Modifié le 07 février 2019 à 10:09

Obliger les médecins à établir des devis, une proposition qui divise

Les médecins ne sont pas tenus d'annoncer au préalable le prix d'une prestation.
Obliger les médecins à établir des devis, une proposition qui divise La Matinale / 1 min. / le 07 février 2019
Les médecins devraient systématiquement annoncer le coût de leurs prestations aux patients, estime le conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS). Or, sa proposition ne fait pas l'unanimité au sein du monde politique.

L'initiative parlementaire déposée par Philippe Nantermod en décembre dernier demande que cette obligation soit introduite dans la loi fédérale sur l'assurance maladie (LAMal).

"Les garagistes ou les avocats doivent informer leurs clients sur ce que va coûter leurs prestations. Je pense que les médecins, en dehors des cas d’urgence, devraient également être tenus d’annoncer le prix d’une opération", déclarait récemment le conseiller national PLR sur les ondes de la RTS.

Philippe Nantermod, conseiller national PLR VS.
Anthony Anex - Keystone
Le Journal horaire - Publié le 28 janvier 2019

Risque d'une bureaucratie accrue

Le Valaisan estime que cette mesure créerait de la concurrence entre les prestataires de soins et, ainsi, profiterait directement aux patients.

Une idée que partage le conseiller national Raymond Clottu (UDC/NE). Mais, prévient-il, "il faut faire attention de ne pas engendrer davantage de bureaucratie, car celle-ci coûte énormément d'argent." Et d'ajouter: "Cela ne doit pas non plus devenir une tracasserie supplémentaire pour le patient. Selon l'affection dont on est atteint, on n'a pas forcément l'envie ou le temps de demander des offres."

"La santé n'est pas une marchandise"

L'initiative ne précisant ni le montant minimum ni le type de prestation nécessitant un devis, il revient aux médecins de le décider. "D'ailleurs, la plupart le font déjà pour les opérations", souligne Benjamin Roduit (PDC/VS), pour qui une obligation législative est inutile.

En outre, dit-il, "la relation de confiance entre le patient et le prestataire de soins risque d'être mise à mal. La santé n'est pas une marchandise comme une autre et, dans ce domaine, on ne peut pas accepter une logique de marché."

Rebecca Ruiz (PS/VD) abonde: "On ne parle pas de carrosserie, mais de personnes", insiste la présidente de la section romande de la Fédération suisse des patients.

Et la conseillère nationale conclut: "Chacun peut réagir très différemment à une intervention. Une transfusion sanguine peut, par exemple, s'imposer pendant une opération. Etablir un devis, et s'y tenir, paraît pratiquement impossible."

Alexandra Richard et Mathieu Henderson

Publié le 07 février 2019 à 08:50 - Modifié le 07 février 2019 à 10:09

Soutien en demi-teinte de la FRC

L'initiative de Philippe Nantermod séduit la Fédération romande des consommateurs (FRC). "Cette mesure complète celles proposées par le Conseil fédéral pour baisser les coûts de la santé", salue la secrétaire générale Sophie Michaud Gigon. "Mais, précise-t-elle, il faut que les devis soient uniformes entre les prestataires et, surtout, qu'ils soient détaillés."

Sophie Michaud Gigon estime par ailleurs qu'un tel système risque de créer une relation commerciale non souhaitable: "Le prix n'est pas l'unique paramètre lorsqu'on choisit son médecin. Il y a également la confiance, le suivi, la spécialisation et l'écoute."

>> La réaction de Sophie Michaud Gigon: