Modifié le 30 août 2015 à 16:11

Samuel Schmid, une démission dans l'aigreur

Elu au Conseil fédéral sous la bannière de l'UDC, le Bernois Samuel Schmid a occupé la présidence en 2005. Il avait été élu au 6e tour avec 121 voix. Le conseiller fédéral a ensuite quitté le parti pour rejoindre les rangs du Parti bourgeois démocratique.
Elu au Conseil fédéral sous la bannière de l'UDC, le Bernois Samuel Schmid a occupé la présidence en 2005. Il avait été élu au 6e tour avec 121 voix. Le conseiller fédéral a ensuite quitté le parti pour rejoindre les rangs du Parti bourgeois démocratique. [ - ]
Samuel Schmid a annoncé mercredi qu'il quittait le Conseil fédéral. Visiblement très ému et ne supportant plus la pression qui pesait sur ses épaules, il s'en est pris vivement à son ex-parti l'UDC, lors d'une longue conférence de presse.

Samuel Schmid a tiré un bilan positif de ses huit ans au Conseil fédéral mercredi après-midi. Pendant ce temps, «j'ai fait de la politique avec joie et engagement au sein du gouvernement et de mon département», a-t-il déclaré devant la presse (lisez son bilan politique

et visionnez la conférence de presse ci-dessus).

«Les derniers jours, mais aussi les derniers mois m'ont cependant rappelé combien la santé est un bien fragile». Parfois, dans le stress du quotidien, on oublie l'âme. «Et soudain une grande fatigue est là. Non pas une fatigue physique, mais une fatigue de l'esprit».

Trés ému, le ministre de la Défense s'est révélé être un animal politique blessé. Il a eu de la peine à contenir ses larmes et la conférence de presse a été brièvement interrompue, car Samuel Schmid a été pris d'un saignement de nez.

Une émotion bien visible

Dans son discours de démission, Samuel Schmid n'a pas ménagé ses critiques. Certains préfèrent les calculs tactiques au bien commun, a déclaré le conseiller fédéral démissionaire. Pour lui, la «polémique et la polarisation ne font pas partie de notre culture».

«Pour garder mon indépendance, j'ai subi des diffamations et l'exclusion du groupe parlementaire». La résistance doit se faire sentir quand des hommes sont exclus politiquement et que ceux qui pensent différement sont marginalisés. «L'absence de chantage, la liberté de pensée, le respect font partie de nos valeurs».

Tout cela aurait été des raisons de rester. Mais «huit ans au Conseil fédéral, bientôt 62 ans et des avertissements du côté de la santé doivent aussi être pris en compte». Outre son opération de la vésicule biliaire jeudi dernier, le ministre de la Défense a eu des problèmes de circulation sanguine le printemps et l'été derniers. Il est sous médicament depuis cette époque. Samuel Schmid a pris la décision de démissionner mardi soir, a-t il déclaré.

A la fin de son intervention, Samuel Schmid a été pris d'un saignement de nez et a dû s'absenter avant de répondre aux questions des journalistes.

Huit ans de joie et d'engagement

 Dans la matinée déjà, Samuel Schmid a évoqué trois motifs pour justifier sa démission: des raisons personnelles, de santé, ainsi que politiques. Dans sa déclaration, il a souligné qu'il s'était occupé de la politique de la sécurité ces huit dernières années «avec joie et engagement». Le ministre de la Défense a tenu à relever parallèlement «qu'il s'était impliqué de toutes ses forces en tant que membre loyal dans le collège gouvernemental».

Le Conseil fédéral a salué la loyauté de Samuel Schmid. Il a dit regretter le départ d'un collègue «loyal et dont les prises de position sont toujours orientées vers des solutions équilibrées».

Retour de l'UDC?

Pour Samuel Schmid, les règles de la concordance font qu'il serait normal que l'UDC présente un candidat pour lui succéder. Mais, outre les formules arithmétiques, il convient que le Parlement tienne compte de la culture politique et de la collégialité dans son choix, a-t-il commenté. «Ce qui est important, c'est que le groupe fonctionne», a fait valoir le conseiller fédéral démissionnaire. Il faut être prêt à écouter, a-t-il souligné. Il s'est néanmoins dit convaincu que des gens à l'UDC seraient capables de travailler de cette manière.

