Modifié le 06 décembre 2018 à 09:46

"Les nouvelles élues vont renforcer le leadership du Conseil fédéral"

L'invitée de Romain Clivaz (vidéo) - Micheline Calmy-Rey, ancienne présidente de la Confédération
L'invitée de Romain Clivaz (vidéo) - Micheline Calmy-Rey, ancienne présidente de la Confédération La Matinale / 10 min. / le 06 décembre 2018
Du très positif, mais aussi "un juste retour des choses": l'ancienne présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey, invitée de La Matinale jeudi, commente la double élection historique de deux femmes au Conseil fédéral mercredi.

"Je me suis vraiment réjouie!": revenant sur les élections de Viola Amherd (PDC) et Karin Keller-Sutter (PLR), Micheline Calmy-Rey ne perd toutefois pas de vue l'objectif plus global. "Ce n'est qu'un juste retour des choses. On a été quatre femmes au Conseil fédéral", rappelle l'ex-ministre, allusion à l'année 2011 où elle siégeait aux côtés de Doris Leuthard (PDC), Evelyne Widmer-Schlumpf (PBD) et Simonetta Sommaruga (PS).

>> Lire: Journée historique à Berne avec l’élection de deux femmes au Conseil fédéral

Et le chemin est encore long, note la socialiste, "pas seulement au Conseil fédéral, mais également en matière d'égalité salariale, de représentation dans les conseils d'administration, etc."

"Offrir un modèle aux petites filles"

Y a-t-il donc vraiment une manière de faire de la politique "comme une femme"? Micheline Calmy-Rey en est convaincue: "Parce que nous donnons la vie, parce que, par notre rôle au sein de la famille, nous sommes orientées sur la résolution de conflits et la réconciliation." Loin d'être innées, ces caractéristiques résultent plutôt de la manière dont les filles sont socialisées. "Même les femmes qui n'ont pas d'enfants sont baignées dans une culture familiale qui leur inculque ce rôle", estime-t-elle.

De manière générale, l'élection des deux conseillères fédérales est un signal des plus positifs, par le modèle qu'elle offre aux petites filles, "qui peuvent imaginer des carrières, élargir leur vision du monde, imaginer des professions hors du spectre restreint auxquelles elles sont souvent confinées", se réjouit la Genevoise.

L'ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey le 13 janvier 2016 lors d'une conférence à Interlaken.

Quand on a des combats à mener, on les mène.

Micheline Calmy-Rey
 

Si, à l'en croire, les femmes n'aiment pas le conflit, Micheline Calmy-Rey ne recule pas devant la confrontation. "Quand il y a des combats à mener, on les mène." Et de fustiger ce qu'elle qualifie de "flottement" au sein de l'actuel collège fédéral. "En ce moment, on assiste à de nombreux va-et-vient dans les décisions du Conseil fédéral, qui délègue régulièrement des prérogatives qui sont siennes au Parlement."

Et l'ancienne cheffe du DFAE de tacler au passage l'actuel chef de la diplomatie Ignazio Cassis, dont elle réprouve notamment la gestion des relations avec l'Union européenne. "L'actuel mouvement de repli est dommageable pour la Suisse, qui n'est pas les Etats-Unis et qui doit travailler avec les autres pays, dans un monde globalisé", souligne-t-elle. Il n'y a pas d'alternative à la coopération internationale en matière de migration, selon elle, allusion non voilée à la frilosité du Conseil fédéral à signer le pacte pour les migrations sous l'égide de l'ONU.

Viola Amherd et "KKS", des atouts "leadership"

Ce faisant, le Conseil fédéral revient sur ses propres compétences, regrette-t-elle. Mais l'élection de Viola Amherd et Karin Keller-Sutter - deux femmes avec une solide expérience dans des exécutifs - pourrait, pour l'ancienne présidente de la Confédération, renforcer le leadership au sein du collège fédéral. "On est dans une démocratie directe, le Conseil fédéral doit affirmer ses convictions devant le peuple."

Propos recueillis par Romain Clivaz/kkub

Publié le 06 décembre 2018 à 09:06 - Modifié le 06 décembre 2018 à 09:46

"On extrait les conseillers fédéraux de la vie normale"

Regard dans le rétroviseur, l'ex-conseillère fédérale relate son élection, en 2003, aux côtés de sa rivale malheureuse Ruth Lüthi. "Nous attendions toutes les deux dans une pièce. Quelqu'un entre et s'adresse à moi en me disant 'Madame la conseillère fédérale'. Et la personne qui était avec vous reste là, toute seule, négligée. J'ai trouvé ça terrible, très difficile humainement."

Dans la série des souvenirs peu agréables, celui également du "changement de vie" subit imposé aux nouveaux élus. "On vous extrait de la vie normale. On vous accompagne, on vous suit, votre agenda est pris en charge par d'autres. Cela avait été mon premier objectif: récupérer ma vie et la gestion de mon agenda."