Publié le 22 novembre 2018 à 20:48

Migros fâche des consommateurs avec des "soupes genrées"

Publicités: Migros joue la provocation pour attirer les enfants vers le traditionnel bol de soupe.
Publicités: Migros joue la provocation pour attirer les enfants vers le traditionnel bol de soupe. 19h30 / 2 min. / le 22 novembre 2018
Migros lance une soupe pour enfants à l'emballage rose pour les filles et bleu pour les garçons. Une différenciation qui choque sur les réseaux sociaux et au-delà. Le distributeur n'en est pas à sa première polémique cet automne.

Les clients de Migros ont pu découvrir mardi dans l'assortiment du géant orange une soupe "pour les reines du glamour" et une autre "pour les champions". Deux produits visant les enfants selon leur genre, avec du rose et des légumes pour les filles, et du bleu avec une base de viande pour les garçons.

Sur le site de Migros et sur les réseaux sociaux, ce lancement a fait bondir de nombreux internautes. "Non vous ne rêvez pas, Migros a réussi à genrer des soupes", écrit par exemple l'administrateur du compte Twitter Pépite sexiste:

"Je suis atterré par les stéréotypes idiots que vous arrivez à véhiculer sur une simple soupe en sachet. Bleu = garçon = sport & champion. Rose = fille = glamour et beauté. Pathétique. Et en plus la soupe "pour fille" est végan mais pas celle "pour garçon". C'est minable", réagit un autre internaute.

La démarche a également choqué plusieurs politiciens, dont l'ancien conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD) qui a écrit au distributeur pour demander le retrait des "soupes sexistes", sans succès.

Des emballages différenciés pour un nouveau public-cible

Contacté par la RTS, le supermarché explique le choix du rose et du bleu par une volonté d'attirer vers le bol de soupe un nouveau public, les enfants.

"Nous constatons que les consommateurs de soupe vieillissent. Nous avons donc développé différentes soupes pour le public-cible des jeunes et des enfants. De nombreux parents apprécient ce genre de produits car ceux-ci les aident à convaincre leurs enfants de manger une soupe saine", indique Alexandra Kunz, porte-parole de Migros.

Des explications qui ne convainquent pas Bulle Nanjoud de l'institut Le deuxième observatoire. "Il est vraiment problématique de mobiliser ces codes et ces symboles", déclare au 19h30 la spécialiste des questions de genre. "Cela participe à faire perdurer les inégalités", dit-elle, rappelant que les garçons se sentent déjà plus légitimes que les filles à utiliser les terrains de football, alors que l'injonction de minceur pèse par exemple davantage sur les fillettes.

Une affiche de pub jugée "cynique"

Sur le campus de l'EPFL, une autre campagne du géant orange a suscité une levée de boucliers la semaine dernière. Avec pour slogan "Devenir végétarien? On verra demain...", la publicité pour de la viande de Migros Crissier a choqué plusieurs étudiants.

"Ce ton humoristique est un piège, car le message sous-jacent, c'est qu'il s'agit d'un sujet duquel on rit", estime Sophie Chalumeau, étudiante à l'EPFL. "Pourtant, quand on cherche à devenir végétarien, c'est souvent très difficile parce qu'on n'est pas pris au sérieux par notre entourage."

"Sous l'égide du plaisir du moment, du bien-vivre, on promeut une consommation tout à fait irréfléchie de produits qui sont problématiques à l'heure actuelle", ajoute Gary Domeniconi, également étudiant.

Retrait de la publicité à l'EPFL

Dénonçant un "ton cynique" et le "caractère irrespectueux" de l'affiche, des étudiants de la haute école ont écrit au distributeur et ont obtenu le retrait de la publicité présente à l'arrêt de métro de l'EPFL.

La démarche étudiante a le mérite d'ouvrir le dialogue et en démontre son importance dans un contexte de grande diversité de consommation, a estimé Migros Vaud.

Deux affaires qui soulèvent une question: dans un monde où l'on est ce qu'on mange, les grands distributeurs ont-ils trouvé la manière de parler à tous leurs consommateurs?

>> Interview d'Alessandra Roversi, spécialiste en alimentation, dans le 19h30:

Alessandra Roversi, spécialiste en alimentation "C'est un vieux ressort d'user du scandale ou de la provocation dans la pub."
19h30 - Publié le 22 novembre 2018

Adaptation web de Tamara Muncanovic

Reportage de Joëlle Rebetez

Publié le 22 novembre 2018 à 20:48