Modifié le 16 décembre 2018 à 19:35

Une initiative veut lutter contre la discrimination des travailleurs seniors

De nombreux travailleurs âgés sont menacés par les licenciements en raison de charges sociales plus élevées à partir de 45 ans.
Les travailleurs de plus de 50 ans discriminés doivent pouvoir porter plainte Le Journal horaire / 14 sec. / le 16 décembre 2018
Une initiative populaire devrait prochainement être lancée pour lutter contre la discrimination à l’égard des plus de 50 ans dans le monde du travail. Mais légiférer à ce sujet est-il la solution? Débat dans Forum.

Cette loi envisagée devrait permettre aux salariés de poursuivre une entreprise s'ils estiment avoir été licenciés pour des raisons liées à l'âge ou si leur candidature à un emploi n'a pas été prise en compte pour les mêmes motifs.

Le texte de l’initiative est à l’étude, a confirmé à la RTS Heidi Joos, directrice générale de l'association "Avenir 50 plus", qui précise de pas être seule dans ce projet. Elle travaille avec l’Association Suisse des Aînés à la création d’une vaste "alliance contre les discriminations liées à l’âge".

Les employés de plus de 50 ans sont considérés comme étant plus chers sur le marché du travail, notamment en raison de charges sociales plus élevées. Des sociétés commerciales font des offres d'emploi avec des restrictions d'âge ou trient les candidatures en ligne avec un filtre d'âge.

Chaque quinquagénaire qui se retrouve au chômage et que l'on n'arrive pas à réinsérer est un échec de la société.

Samuel Bendahan, économiste et conseiller national socialiste vaudois

Samuel Bendahan, économiste et conseiller national socialiste vaudois, dit attendre le texte final pour prendre position, même si, sur le principe, il soutient et salue une telle initiative.

"Je pense que son seul défaut sera de ne pas aller assez loin, explique-t-il dans l'émission Forum. On n'avance jamais assez vite sur des problèmes de société fondamentaux."

Pour l'économiste, "chaque personne de plus de 50 ans qui se retrouve au chômage ou à l'aide sociale et qu'on n'arrive pas à réinsérer est un échec de la société. C'est une bombe à retardement."

Le socialiste pointe du doigt le Parlement qui, selon lui, "est bloqué à l'idée de légiférer". Il reproche également aux entreprises qui, face à l'évolution technologique, n'ont pas aidé leurs employés à se reconvertir et tentent de s'en débarasser.

Je constate que les jeunes sont ceux qui subissent le plus de discrimination liée à l'âge.

Christophe Reymond, directeur du Centre patronal vaudois

Pour Christophe Reymond, directeur du Centre patronal vaudois, "les chiffres montrent exactement l'inverse". Il rappelle que le taux d’emploi des personnes de 55 ans et plus ne cesse d’augmenter, et que leur risque de se retrouver au chômage est plus faible que chez les jeunes.

Le directeur concède que, lorsqu'un quinquagénaire perd son emploi, sa réinsertion est plus difficile que pour d’autres classes d’âge. "Mais je constate que les jeunes sont ceux qui subissent le plus de discrimination liée à l'âge."

Christophe Reymond se demande aussi s'il est possible de décréter juridiquement une interdiction de discrimination fondée sur l'âge à l'embauche, et comment celle-ci pourrait être prouvée. Il prévient également du possible effet pervers d'une telle loi, qui dissuaderait certains employeurs de convoquer des seniors à des entretiens d'embauche.

>> Ecouter le débat complet dans l'émission Forum de dimanche:

Samuel Bendahan et Christophe Reymond.
Christian Beutler/Peter Klaunzer - Keystone
Forum - Publié le 16 décembre 2018

ats/ lan / mh

Publié le 16 décembre 2018 à 19:29 - Modifié le 16 décembre 2018 à 19:35