'a pas fait un pli, une vague, une remarque désobligeante ou négative, au contraire, lorsque l'homme devient père c'est souvent très valorisé socialement ", constate-t-elle.

Des cas moins exceptionnels pour le législatif

Si les grossesses restent très rares dans les exécutifs, c'est moins le cas au niveau législatif. Le ventre rebondi de Sophie Buchs, candidate PDC au Conseil national, est même vu aujourd'hui comme un atout pour son parti.

"Ce qui a été déterminant, c'est vraiment la stratégie du PDC genevois qui souhaite aussi mettre en avant la diversité de la population, donc ça comprend des jeunes parents. C'est ça qui m'a convaincu de me mettre sur la liste."

Plus de femmes, des élues plus jeunes et un congé paternité en discussions: de quoi imaginer un jour peut-être une conseillère d'Etat ou même une conseillère fédérale enceinte sans que cela n'étonne plus personne.

En janvier 1999, la radicale tessinoise Marina Masoni a accouché en catimini alors qu'elle présidait le gouvernement. Elle avait caché sa grossesse jusqu'au bout.

Carole Pantet

Publié le 09 février 2019 à 20:39 - Modifié le 09 février 2019 à 21:44

"Il faut se battre pour le congé paternité"

Pour Valérie Borioli Sandoz, responsable politique de l'égalité pour Travail.Suisse, si la "jeune génération a des aspirations orientées vers l'égalité" entre les hommes et les femmes, il reste toutefois un vrai travail à faire dans les mentalités.

Pour elle, cette évolution devrait avant tout prendre la forme d'un congé paternité: "Actuellement, il n'y a que la mère qui dispose d'un congé maternité (...) cette absence-là est mal vécue et mal ressentie dans un exécutif ou à la tête d'une grande entreprise. Je pense que si les pères pouvaient aussi avoir droit à une absence quand un enfant naît, on aurait une certaine égalisation de ce risque."

Questionnée pour savoir s'il est plus difficile actuellement de faire une belle carrière pour une femme avec un enfant, Valérie Borioli Sandoz répond par l'affirmative: "C'est difficile parce qu'il faut plusieurs conditions. Notamment avoir un partenaire qui soutient vraiment la femme politique qui décide de faire carrière (...) ce dont les hommes ont toujours bénéficié."