Modifié le 26 janvier 2019 à 01:33

Fashionleaks: l'ex-patron de Gucci, Patrizio Di Marco, épinglé au Tessin

L'ancien patron de Gucci a-t-il fraudé le fisc italien ? Il bénéficiait d'un forfait fiscal au Tessin.
L'ancien patron de Gucci a-t-il fraudé le fisc italien ? Il bénéficiait d'un forfait fiscal au Tessin. 19h30 / 2 min. / le 25 janvier 2019
Après les Football Leaks, le monde de la mode est visé par une fuite de données. La Suisse est au cœur d'une évasion fiscale présumée: la justice italienne suspecte Patrizio Di Marco, ancien PDG de Gucci, d'avoir construit un montage financier complexe dans le but de frauder le fisc.

Cette nouvelle affaire fiscale concerne l'un des couples les plus puissants de la mode: Patrizio Di Marco, ancien PDG de Gucci, et sa femme Frida Giannini, ex-directrice artistique de la marque italienne.

En collaboration avec Mediapart, Tamedia et l'European Investigative Collaborations, l'enquête de la RTS montre que Patrizio Di Marco a bénéficié de 2010 à 2014 d’un forfait fiscal au Tessin alors qu'il résidait manifestement en Italie.

Dissimulation de 23 millions d'euros

C’est le deuxième dirigeant de Gucci à avoir bénéficié d’une résidence fiscale au Tessin. Des journalistes d'investigation de plusieurs pays ont obtenu des documents confidentiels et découvert que Patrizio Di Marco aurait dissimulé plus de 23 millions d'euros au fisc italien. Une enquête a été ouverte à Milan pour évasion fiscale à l'encontre de l’ancien dirigeant de Gucci.

Tout commence en 2010, lorsque le patron star de Gucci quitte administrativement l'Italie pour le Tessin. Officiellement, c’est dans la jolie commune de Paradiso qu'il emménage, dans un immeuble avec vue sur le lac. Nous nous sommes rendus sur place pour vérifier si Patrizio Di Marco y a réellement habité, condition première pour bénéficier d’un forfait fiscal. Personne ne semble l'avoir croisé en cinq ans: "Patrizio Di Marco? Non, ça ne me dit rien: je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu," raconte un voisin.

Une vie milanaise

Patrizio Di Marco à Los Angeles, pour un repas de charité, en février 2011. Patrizio Di Marco à Los Angeles, pour un repas de charité, en février 2011. [Fred Prouser - Reuters] Il faut dire que dans le même temps, le cadre de la mode possédait un bureau ainsi qu'un appartement à Milan avec sa femme. Le couple a même eu un enfant en 2013, lui aussi né à Milan.

Contactée, l’administration fiscale tessinoise nous a indiqué ne pas faire de commentaire sur le dossier de Patrizio Di Marco. Pour Alexandre Sadik, spécialiste fiscal à Genève, le doute est permis: "Cela ne correspondait vraisemblablement pas à la notion de résidence ou de domicile fiscal suisse. Pour bénéficier d'un forfait fiscal, il doit y avoir un domicile, des enfants scolarisés en Suisse, des relations sociales; donc il faut tout un faisceau d'éléments qui montrent que c'est bien là qu'il a son cœur".

La Fashion Valley tessinoise

Depuis les années '70, le Tessin est devenu l'un des centres d'accueil de la mode. En 2016, Public Eye relevait dans un rapport sur la Fashion Valley: "Grâce à la bienveillance des autorités, le Tessin est devenu une destination très prisée des géants de la mode, qui ont fait de villages comme Stabio ou Cadempino des hauts lieux de l’optimisation fiscale agressive".

L'affaire Di Marco n'est qu'un exemple de plus. "C'est tout simplement un autre élément qui vient se rajouter à une longue série," estime Igor Righini, président du parti socialiste tessinois. "Grâce à la bienveillance des autorités politiques, le Tessin est devenu une destination très prisée des géants de la mode, qui ont fait du canton un lieu privilégié pour l’optimisation fiscale et l’optimisation des gains".

Un forfait fiscal problématique

Dans le cas Di Marco, c'est surtout le forfait fiscal qui pose problème. Pour en bénéficier, toute activité professionnelle et lucrative en Suisse est interdite. Or, Patrizio Di Marco a été nommé directeur par intérim de Gucci Montres sur le site de Cortaillod en 2014.

La direction de l'entreprise n’a pas souhaité répondre aux questions de la RTS, mais deux employés ont confirmé avoir croisé Patrizio Di Marco à plusieurs reprises.

Dans le village, l'administration communale souligne n'avoir jamais eu de contact avec lui. La pratique, elle, interroge. Zoé Bachmann (Sol/NE) a déposé cette semaine une question au Grand Conseil neuchâtelois pour demander des comptes sur les montages fiscaux de Gucci: "La Suisse est un paradis fiscal qui pompe des ressources des autres pays et c’est quelque chose contre quoi nous nous opposons farouchement. Nous trouvons cela absolument scandaleux".

Suisse, Luxembourg, Singapour...

De 2010 à 2014, l’ancien patron de Gucci a été payé au Luxembourg via un compte à Singapour, mais n’a payé que 2% d’impôt en Suisse grâce à son forfait fiscal, alors que le fisc italien lui aurait prélevé près de 50%.

Une enquête pénale a été ouverte par Milan pour fraude fiscale. Contacté l'avocat de Patrizio di Marco explique que la conduite de son client "a été correcte et il le démontrera devant les autorités compétentes".


Cécile Tran-Tien et Dimitri Zufferey

Publié le 25 janvier 2019 à 22:01 - Modifié le 26 janvier 2019 à 01:33

Le propriétaire de Gucci dans le viseur du fisc italien

Le groupe de luxe français Kering, propriétaire de Gucci et Yves Saint-Laurent, risque un redressement fiscal d'environ 1,4 milliard d'euros en Italie, selon un premier "audit fiscal" rendu par les autorités de la Péninsule.

Celles-ci le soupçonnent d'avoir déclaré en Suisse des activités menées en Italie, selon un communiqué vendredi du géant français du luxe.

Le groupe de François-Henri Pinault "conteste les conclusions tant sur leurs fondements que les montants".