Modifié le 22 novembre 2018 à 19:17

Le PS veut la semaine de travail à 35 heures et la fin des énergies fossiles

Roger Nordmann, Prisca Birrer-Heimo et Beat Jans lors de la conférence de presse du PS jeudi à Berne.
Roger Nordmann, Prisca Birrer-Heimo et Beat Jans lors de la conférence de presse du PS jeudi à Berne. [Peter Schneider - Keystone]
"Notre économie": c'est le titre du programme économique présenté par le PS jeudi à Berne. Parmi les priorités: la semaine de travail de 35 heures, la mise en place d'un nouveau système de sécurité sociale et la fin des énergies fossiles.

Le papier de position rassemble le programme du Parti socialiste en matière de politique économique pour la période 2019-2029. Sur 64 pages, le document analyse les "grandes controverses de notre temps" puis égrène une multitude de "propositions pour une politique économique durable". Tour d'horizon en six points.

1) CONVERSION  ÉCOLOGIQUE

Pour les socialistes, la conversion écologique de l'économie est une priorité. Le parti défend ainsi la mise en oeuvre "dans tous les secteurs" de l'Accord de Paris sur le climat, ratifié par la Suisse le 6 octobre 2017. Il estime aussi que la Stratégie énergétique 2050 n'est "pas assez ambitieuse", même si elle va dans la bonne direction.

Le PS propose ainsi de bannir les véhicules équipés de moteurs à combustion d'ici 2040 et d'interdire au marché financier suisse d'investir dans les énergies fossiles - charbon, pétrole, gaz - à partir de 2030.

En 2030, l'ensemble de l'approvisionnement électrique du pays devrait être issu d'énergies renouvelables, plaident les socialistes. L'objectif est que la Suisse devienne climatiquement neutre d'ici le milieu du siècle.

2) TRAVAIL ET FORMATION

Les socialistes regrettent que les gains de productivité ne bénéficient plus aux employés en termes de réduction du temps de travail. C'est pourquoi ils s'engagent en faveur d'une diminution du temps de travail. Ils visent à moyen terme la semaine de travail de 35 heures, sans baisse de salaire.

Le PS réclame par ailleurs l'introduction de six semaines de vacances par année pour tous - une proposition qui avait été balayée par les Suisses dans les urnes en 2012 -, et la fixation d'un salaire minimum de 22 francs par heure à l'échelle nationale.

Le parti propose aussi de mettre en place un congé payé de 12 mois maximum à prendre entre l'âge de 25 ans et l'arrivée à la retraite, ainsi qu'un droit à un congé de formation d'une semaine par année, financé par l'employeur.

3) ÉGALITÉ ENTRE HOMMES ET FEMMES

Le PS regrette les inégalités persistantes entre les hommes et les femmes. Pour remédier à cela, il prône notamment l'introduction de quotas de femmes dans les postes de direction et l'élargissement de l'offre de places d'accueil extrafamilial et extrascolaire.

Les socialistes recommandent en outre une meilleure prise en compte de l'économie des soins, c'est-à-dire le travail accompli pour le foyer, les enfants et les personnes âgées. Ces tâches, presque toujours non rémunérées, sont en effet souvent assumées par des femmes.

4) SÉCURITÉ SOCIALE

Le Parti socialiste soutient la mise en place d'une assurance générale du revenu (AGR). Cette nouvelle assurance, financée par les cotisations sur les salaires et les impôts, combinerait les différentes assurances sociales qui existent actuellement.

L'AGR financerait notamment un congé parental de 38 semaines qui viendrait remplacer l'actuel congé de maternité. La mère et le père seraient obligés de prendre au moins 14 semaines de congé chacun après la naissance de leur enfant.

5) POUVOIR D'ACHAT

Le pouvoir d'achat des Suisses est peu à peu grappillé par l'augmentation des primes d'assurance maladie, déplore le PS. Ce dernier propose ainsi de limiter les primes à 10% du revenu disponible des ménages. Une initiative en ce sens est en passe d'être lancée.

Les socialistes veulent également agir sur les loyers, "trop élevés à hauteur de 40%" selon eux. Pour ce faire, ils veulent obliger les caisses de pension à investir dans la construction de logements à bas prix et augmenter la part des appartements d'utilité publique.

6) POLITIQUE FISCALE

Enfin, en termes de fiscalité, le PS prône la fin de la concurrence fiscale entre les cantons via une harmonisation des taux d'imposition des sociétés dans toute la Suisse. Il souhaite également la mise en place d'un impôt national sur les successions et d'un impôt sur les gains en capital.

Le parti plaide par ailleurs pour l'échange automatique de renseignements en matière fiscale en Suisse. Les banques devraient ainsi transmettre aux autorités fiscales cantonales le solde des comptes et les revenus des comptes de leurs clients, comme elles le font déjà avec les Etats étrangers.

Didier Kottelat

Publié le 22 novembre 2018 à 19:15 - Modifié le 22 novembre 2018 à 19:17

"Il faut agir"

Invité dans l'émission Forum de la RTS jeudi soir, le conseiller national UDC Jean-François Rime estime que le Parti socialiste dramatise le tableau économique en Suisse. "Je crois que le marché du travail est sain. L’analyse du PS me semble un petit peu peindre le diable sur la muraille sur ce point", a-t-il déclaré.

"Le programme économique concerne les dix prochaines années, et non les dix précédentes", a répondu le conseiller national PS Roger Nordmann. "Beaucoup de gens sont menacés de perdre leur métier pour des raisons d'évolution technologique. Il y en a aussi qui n'arrivent plus à mettre le pied à l'étrier car ils n'ont pas une formation initiale suffisante. Le marché du travail devient plus exigeant, il faut agir", a-t-il ajouté.

>> Le débat entre Roger Nordmann et Jean-François Rime dans Forum:


Document présenté lors du congrès du PS

Le papier de position "Notre économie" sera encore discuté lors du Congrès du parti socialiste qui se tiendra les 1er et 2 décembre à Brugg/Windisch (AG). Des amendements sont ainsi encore possibles.

"Ce papier de position n'est pas spectaculaire, mais il donne une orientation claire au programme politique du PS", a expliqué Roger Nordmann, chef du groupe PS aux Chambres, jeudi devant la presse.

Pour le socialiste vaudois, le but de ce document - le troisième de ce genre depuis 1994 - n'est pas lié aux élections fédérales de l'an prochain, "même s'il contient bien sûr nos principaux thèmes de campagne".