Modifié le 10 février 2019 à 11:51

Une Lausannoise, ex-djihadiste en Syrie, souhaite revenir en Suisse

Retour de djihadistes: La Suisse confrontée à la question. Un véritable casse-tête qui n'est pas encore réglé.
Retour de djihadistes: La Suisse confrontée à la question. Un véritable casse-tête qui n'est pas encore réglé. [RTS]
Une Lausannoise, actuellement détenue dans un camp d'internement kurde en Syrie, après avoir rejoint le groupe Etat islamique, souhaite revenir en Suisse avec sa fille. De leurs côtés, les autorités fédérales n'ont pas encore pris de décision.

Il y a quatre ans, Selina S. (nom d'emprunt) était partie vers la Syrie pour rejoindre l'organisation terroriste avec son mari. Un peu plus de deux ans plus tard, le couple a une fille. Aujourd'hui, la situation semble en suspens. La jeune femme souhaite revenir en Suisse mais Berne n'a pas encore donné sa réponse.

"C'est comme si je portais une étiquette Etat islamique pour le reste de ma vie. Ma fille aussi n'est pas une enfant normale, c'est un "enfant Etat islamique". Nous sommes traités plus mal que des animaux. Nous sommes des monstres et n'avons pas le droit de vivre et d'avoir un avenir", déplore Selina S. au micro de SRF.

Elle se dit pourtant décidée à assumer les conséquences de ses actes: "Peut-être avons-nous fait une erreur, mais nous sommes prêts à payer pour cette erreur", explique-t-elle.

>> Lire aussi: La Suisse dans l'embarras face à ses djihadistes présumés détenus en Syrie

Un cas emblématique

L'histoire et le cas de Selina S. sont emblématiques de toutes ces personnes qui ont rejoint le groupe Etat islamique et qui souhaiteraient rentrer. En tout, ils seraient cinq Suisses dans cette situation, qui semble passablement embarrasser les autorités fédérales.

La Vaudoise et son mari, qui est actuellement détenu dans une prison kurde, sont par ailleurs sous le coup d'une procédure pénale en Suisse.

Une incertitude qui inquiète les familles

La soeur de Selina S., qui réside en Suisse, se dit inquiète des conditions d'internement en Syrie: "Ma soeur m'a dit qu'il faisait très froid dans ce camp, et qu'ils n'avaient pas de quoi se chauffer. Les nuits sont extrêmement froides (...) je trouve que pour une petite fille qui a un an et demi, ce n'est pas des conditions de vie."

Mais pour la famille, c'est surtout l'incertitude qui est l'élément le plus pénible. "On attend une réponse de l'Etat (...) s'ils veulent faire quelque chose, qu'ils nous le disent clairement, parce que notre famille en a marre d'attendre comme ça (...) nous sommes inquiets pour eux (...) qu'ils nous disent clairement s'ils veulent faire quelque chose et les rapatrier ou s'ils ne veulent pas, qu'ils nous le disent aussi", demande la soeur de Selina S.

La question sensible du rapatriement devait être étudiée prochainement sous la Coupole fédérale.

>> Revoir l'analyse de Cynthia Gani lors du 19h30 :Cynthia Gani:"En Suisse, il n'y a pas de consensus pour l'instant. La situation est complexe, d'abord au plan juridique."

srf/ther

Publié le 09 février 2019 à 16:06 - Modifié le 10 février 2019 à 11:51

Une classe politique divisée

La situation de Selina S. et au-delà de ça, de la problématique du retour des djihadistes et de leurs familles, divise la classe politique en Suisse. Pour le conseiller national UDC saint-gallois Roland Rino Büchel, un rapatriement du couple est inenvisageable: "S'il faut trouver une solution pour l'enfant alors on peut éventuellement en discuter, mais certainement pas pour ce couple de terroristes."

A gauche, Carlo Sommaruga (PS/GE) se veut plus ouvert: "Je considère que tout citoyen suisse qui se trouve à l'étranger, en situation difficile, et qui demande à être rapatrié, doit pouvoir bénéficier de l'appui de son pays". Une position qui ne semble pour l'instant pas être suivie par la majorité de la classe politique, qui se montre peu pressée à organiser un retour.