Avec cette démission, le Parlement se retrouve à nouveau face à une vacance simple au Conseil fédéral. Ce cas de figure est le plus répandu depuis 1959. Mais, après les élections fédérales de 2007, les observateurs misaient plutôt sur un départ à plusieurs.

Dorénavant, un retour de l'UDC au Conseil fédéral, qui n'est plus représentée depuis que Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf ont rejoint les rangs du PBD, est évidemment sur toutes les lèvres.

après le retrait de Samuel Schmid.

Doris Leuthard vice-présidente

Enfin, en se retirant, Samuel Schmid offre à Doris Leuthard la vice-présidence du Conseil fédéral. La démocrate-chrétienne pourra alors devenir en 2010 la troisième femme à présider la Confédération, après Ruth Dreifuss et Micheline Calmy-Rey.

Le Parlement aurait donc dû élire en décembre Samuel Schmid à la vice-présidence, poste qu'il a déjà occupé en 2004. Des rumeurs ont toutefois couru selon lesquelles les Chambres auraient pu lui refuser ce poste, à titre d'avertissement ou de sanction.

agences/cer/ps

Publié le 06 décembre 2008 à 16:07 - Modifié le 30 août 2015 à 16:11

Départ de S.Schmid: réactions des partis

L'UDC a réitéré mercredi sa volonté d'un retour au Conseil fédéral après la démission de Samuel Schmid. Le président du parti Toni Brunner s'est toutefois refusé d'annoncer officiellement une candidature, alors que le nom de Christoph Blocher reste d'actualité. «Tous les membres de l'UDC peuvent être considérés comme candidat», a déclaré Toni Brunner. Il n'est toutefois pas opportun de lancer la machine le jour où le conseiller fédéral Samuel Schmid annonce son retrait.
Selon le président du Parti radical suisse (PRD) Fulvio Pelli, l'UDC est légitimée de viser le siège de Samuel Schmid. Le parti doit auparavant abandonner sa politique d'opposition, a-t-il toutefois déclaré, en rendant hommage au ministre démissionnaire. L'UDC dispose d'un large éventail de gens pour succéder à Samuel Schmid, a déclaré Fulvio Pelli. Des personnalités comme Christoph Blocher ne trouveraient toutefois pas de majorité au Parlement.
Avec la démission de Samuel Schmid, les Verts sont dans les starting-blocks. Le parti discutera du sujet dans les prochaines semaines, mais une candidature au Conseil fédéral est probable. Le moment de l'annonce du ministre de la Défense est une surprise. Mais c'est une décision intelligente, a déclaré le secrétaire général Hubert Zurkinden.
Le président du PDC Christophe Darbellay ne regrette pas le départ de Samuel Schmid, mais tire un bilan positif de son action. Selon lui, il a commis des erreurs, mais les a reconnues, ce qui est le «signe d'une certaine grandeur». Christophe Darbellay se dit plutôt surpris que le ministre de la Défense annonce son retrait maintenant alors que son programme d'armement semblait tiré d'affaire.
Pas réellement surpris de la démission de Samuel Schmid, le président du PS Christian Levrat s'en prend une nouvelle fois à l'UDC. Le Bernois a été d'une certaine façon «victime de la campagne haineuse et sans scrupule» de son ex-parti, déplore-t-il. «Je suis triste» qu'une telle campagne ait conduit à la démission d'un conseiller fédéral.
Pour le président du Parti bourgeois-démocratique (PBD) Hans Grunder, Samuel Schmid a accompli «un travail énorme et excellent». Les problèmes de l'armée sont dus surtout au Parlement, qui n'a cessé de réduire les moyens financiers disponibles. Dans ces conditions, le conseiller fédéral a tiré «le meilleur parti des moyens disponibles».

Election de son successeur le 10 décembre

Les Chambres fédérales devraient choisir le successeur de Samuel Schmid le 10 décembre.

L'agenda est serré. Le futur élu devra selon toute vraisemblance reprendre les rênes d'un département relativement explosif, celui de la défense, à la tête duquel le Bernois aura passé huit ans.