Modifié le 11 janvier 2019 à 22:35

Les gens du voyage suisses manquent d'aires dédiées en Suisse romande

Mont-sur-Lausanne: Une pétition vient d'être déposée contre la création d'une aire d'accueil pour les gens du voyage.
Mont-sur-Lausanne: Une pétition vient d'être déposée contre la création d'une aire d'accueil pour les gens du voyage. 19h30 / 2 min. / le 11 janvier 2019
Une pétition a été déposée vendredi contre la création, au Mont-sur-Lausanne (VD), d'une aire d'accueil dédiée aux gens du voyage suisses. Les aménagements réservés à cette communauté sont très rares en Suisse romande.

L'accueil des communautés itinérantes suscite souvent des crispations. La création, au Mont-sur-Lausanne (VD), d'une aire de passage pour les gens du voyage suisses ne fait pas exception.

Selon le projet, l'aire d'environ 2700 m2, propriété du canton, pourrait accueillir environ cinquante personnes. Elle serait ouverte de mars à octobre et devrait voir le jour au printemps 2019.

Une cinquantaine d'oppositions ont été transmises à l'issue de la mise à l'enquête publique, et une pétition de plus de 1400 signatures a été remise vendredi.

Etienne Roy, préfet en charge de la question yéniche dans le canton de Vaud, déplore ces réactions qu'il qualifie d'"émotionnelles". "Ces gens ne posent aucun problème. L’aire du Mont-sur-Lausanne prévoit de la place pour 15 convois, il n'y a pas plus à craindre que si on construisait un immeuble locatif de 15 appartements", image-t-il.

Il rappelle qu'il est du devoir des autorités de fournir de tels emplacements aux Yéniches et aux Manouches, deux communautés reconnues comme minorités nationales, auxquelles appartiennent environ 30'000 personnes en Suisse.

>> Ecouter aussi Pierrette Roulet-Grin, ancienne médiatrice vaudoise pour les gens du voyage:

Pierrette Roulet-Grin à "L'Agence" le 30 mars 2014.
Jean-Marc Nyfeler -
Forum - Publié le 11 janvier 2019

Aucune aire de passage en Suisse romande

Un rapport de la fondation "Assurer l'avenir des gens du voyage suisses", paru en 2015, déplore pourtant un manque criant d'emplacements officiels pour eux en Suisse. Le déficit concerne en premier lieu les aires de transit -pour les séjours de courte durée- mais aussi les aires de séjour, où les gens du voyage peuvent louer une place à l'année.

En Suisse romande, les aires de passage dédiées aux Yéniches sont tout bonnement inexistantes. Mais des projets sont en cours comme à Vaumarcus, dans le canton de Neuchâtel. La construction d'une aire de transit y est prévue sur une parcelle de l’Etat. Elle serait ouverte saisonnièrement de début avril à fin octobre et pourrait accueillir une douzaine de caravanes, a indiqué à la RTS Jérôme Wessner, chargé de mission à l'Etat de Neuchâtel.

Le permis de construire, déposé par le canton à l’automne 2017, a fait l’objet d’une dizaine d’oppositions qui ont été levées par décision de la commune. La décision fait actuellement l’objet d’un recours par deux opposants. Dans l'intervalle, le canton met à disposition depuis 2017 un site provisoire à Perreux, sur la commune de Boudry. Une solution qui devra de nouveau être activée cette année.

Dans le Jura, une aire de passage est planifiée dans le plan directeur cantonal, près de la jonction autoroutière de Porrentruy Ouest. Une consultation et un dépôt public sont prévus pour la deuxième partie de l’année 2019.

Cohabitation difficile entre communautés

Deux aires de séjour existent en revanche en Suisse romande. Dans le canton de Genève, l'aire de la Bécassière, à Versoix, accueille des gens du voyage suisses largement sédentarisés. Le canton de Fribourg  dispose lui aussi d'une aire de séjour à Posieux où vivent à l'année une dizaine de familles yéniches.

C'est encore "trop peu", selon Patrice Borcard, préfet de la Gruyère et membre de la coordination romande sur la question yéniche. Il a fait savoir à la RTS que le canton était à la recherche d'un deuxième emplacement.

Des places officielles mixtes, pour les gens du voyage suisses comme étrangers, existent bien. C'est notamment le cas en Valais, à Martigny. Mais dans la pratique, expliquent les spécialistes, les différences culturelles entre communautés rendent souvent toute cohabitation presque impossible.

Les gens du voyage suisses tendent à éviter de tels emplacements et n'acceptent d'occuper que ceux qui leur sont dédiés. Etienne Roy, le préfet vaudois en charge, cite l'exemple de la place d’accueil vaudoise de Rennaz. Ouverte à tous, elle est dans les faits "occupée à 100% par des gens du voyage étrangers".

Pour lui, "offrir à nos compatriotes la même chose qu’aux gens du voyage étrangers, c’est la moindre des choses".

>> Ecouter les explications dans Forum:

Yéniches sur une place au Chalet-à-Gobet, au-dessus de Lausanne, en 2015.
Jean-Christophe Bott - Keystone
Forum - Publié le 11 janvier 2019

Pauline Turuban

Publié le 11 janvier 2019 à 18:55 - Modifié le 11 janvier 2019 à 22:35