Modifié le 27 novembre 2018 à 14:59

Des caisses maladie incitent à acheter des médicaments par correspondance

Certaines caisses maladie encouragent leurs assurés acheter les médicaments sur internet, au détriment des pharmacies...
Certaines caisses maladie encouragent leurs assurés à acheter les médicaments sur internet, au détriment des pharmacies... TTC / 10 min. / le 26 novembre 2018
De nombreuses caisses maladie recommandent d'acheter des médicaments par correspondance, car les prix sont inférieurs. Une pratique qui risque de peser sur les pharmacies de proximité, selon les pharmaciens indépendants.

Dans un récent courrier à certains de ses clients romands, Assura incite par exemple à passer commande chez Zur Rose, le spécialiste de la pharmacie par correspondance. Un courrier qui fait bondir les pharmaciens traditionnels: "C'est presque un scandale, s'offusque dans l'émission TTC Claus M. Hysek, président de l'IFAK, une association de pharmaciens indépendants". Selon lui, cette nouvelle concurrence risque de peser toujours plus sur les pharmacies de proximité qui permettent de réduire les coûts de la santé via un conseil personnalisé. "Ce rabais, c'est acheter quelque chose pour détruire autre chose et ça coûtera bien plus", précise-t-il.

Des systèmes complémentaires

Zur Rose pratique des prix en moyenne 12% moins cher qu'en pharmacie. L'entreprise suisse basée à Frauenfeld (TG) est le leader incontesté en Suisse et en Europe. Elle ne facture pas les frais de validation, comme cela se fait en pharmacie traditionnelle et réduit ses marges. Elle annonce 200'000 clients déjà en Suisse ainsi qu'un chiffre d'affaires de 500 millions en 2017.

Selon Santésuisse, la faîtière des caisses maladie, commander ses médicaments par correspondance permet effectivement des économies sur les coûts de la santé de quelques dizaines de millions de francs par année. Même si c'est une goutte d'eau par rapport aux 5,8 milliards annuels dépensés pour les médicaments en Suisse, Santésuisse estime que cela en vaut la peine: "Les assureurs ne vont pas obliger leurs assurés à aller vers un système de vente plutôt qu'un autre, précise son porte-parole Christophe Kaempf. Les deux systèmes sont aujourd'hui complémentaires et doivent cohabiter".

D'autres acteurs arrivent

Pharmacie traditionnelle contre pharmacie postale, la concurrence ne fait que commencer car de nouveaux acteurs se lancent. La Pharmacie Principale a par exemple lancé dimanche son nouveau site internet, apo24.ch, qui propose 10'000 produits de parapharmacie à prix réduit. Son principe: pas de médicaments mais uniquement des produits de médecine naturelle ou de soins en vente libre.

Le groupe basé à Genève s'est associé à un partenaire belge, Newpharma. Les commandes seront emballées à Liège puis expédiées, ce qui permet de contourner les importateurs basés en Suisse, avec à la clé des prix presque similaires aux prix européens. "Notre idée c'est de commencer par la parapharmacie, explique Jean-Philippe de Toledo, le président de la Pharmacie Principale, on verra par la suite pour le reste des produits".

Les consommateurs sont ainsi probablement en train d'assister à un partage du marché des médicaments. Aux pharmacies par correspondances: les malades chroniques, ou qui ne veulent pas se déplacer. Et aux pharmacies de quartiers: les malades plus occasionnels, qui ont besoin de conseils.

Valérie Demierre/jzim

Publié le 26 novembre 2018 à 22:23 - Modifié le 27 novembre 2018 à 14:59

Après internet, Zur Rose part à la conquête des supermarchés

Depuis quelques mois, Zur Rose teste un nouveau concept de pharmacies à son nom intégrées dans des supermarché Migros. Ce projet pilote est actuellement testé à Berne, à Zurich et à Bâle. Sur une surface de 50 m2 carrés seulement, Zur Rose y propose l'assortiment d'une pharmacie classique au même prix que ceux pratiqués sur internet. En prime, les achats de médicaments rapportent des points Cumulus. Zur Rose prévoit d'ouvrir une trentaine de ces "shop-in-shop", principalement en Suisse-romande.

Walter Hess, le patron de Zur Rose Suisse, a confirmé à la RTS cette information, sans pouvoir préciser les lieux exacts. "Ce n'est pas encore décidé, mais dans les grandes villes de Suisse romande, où cela fait sens".

Si la clientèle romande intéresse tout particulièrement Zur Rose, c'est parce que -contrairement à la Suisse alémanique- les médecins n'y ont pas le droit de vendre directement les médicaments qu'ils prescrivent.

Migros ne perçoit pas de pourcentage sur les ventes des pharmacies Zur Rose intégrées et se borne à facturer un loyer. Les deux entreprises collaborent depuis plusieurs années déjà, Zur Rose étant fournisseur de la cinquantaine de centres médicaux Medbase, appartenant à la Migros.